Etudiants architectes et ingénieurs participent à la restauration de Notre-Dame

Par Pauline Bluteau, publié le 15 Avril 2021
6 min

Deux ans après l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, 30 étudiants architectes et ingénieurs spécialisés dans le bois ont présenté six projets de restauration de la charpente. Hélène, Julia et Maxence reviennent sur cette "aventure".

Le 15 avril 2019, des milliers de téléspectateurs ont assisté à l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le monument historique, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, y perd sa flèche, sa toiture et sa charpente. Depuis, c’est tout un travail de restauration qui a débuté avec pour objectif, une réouverture de l’édifice d’ici 2024.

En plus des artisans et de tous les professionnels du bâtiment, des étudiants participent aussi au projet de restauration. C’est le cas de 30 élèves en master 2 Génie civil "Architecture bois construction" à l’université de Lorraine. Pour la plupart déjà diplômés d’architecture ou d’un titre d’ingénieur, cette formation leur permet de se spécialiser dans un matériau qui leur est cher : le bois. Et il faut dire qu’avec un projet comme celui de la cathédrale parisienne, les étudiants ont été servis.

La restauration de Notre-Dame, un projet excitant et intense

Seulement quelques semaines après la rentrée, en septembre dernier, les étudiants en master 2 apprennent qu’ils vont devoir s’atteler à un projet de restauration de la cathédrale. "On était content et impatient, Notre-Dame c’est tout un symbole", commente Julia, diplômée ingénieure de Polytech Orléans. Pour Hélène, étudiante-ingénieure à l’ENSTIB (École nationale supérieure des technologies et industries du bois), le projet "fait rêver". "On nous demande à nous, petits étudiants, de réfléchir à ce bâtiment historique… C’est beaucoup de responsabilité !", s’exclame-t-elle.

Pendant trois mois, par groupe de cinq, les étudiants "mangent, boivent et dorment charpente", comme l’assure Julia. "C’était très intense et très dur, complète Maxence, diplômé architecte de l’ENSA Strasbourg. On a bossé tard le soir, les week-ends… On s’est tous donné pour produire un rendu de qualité."

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Car l’objectif est justement de proposer un nouveau visage à Notre-Dame, tout en respectant un cahier des charges bien précis. "On s’est beaucoup documenté sur la charpente de l’époque, on s’est aussi renseigné sur l’incendie… Tout cela a été la base de notre travail", explique Julia.

Après plusieurs coups de crayons, notamment de la part des architectes et des ajustements techniques côté ingénierie, les étudiants sont passés à la production des plans. "Selon nous, la charpente qui existait était la meilleure qu’on puisse faire, on est donc parti de ce postulat pour en créer une nouvelle. On a dû adapter la charpente à la maçonnerie qui avait été altérée par l’incendie et faire des ajouts pour que la structure puisse supporter toute la charge. Il fallait à la fois respecter le calendrier de l’avancée des travaux, le lieu et toute la symbolique de la charpente", détaille Julia.

Pour Maxence et Hélène, en revanche, le plus difficile dans ce projet a été de composer avec tous les critères à respecter. Des critères qui laissent peu de place à la créativité et l’imagination. "J’aurais aimé qu’on soit un peu plus libre : la cathédrale aurait été tout aussi belle même en apportant des connaissances nouvelles", estime Hélène. Le groupe de l’étudiante a d’ailleurs choisi de présenter une construction plus moderne avec des poutres en treillis, de façon à laisser un espace assez grand et transparent à l’intérieur de la cathédrale.

Le groupe de Maxence a consacré du temps aux plans.
Le groupe de Maxence a consacré du temps aux plans. // © Capture d'écran – Restaurons Notre-Dame
Le groupe de Julia a choisi une restauration similaire à la première charpente.
Le groupe de Julia a choisi une restauration similaire à la première charpente. // © Capture d'écran – Restaurons Notre-Dame

Un travail main dans la main entre architectes et ingénieurs

Au-delà du travail réalisé, tous les étudiants parlent d’une belle aventure. "On a surtout appris à travailler ensemble entre ingénieurs et architectes, affirme Maxence. Il faut sortir des clichés : on a découvert que les ingénieurs avaient de la créativité et de notre côté, en tant qu’architecte, on peut aussi proposer des solutions très techniques. Aujourd’hui, je pourrais travailler sans problème avec certains ingénieurs du master !"

Un avis partagé par Julia qui voulait elle aussi comprendre la façon de penser des architectes : "Pour les ingénieurs, quand quelque chose fonctionne mécaniquement, on continue notre travail sans chercher plus loin. Les architectes eux, remettent toujours tout en question. Donc même si c’est perturbant au début, on se rend compte que c’est comme ça qu’on avance. À l’avenir, ça changera ma façon de travailler."

D’autres étudiants de l’École supérieure du bois à Nantes ou l’École nationale de météorologie à Toulouse doivent aussi intervenir sur l’aspect technique. D’ici juin, tous ces projets et comptes-rendus permettront au comité d'experts et à la commission de coopération scientifique, technique et universitaire de l'association Restaurons Notre-Dame d’établir une proposition sur la restauration de la charpente, la toiture et la flèche de la cathédrale parisienne. Quant aux étudiants, ils poursuivent tous leur stage jusqu’à l’été prochain… encore et toujours autour du bois.

Le groupe d'Hélène a choisi une charpente simple mais plus moderne.
Le groupe d'Hélène a choisi une charpente simple mais plus moderne. // © Capture d'écran – Restaurons Notre-Dame

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