Marin Martinie, lauréat du Art Students Week : "Dans les images, je cherche à transmettre mon plaisir de dessiner"

Par Lison Bourgeois, publié le 05 Mai 2021
6 min

Ce mercredi 5 mai 2021 a lieu la remise des prix du Art Students Week, un concours artistique réservé aux artistes de moins de 30 ans et aux étudiants en écoles d’art. Marin Martinie, artiste étudiant au Fresnoy, est le premier lauréat. Il nous emmène découvrir sa passion du trait.

Après avoir obtenu un bac S à Nantes (44), tout le monde imaginait déjà Marin Martinie en école d’ingénieurs ou en fac de sciences. Pourtant, il décide de déposer ses valises à Paris (75) et d'intégrer une mise à niveau en arts appliqués (MANAA)* à l'école Estienne. Pendant un an, le jeune homme découvre les bases de sa passion. Depuis, la pile des carnets grandit et les pages blanches se noircissent de traits improvisés.

Après la MANAA, il reste à l'école Estienne où il intègre le DMA (diplôme des métiers d'art)* Illustration. Deux années qui ont construit sa culture en matière d’arts graphiques et développer son envie professionnelle. "C’était des années importantes pendant lesquelles j'ai découvert tous les jours des nouvelles choses : des œuvres, des artistes, des techniques, des traditions visuelles différentes", se souvient-il. Marin poursuit ses études à l'école des Arts Décoratifs de Paris (ENSAD) dans la section cinéma d'animation. Et parmi les cours auxquels il assiste, il y a une chose qui tient naturellement une place centrale : le dessin.

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"On m’a enseigné la manie du dessin"

À l’école Estienne et aux Arts déco, le Nantais apprend comment les images se construisent mais il apprend aussi, par la même occasion, à les déconstruire. Les œuvres qu’il a présentées au concours Art Students Week sont d’ailleurs des dessins à l'encre au format A3 où se mélangent des formes bien déterminées ou d'autres formes plus évanescentes. "J’ai grandi avec les albums "Où est Charlie ?" de Martin Handford. C’est un plaisir d’enfant que j’avais envie de retrouver et de partager" s’amuse t-il. L'étudiant nous invite à jouer à la recherche d’une image perdue dans la foule de détails de ses dessins.

"Carambolages" (2020), encre de chine, couleur numérique, 29,7x42cm
"Carambolages" (2020), encre de chine, couleur numérique, 29,7×42cm // © Photo fournie par l'auteur

Pour ses cours à Estienne, Marin a dû remplir des centaines de feuilles de carnets. "En une ou deux semaines, on devait rendre un carnet de 120 pages. C’était un exercice contraignant et presque douloureux, mais c’est comme ça que le dessin est devenu un besoin" confie t-il.

Le carnet dans une main et le crayon dans l’autre, le jeune homme dessine tout ce qu’il voit. Les silhouettes des passagers de métros deviennent alors un motif récurrent. Une habitude totalement bouleversée avec l’arrivée du Covid-19. Depuis mars dernier, il se concentre sur le dessin d'invention. "Être enfermé a développé ma pratique du dessin "spontané" de personnages" s’étonne-t-il.

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S’affranchir de la forme pour réussir le fond

Entre ses personnages qui se composent et se décomposent, Marin propose des images minimalistes aux traits simples. Pour le jeune artiste, il est possible de produire des formes intéressantes sans une maîtrise parfaite de l'outil, qu'il soit numérique ou non. "Quelquefois, la pauvreté d’une image peut être reposante en comparaison avec des images très complexes, en haute définition, et qui font sans arrêt la démonstration de leur qualité technique" argumente-t-il.

Des images émancipées de la narration linéaire mais compréhensible par toutes et tous : voici les seules lignes directrices qui semblent encadrer le travail du lauréat. "Ce que peux conseiller à celles et ceux qui veulent se lancer dans l'animation est de ne pas considérer la justesse graphique et physique comme l’alpha et l’oméga d’un film réussi" ajoute-t-il.

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// © Photo fournie par l'auteur

La construction d'une réflexion artistique

Au cœur des images, Marin s’interroge sur le statut des personnages dans la culture visuelle en général et dans l’industrie du divertissement. En faisant la distribution de son court-métrage d'animation "Template Message", film qu’il avait réalisé comme projet de fin d’études aux Arts Déco de Paris, on lui conseille de se rapprocher de l’art contemporain pour ses futurs projets, étant donnée son approche non-narrative de l’animation. En 2019, il rentre donc au Fresnoy (Studio national des arts contemporains), à Tourcoing (59), pour y mener des projets d’installation et de films d’animation dans un lieu dédié à l’art contemporain et au cinéma.

Entre ses deux années d’études, il entame une thèse de recherche-création en partenariat avec le Centre d'étude des arts contemporains de l’université de Lille (59). Sa thèse porte sur les changements de forme des personnages graphiques de l’industrie culturelle, en particulier Bugs Bunny. L’entreprise exploite le personnage au moyen de sa forme visuelle plus ou moins stabilisée puis le public s’approprie cette forme. Outre son travail graphique et sa passion du dessin, le jeune homme questionne les formes qui nous permettent d'identifier et de reconnaître un personnage de bandes dessinées ou de film d’animation.

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