Oscars : le film d'étudiants en cinéma d'animation tout proche d'une sélection

Par Pauline Bluteau, publié le 25 Mars 2022
7 min

Pour leur dernière année d'études à l'ESMA de Nantes, Nicolas, Louise, Yasmine, Mélanie, Maxime et Léo ont travaillé sur un court-métrage d'animation. "Je suis un caillou" a voyagé, traversé l'Atlantique jusqu'à devenir éligible aux Oscars 2022. Les étudiants, devenus jeunes diplômés, racontent comment ils en sont arrivés là.

Ils ne fouleront pas le tapis rouge sous les flashs des appareils photo, ne seront pas non plus dans l'attente des résultats, entre stress et excitation, non, ce dimanche 27 mars, les six anciens étudiants de l'ESMA (Ecole supérieure des métiers artistiques) et réalisateurs du film d'animation "Je suis un caillou" ne se rendront pas à la cérémonie des Oscars. Pourtant, il s'en est fallu de peu…

Un film d'animation comme projet d'études

Tout a commencé en 2019. La petite promotion achève alors sa troisième année à l'ESMA à Nantes. À la rentrée, ils entameront leur toute dernière année d'études dans l'animation 3D.

Une année entière consacrée à la réalisation d'un film d'animation. Et ces 12 mois ne seront pas de trop pour réaliser un court-métrage de sept minutes. "Dès la fin de la troisième année, on a réfléchi à ce projet de fin d'études. Chacun doit imaginer un scénario sous forme de pitch puis les enseignants choisissent ceux qui seront retenus, précise Yasmine Bresson, 27 ans. Ensuite, on a fait nos vœux, en fonction des projets que l'on préfère et on a été réparti par groupe."

À l'initiative de "Je suis un caillou", Maxime Le Chapelain. Son idée de faire d'une loutre son personnage principal séduit plusieurs étudiants. "Ça m'a tout de suite plu et j'ai commencé à co-écrire le scénario", poursuit la jeune diplômée.

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Léo Coulombier, 24 ans, avait lui aussi mis "Je suis un caillou" dans ses préférences pour le côté poétique du film. Plus attiré par la partie codage, programmation et moins par le dessin qu'il "maîtrise moins que Yasmine par exemple", l'étudiant trouve très vite sa place dans l'équipe. "Les profs nous ont aussi répartis en fonction des caractères et de nos compétences", affirme-t-il.

Après le scénario, les six étudiants se mettent très vite d'accord sur l'ambiance qu'ils veulent créer. "On voulait un effet peinture, quelque chose de différent, que le visuel supporte l'histoire puisque cette loutre est en quête d'identité, il fallait que ce soit flou dans le dessin", explique Yasmine.

Si l'idée est là, il a fallu la mettre en pratique grâce à des logiciels. C'est justement Léo, entre autres, qui s'y colle. D'après Yasmine, le projet se crée donc aussi au fur et à mesure, en fonction de ce qu'il est possible de faire techniquement. "J'ai créé tout un algorithme pour cet effet, détaille Léo. À l'école, on apprend les bases mais le projet est l'occasion de faire quelque chose à nous, de sortir de notre zone de confort."

"Je suis un caillou" met en scène une petite loutre qui a perdu sa famille.
"Je suis un caillou" met en scène une petite loutre qui a perdu sa famille. // © Capture d'écran

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Derrière un court-métrage, tout un travail d'équipe

Fini les calques, les dessins sur planches, pour faire un film d'animation, l'ordinateur est un outil indispensable. "C'est vrai que ce n'est pas très sexy de savoir qu'on passe notre temps derrière un bureau", reconnaît Yasmine.

L'étudiante a tout de même d'abord présenté le scénario sous forme d'animatiques : un enchaînement de dessins qui permet notamment d'évaluer le temps du court-métrage. Puis s'enchaîne un tour de passe-passe entre les membres de l'équipe, chacun plus à l'aise sur certaines techniques apprises pendant leurs années d'étude comme le lighting, compositing, texturing, rendering, modeling, rigging…

Si les enseignants sont présents pour les accompagner dans leur projet, les étudiants "s'auto-gèrent" complètement à coups de planning, "de tableurs Excel, de cases à cocher, de deadlines" ainsi que d'une pointe de stress et de fatigue… Même si les deux diplômés le disent, le projet s'est réalisé dans la bonne ambiance. "La cohésion du groupe est très importante. Les profs nous l'ont dit, c'est un marathon donc on ne voulait pas s'épuiser à la tâche", se souvient Léo.

Après l'écriture du scénario, les élèves ont travaillé sur les couleurs, les textures du film.
Après l'écriture du scénario, les élèves ont travaillé sur les couleurs, les textures du film. // © Capture d'écran

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Des dizaines de nominations jusqu'aux Oscars

Plusieurs mois plus tard, le résultat est là. Bulle, la petite loutre, a bel et bien pris forme. "Elle a perdu ses parents, elle essaie de projeter sa famille dans des cailloux mais elle se rend compte qu'elle n'est peut-être pas vraiment à sa place. Le message derrière c'est qu'il faut accepter sa famille comme elle est", résume Léo.

Le film laisse plusieurs interprétations possibles. Une volonté rendue possible par l'absence de dialogue. "Le plus difficile, c'était de rendre ce caillou empathique, sans aucune parole", admet Yasmine. "On a vraiment galéré sur cette voix off, s'il fallait en mettre une ou pas, on s'est braqué contre les profs, on avait peur que ça casse notre truc", complète Léo.

Différents choix qui leur ont peut-être valu justement de se faire remarquer lors de la sortie du film fin 2020. Au compteur, des dizaines et des dizaines de nominations dans différents festivals. Jusqu'à obtenir quelques prix et notamment celui du HollyShorts film festival qui, sans qu'ils le sachent, leur permet automatiquement d'être éligibles aux Oscars.

"Ça s'est arrêté là, mais c'est déjà super rare d'avoir un projet étudiant éligible donc on est super contents", confie Yasmine. Cette course à la nomination, l'équipe ne semble même pas vraiment la chercher. "On a été surpris. C'est la cerise sur le gâteau, on n'y pense pas quand on fait le film. On se dit que c'est bien, le film fait le tour du monde. Mais qu'on ait des prix ou non… ça ne m'affecte pas vraiment. Je retiens plutôt les bons moments passés et je suis fier de ce projet", soutient Léo.

Quant à savoir si le film a pu être un tremplin pour entrer dans le monde du travail… les deux diplômés l’affirment, ils n'en n'ont pas eu besoin. "C'est un petit milieu, tout le monde se connaît, c'est le réseau qui compte. On sait comment chacun travaille et on s'aide mutuellement", assure Yasmine qui travaille désormais à Montpellier où elle continue à mener des projets de courts-métrages et de jeux vidéo, comme Léo, très heureux de passer de joueur à concepteur. Le jeu vidéo est donc une autre porte de sortie pour ces diplômés. Comme quoi, il n'y a pas que les Oscars qui comptent !

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