Crise sanitaire et études d'art : la nécessité de s'adapter pour mieux créer

Par Séverine Mermilliod, publié le 29 Octobre 2021
4 min

Peut-on envisager des études d'art à l'heure où la pandémie a réussi à mettre la culture K.O pendant de nombreux mois ? Un an après, les étudiants et enseignants qui sont passés par là sont unanimes : oui, c'est possible même si cela demande un peu d’imagination.

Début 2020, la pandémie de Covid-19 plongeait le monde de la culture dans le désarroi : avec les musées et galeries jugés non-essentiels et fermés plusieurs mois, les étudiants en filière artistique ont passé une année scolaire difficile. Etudiants et enseignants reviennent sur cette période où il a surtout fallu faire preuve d'adaptation et de créativité.

Le présentiel, essentiel dans les écoles d'art pendant la crise sanitaire

Dans un domaine où la production artistique est indispensable, le besoin de présentiel s'avère lui aussi nécessaire. "Sans doute de manière plus forte qu'à l'université", souligne Cédric Loire, co-président de l'Andea, association qui fédère les écoles supérieures d'art et design (ESAD) sous tutelle du ministère de la Culture. Selon lui, l'année dernière, le distanciel a donc pu "accentuer des phénomènes de décrochage pour des étudiants à qui il aurait fallu plus de temps d'intégration".

Toutefois, raconte Florie, 25 ans, étudiante à l'ESAM à Caen, si les cours théoriques en visio ont pu être compliqués, "les élèves ont eu la chance que tous les ateliers soient ouverts pendant les confinements, avec tout le matériel". Même chose à l'ESAD de Valenciennes : "Les cours ont été aménagés pour qu'on se retrouve environ deux jours par semaine", précise Téa, 23 ans, en master design social.

Solène Doually, artiste plasticienne et enseignante à Gobelins, l'école de l’image, a d’ailleurs dû rassurer les élèves (notamment de première année) pour qui "ne pas avoir d'ambiance de classe a été dur". Elle constate que cela a aussi fait naître un bel esprit d'entraide et d’inventivité.

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Mais, avec un peu de recul, la crise sanitaire laisse tout de même un petit goût amer aux étudiants. "Avec la fermeture des musées, des librairies, c'était une énorme frustration de ne pas pouvoir aller chercher des idées ailleurs que sur internet", regrette Florie. Toutefois, la période a aussi influencé la pratique créative des étudiants autour des "sujets qui ont émergé pendant la crise : les transitions économiques, écologiques, le rapport au groupe", note Cédric Loire.

"C'était en quelque sorte bénéfique, dans notre domaine qui suit les évolutions de la société", abonde Téa, avant de nuancer : "Le fait de ne pas être considérée essentielle m'a fait me questionner. J'ai décidé de voir si je pouvais me rendre essentielle, utiliser les mêmes outils et pratiques dans un autre domaine. Je suis donc en stage dans une agence qui travaille dans le luxe, secteur loin de mes valeurs éthiques mais qui ne connaît pas la crise."

À Gobelins, Solène Doually a aussi remarqué que, malgré le contexte, les élèves ont d'excellents taux de réussite au diplôme. "Mon but était qu'ils ne perdent pas l'intérêt de ces métiers de l'image, liés au numérique, qui sont plus d'actualité que jamais." Preuve que l'art continue d'attirer, les écoles de l'Andea, ont "constaté beaucoup plus de candidatures". Une surprise pour Cédric Loire, qui souligne que le distanciel a aussi permis aux étudiants de passer davantage de concours. À la rentrée 2021, les écoles ont pu rouvrir leurs portes comme à l'accoutumé, pour le plus grand bonheur des enseignants et des étudiants.

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