Écologie, matériaux, territoire : les étudiants architectes réinventent le métier

Par Julien Mazzerbo, publié le 01 Decembre 2022
6 min

Mardi 22 novembre se tenait la remise des prix du concours Impact, un événement ouvert aux étudiants en architecture afin de promouvoir une construction plus respectueuse de l’environnement.

Mardi dernier, une certaine ferveur a gagné cet amphithéâtre de Paris : une trentaine d’étudiants en architecture étaient réunis pour la remise des prix du concours Impact, consacrant des projets fictifs et écologiques pensés depuis plusieurs mois.

Ce concours, qui récompense de jeunes architectes en herbe depuis 2015, est en effet l’occasion de mettre l’accent sur le développement durable dans le secteur, notamment via le choix de matériaux biologiques et recyclables.

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Utiliser l'algue comme matériaux isolant

Le jury a récompensé des projets fictifs, qui ont demandé aux étudiants de mobiliser imagination et sensibilité. Leurs idées devaient intégrer des réflexions autour du territoire, de l'énergie et de la matière.

Tout juste diplômée, Camille a reçu le prix régional Bretagne pour un projet imaginé sur l'île d'Arz, dans le Golfe du Morbihan (56). Pour elle, participer au concours était une évidence : au cours de ses études, orientées vers l'environnement, elle s'est très tôt familiarisée avec "les matières biosourcées comme le bois ou la paille". Ou les algues !

Car c'est autour de l'algoculture que repose son projet. "Séchée" et transformée en "copeaux", l'étudiante et son groupe ont imaginé l'algue comme matière isolante et de revêtement, jusqu'à finalement devenir "le fil conducteur du projet". Selon elle, ce matériau naturel est "bienfait autant pour les animaux de l'île que pour l'architecture".

Valoriser les produits et artistes locaux

Du côté des lauréats régionaux de la région Occitanie, la démarche est tout aussi inventive. Antoine, étudiant en master 2 à l’école d’architecture de Montpellier (34), explique que leur projet est parti d’"une implantation territoriale" dans les Pyrénées-Orientales (66).

Le groupe a imaginé la réhabilitation d’une grange en bois de pin, paille et matériaux recyclés pour créer "un point d’arrêt et de valorisation du territoire". Le bâtiment fait la promotion de "produits et artistes locaux", avec une "exposition", un gîte pour randonneurs ou encore un atelier d’artisanat, de nombreux éléments qui ont répondu aux objectifs de développement durable du projet.

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Une architecture au service du territoire

Nicolas a lui aussi souhaité aller au-delà d'un bâtiment biosourcé, et "dire autre chose". La réalisation de l'étudiant de l’école d’architecture de Montpellier s’est construite autour d’une église classée à l’Unesco dans une commune de Dordogne (24). Un projet centré sur "l’héritage du village". Il faut dire que l’endroit a pour lui une haute valeur symbolique, sa grand-mère habitant dans ce département.

Considérant cette église "oubliée" par les habitants, Nicolas a souhaité la faire revivre comme une "banalité essentielle" du village. Pour cela, il a imaginé rassembler dans cette église "les codes du territoire", et ainsi la raccrocher au présent. La réintégrer dans la mémoire des habitants lui permettrait de devenir un nouveau lieu de rencontre "entre différents points d’histoire".

Pour ce projet Nicolas a reçu le prix national et 2.000 euros. Les vainqueurs des régions partenaires ont eux reçu 1.000 euros.

Le prix national a été décerné à Nicolas Eberle (ENSA Montpellier) pour "Le séchoir conteur" (à gauche) et Fanette, avec d'autres camarades (ENSA Montpellier), a reçu le prix régional Occitanie.
Le prix national a été décerné à Nicolas Eberle (ENSA Montpellier) pour "Le séchoir conteur" (à gauche) et Fanette, avec d'autres camarades (ENSA Montpellier), a reçu le prix régional Occitanie. // © Concours Impact

Une génération au lourd fardeau

Ce concours souligne la nécessité de changer l'architecture. "On a un défi supplémentaire qui est celui de la transition environnementale", confie Fanette, étudiante en master 2 à l’école d’architecture de Montpellier et l'une des lauréats régionaux de la région Occitanie.

Son avis est sans équivoque : "Je n’arrive pas du tout à imaginer l’architecture dans le contexte actuel où on ne va faire que du béton et du métal. Je vais chercher à vivre de mon métier et à l’aimer, en travaillant au plus près des gens et en restant en lien avec l’écologie."

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Antoine Kilian, enseignant à l’école d’architecture de Marseille (13), constate la prise de conscience des nouvelles générations au sujet des enjeux environnementaux : "Beaucoup d’étudiants sont bien conscients qu’on ne peut plus continuer comme ça et qu’il faut un changement total de paradigme." L’enseignant, qui prône une architecture "passive et zéro énergie", rappelle que la réglementation environnementale 2020 a obligé l’industrie du bâtiment à reconsidérer le caractère "nécessaire et indispensable" du secteur.

Malgré tout, certains comme Nicolas sont pessimistes. Pour le lauréat du concours, les services publics, souvent commanditaires de projets architecturaux, n'ont pas la volonté nécessaire pour décarboner la construction. S’il souligne une amélioration dans les enseignements, qui vont permettre de mieux sensibiliser les nouvelles générations, Nicolas reste convaincu que la transition "prendra plus de temps que prévu".

Pour les étudiants intéressés par le concours, les organisateurs donnent rendez-vous en janvier pour l’annonce de l’édition 2022–2023.

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