Crise énergétique : dans les universités, les étudiants ont de plus en plus froid

Par Amélie Petitdemange, publié le 22 Novembre 2022
6 min

DOSSIER. Les universités peinent à chauffer leurs locaux, souvent mal isolés. La hausse du coût de l’énergie exacerbe un problème qui touche les étudiants depuis plusieurs années : le froid dans les amphithéâtres et les salles de cours.

Dans les universités, la hausse des coûts de l’énergie a un impact direct sur les étudiants et les personnels. "On enfile les pulls, parce qu’il ne fait pas très chaud. Et c’est le cas dans plusieurs universités, pas seulement à Lille", témoigne Claire-Anne, étudiante en sociologie à l’université de Lille (59).

Une situation connue de longue date

À l’instar de la précarité étudiante avant la crise sanitaire, cette problématique était déjà existante avant la guerre en Ukraine. La crise énergétique ne fait que la souligner et l'exacerber. "Nous pointons du doigt ce problème depuis un certain nombre d’années. Les étudiants et les professeurs étaient déjà en doudoune dans les amphithéâtres les années passées, sans parler des salles dans lesquelles il pleut. Les bâtiments universitaires sont des passoires thermiques énormes et nous avons attendu cette crise pour s’en occuper", affirme Imane Ouelhadj, présidente du syndicat étudiant Unef.

Un rapport de la Cour des comptes paru le mois dernier pointe en effet la vétusté de certains bâtiments universitaires. "Ils n’ont pas été réhabilités depuis des années. Avec cette crise, on se trouve devant le fait accompli. C’est dramatique, le nombre d’étudiants augmente et on réalise que les universités sont en train de s’effondrer", ajoute Claire-Anne.

Lire aussi

"L’année dernière, nous avons fermé une bibliothèque, car le chauffage ne fonctionnait plus"

La situation varie selon les établissements. D’une part, tous n’ont pas le même bâti. Certains bâtiments historiques sont par exemple compliqués à rénover, et ont encore du simple vitrage. Le climat joue aussi : l’université de Lille ou de Strasbourg font face à des températures plus basses que l’université Côte d’Azur ou Aix-Marseille. Enfin, la situation financière des établissements est à prendre en compte. "Pour une université, chauffer quelques jours peut représenter plusieurs dizaines de millions d’euros", souligne Etienne Matignon, président de la fédération étudiante Fage.

Le bâtiment dans lequel Claire-Anne étudie est ancien. "Nous avons un patrimoine vieillissant dans cette université et nous commençons seulement à anticiper la réhabilitation des bâtiments. Pourtant, certains s’effondrent. L’année dernière, nous avons fermé une bibliothèque, car le chauffage ne fonctionnait plus", témoigne l’étudiante.

Des économies au détriment des étudiants

Etienne Matignon confirme ce constat : la Fage a déjà reçu des retours concernant le froid dans les amphithéâtres les années précédentes. De nombreuses universités tardaient à allumer les chauffages. "Nous ne les blâmons pas, elles n’ont pas les financements nécessaires. Elles doivent faire des économies au détriment du confort des étudiants et des personnels. Quand on parle de sous-financement des universités, c’est une réalité", martèle-t-il.

Selon lui, les 275 millions d’euros annoncés par la ministre de l’Enseignement supérieur, Sylvie Retailleau, pour aider les universités à assumer le coût de l’énergie, ne sont pas suffisants. "Cela va les aider, bien entendu, mais cela aurait suffi si elles étaient dans une situation financière saine", explique Etienne Matignon.

Lire aussi

Travailler dans les lieux de coworking

Face à cette situation, les étudiants ont peu de recours. "La seule solution, c’est d’enfiler des pulls et de passer du temps dans les espaces communs ou chez les uns et les autres", raconte Claire-Anne. Les étudiants évitent cependant de rester trop longtemps chez leurs camarades. "Après, ce sont nos factures de chauffage qui explosent. Nous n’avons pas les moyens de mettre les chauffages à 21 degrés chez nous", témoigne la jeune femme de 21 ans.

Les bibliothèques universitaires sont une solution, mais les bâtiments sont parfois grands et vétustes. L’étudiante et ses camarades se tournent donc vers les cafés et les lieux de coworking. "Les espaces de coworking, c’est le bon plan en ce moment. On s’échange des adresses d’espaces gratuits", raconte Claire-Anne.

Pour la présidente de l’Unef, Imane Ouelhadj, "ce n’est pas aux étudiants et aux personnels de remédier au sous-investissement de l’université". Elle appelle à un financement conséquent pour réaliser des rénovations rapides, "même si c’est du système D pour l’instant". Ainsi qu’à se poser la question d'une rénovation plus pérenne des établissements.

Articles les plus lus

Contenus supplémentaires

A la Une Université

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !