Paul, étudiant en architecture : "On est des idéalistes"

Par Pauline Bluteau, publié le 14 Octobre 2022
5 min

Ce ne sont ni des études artistiques, ni des études scientifiques. Pour Paul, l'architecture, c'est surtout réussir à regarder le monde avec ses yeux d'enfant, plein de rêves et d'idéaux et ce, tout en suivant un cursus très prenant, parfois jusqu'à l'excès.

Lorsqu'on l'écoute, Paul a plutôt l'air d'un étudiant engagé et passionné que d'un rêveur. L'architecture, il s'y est intéressé dès le collège. "J'aime imaginer, manipuler, créer. Il y a ce côté à la fois pratique et théorique où l'on réfléchit à un projet et à une philosophie de voir le monde, on est idéaliste", tranche-t-il.

Après avoir obtenu son bac S et envoyé plusieurs dossiers de candidatures sur Parcoursup, Paul, 20 ans, originaire de Bordeaux, intègre donc l'ENSA de Montpellier (école nationale supérieure d'architecture). Une école qu'il a choisie surtout en fonction… de la météo. "Je voulais rester dans le sud ou dans l'ouest et retrouver un style de vie qui me corresponde mais il faut bien se renseigner sur les écoles d'archi car les enseignements changent d'un endroit à l'autre", s'amuse-t-il avec un peu de recul.

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Fasciné par la construction des maisons, il découvre, dès sa première année, que l'architecture, "c'est bien plus que ça". La formation est en effet basée sur la gestion de projets. Une journée entière y est consacrée toutes les semaines, une journée balisée appelée "studio" ou "atelier". "On mène ce projet sur tout le semestre, seul, en binôme ou en groupe. L'espace de travail va crescendo : du petit logement, aux habitats intermédiaires puis aux espaces publics et aux logements collectifs en fin de licence. On change de géographie tout le temps."

Un processus qui prend du temps puisqu'il faut se rendre sur le site faire des analyses, prendre des mesures, discuter avec les habitants pour "cerner le contexte", réaliser des cartes, des plans… "On présente l'avancement chaque semaine et on réalise aussi des maquettes d'études pour valider nos idées en volume", décrit l'étudiant.

Voir plus loin que les maquettes pour devenir architecte

Selon Paul, il ne s'agit pas simplement de dessiner un bâtiment sur un bout de papier ou de construire de belles maquettes pour être un architecte. "On construit les relations à partir de l'espace créé, on a un vrai rôle dans la société", avance-t-il.

Car l'architecture convoque en réalité, "plein de disciplines comme l'histoire, la sociologie, le dessin, les mathématiques…". C'est d'ailleurs pour cela que les cours théoriques sont si importants en début de cursus. "C'est beaucoup de culture générale, explique Paul. On apprend aussi à se servir des outils qui sont nécessaires pour nos projets. Au fur et à mesure, on devient plus autonome et les cours en amphi sont moins nombreux."

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L'étudiant l'affirme aussi, il n'est pas un "spécialiste du dessin". Une qualité qu'il voit comme un plus pour être à l'aise lorsqu'il s'agit d'exprimer une idée. "Il faut surtout avoir de l'imagination, être rêveur car on raconte des histoires dans nos projets. Il faut aimer faire, fabriquer avec ses mains. Ce sont des études où on manipule beaucoup."

Le jeune homme s'en est d'ailleurs rendu compte pendant ses stages. En deuxième année d'archi, il participe à un projet de reconstruction d'un hameau en utilisant des techniques ancestrales. "On a fait de la maçonnerie en pierre, terre, paille, on a fabriqué un portique en bois… On a vraiment pris conscience que l'architecture était vouée à être construite. Cela a marqué un tournant dans nos études parce que souvent, on conçoit sans jamais construire et c'est parfois très farfelu. Il faut prendre conscience des traits qu'on dessine."

C'est pendant un stage que Paul s'est rendu compte que l'architecture "était vouée à être construite"
C'est pendant un stage que Paul s'est rendu compte que l'architecture "était vouée à être construite" // © photo fournie le témoin

Les études d’architecture, très prenantes

Mais ce qui caractérise aussi les études d'architecture, c'est aussi ce manque de temps. Les étudiants ont cinq ans pour devenir des architectes. Paul ne s'en cache pas, "le rythme est aussi soutenu qu'en médecine" même si le travail est moins régulier.

Aussi, les étudiants se retrouvent parfois en charrette : ils travaillent jour et nuit pour terminer leur projet. "Il faut trouver un juste milieu car tout dépend aussi des profs. Souvent, on discute avec les étudiants des années supérieures, on fait une enquête pour savoir comment travaillent les profs. Il faut savoir s'entourer parce qu'on travaille beaucoup et cela peut provoquer un mal-être psychologique."

Paul se dit confiant face à l'arrivée d'une nouvelle génération d'enseignants. Des profs plus engagés également pour défendre les enjeux du 21e siècle. "Le bâtiment est un secteur très polluant, je suis convaincu qu'on peut changer les choses !" Le futur architecte devrait d'ailleurs s'orienter vers un master axé sur les thématiques de ruralité et d'écoconstruction pour trouver une "architecture plus proche de l'humain".

En attendant, outre la nécessité de multiplier les journées portes ouvertes pour trouver l'école de ses rêves, Paul conseille avant tout de "garder son esprit d'enfant pour s'émerveiller de tout" et devenir un excellent architecte.

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