À Sup'EnR, l'école des énergies renouvelables, tous les voyants sont au vert

Par Anouk Passelac, publié le 22 Novembre 2022
6 min

DOSSIER. Perpignan abrite Sup’EnR, une école d’ingénieurs unique en France, dédiée à toutes les énergies renouvelables. Un secteur prisé autant par des étudiants sensibles à la transition écologique que par des recruteurs aux besoins toujours plus nombreux et variés.

Du soleil, du vent, des rivières, la mer… Dans les Pyrénées-Orientales, les éléments sont favorables à l’implantation d’énergies renouvelables.

C'est ainsi que Sup’EnR, une école d’ingénieurs unique en son genre, est installée à Perpignan. "Nous sommes les seuls à aborder l'éolien, le solaire, la géothermie, l'hydraulique, la biomasse, l'énergie marine", présente Régis Olivès, le directeur.

Partenariats avec l'Insa et le CNRS

Depuis 2016, l’établissement rattaché à l’université de Perpignan a noué un partenariat avec le groupe Insa. Ainsi, les élèves peuvent postuler directement via Parcoursup, à condition de passer par l'Insa Toulouse. Ils y suivent une formation post-bac de deux ans avant de poursuivre en cycle ingénieur (trois ans). La formation recrute également après une licence, une CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) ou un BUT (bachelor universitaire de technologie).

Sur place, Sup’EnR bénéficie d’un allié de poids : le laboratoire Promes du CNRS, dédié aux matériaux et procédés solaires, qui gère le four solaire d’Odeillo à Font-Romeu et la centrale à tour Thémis.

"Ce sont des installations uniques que le monde entier nous envie", s’enorgueillit Quentin Falcoz, chercheur au laboratoire Promes et enseignant à l’école. Ce dernier donne cours une semaine sur le site de Font-Romeu, en autarcie dans les montagnes.

Le four solaire d’Odeillo à Font-Romeu dans les Pyrénées-Orientales. Adrien Toutant y travaille comme chercheur et enseigne également à l’école d’ingénieurs.
Le four solaire d’Odeillo à Font-Romeu dans les Pyrénées-Orientales. Adrien Toutant y travaille comme chercheur et enseigne également à l’école d’ingénieurs. // © Anouk Passelac

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Un secteur en innovation constante

Le laboratoire Promes héberge aussi les élèves de quatrième année pour leurs travaux pratiques. Dans l’une des salles dédiées, un petit groupe travaille ce jour-là sur la fabrication d’une cellule photovoltaïque. "On part de la matière première et on va jusqu’à l’élaboration d’une cellule complète", explique l’enseignant-chercheur Kamal Djessas.

Pour l’exercice, le matériau de base sera du silicium, "mais il existe de meilleurs matériaux, moins polluants et permettant de produire des cellules à moindre coût, précise le professeur. Kamal Djessas présente l’avancée des recherches en la matière aux étudiants : "Il faut innover dans ce domaine et il nous faut des jeunes formés pour faire face aux prochains défis."

Les élèves sont d’ailleurs très volontaires. Comme Jon, qui aime "le challenge" que représentent les énergies renouvelables. "L’enjeu environnemental est immense et il y a tout à faire", lance le jeune homme de 21 ans. "J’aime le côté pionnier", explique Daniela, qui veut devenir cheffe de projet dans les énergies marines, un domaine encore peu exploré.

Les étudiantes expliquent à leurs camarades et au professeur leur démarche pour réaliser une cellule photovoltaïque.
Les étudiantes expliquent à leurs camarades et au professeur leur démarche pour réaliser une cellule photovoltaïque. // © Anouk Passelac

Des cours en sciences humaines

Le cursus ne se contente pas de fournir des enseignements techniques sur les différentes énergies renouvelables. "On ne forme pas des ingénieurs technologues, mais des ingénieurs avec une sensibilité aux aspects environnementaux, sociaux et économiques", précise le directeur.

Cela passe par des cours en sciences humaines (droit, économie…) réalisés en partenariat avec un autre laboratoire du CNRS nommé ART-Dev. De cette manière, les étudiants sont initiés à l’aménagement du territoire en intégrant la notion de développement durable et travaillent l’acceptabilité d’un projet énergétique auprès de la population.

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La transition écologique au cœur du cursus

"L’aspect humain est très important", souligne Régis Olivès. La dimension locale aussi : "À chaque territoire correspondent des usages, des besoins et des ressources particulières, poursuit-il. On part de là et on adapte notre réponse".

Alors que le groupe Insa cherche à former tous ses ingénieurs sur la transition écologique, Sup’EnR montre donc l’exemple. Un aspect très apprécié par les étudiants, dont l’engagement écologique n’est plus à démontrer. Antoine veut par exemple "améliorer le monde dans lequel on vit", et Nolwenn se "sentir utile et en accord avec [ses] valeurs".

Les étudiantes Daniela, Nolwenn et Inès (de gauche à droite), présentent leur prototype de cellule photovoltaïque. Celui-ci est entouré d’une couche de métal conducteur qui permettra de transformer l’énergie solaire en électricité.
Les étudiantes Daniela, Nolwenn et Inès (de gauche à droite), présentent leur prototype de cellule photovoltaïque. Celui-ci est entouré d’une couche de métal conducteur qui permettra de transformer l’énergie solaire en électricité. // © Anouk Passelac

Plus d’offres de stages que d’élèves

En 2022, l’établissement a reçu 5.300 candidatures depuis Parcoursup, pour 24 places. Cette très forte sélectivité est le revers de la médaille d'un secteur plein d’avenir : de l’international au local, les politiques s’attellent à développer les énergies renouvelables.

Bureaux d’études, collectivités publiques, associations… Les débouchés sont extrêmement variés, allant de la conception de systèmes énergétiques au déploiement de projets sur site, en passant par la rénovation énergétique de bâtiments.

Si bien que l'école, liée au tissu économique local, reçoit chaque année trois fois plus de propositions de stages qu'elle n'a d’élèves. Et si quelques jeunes diplômés choisissent de poursuivre leurs études, notamment dans la recherche, ceux qui découvrent le monde du travail sont tous en activité. En 2020, 37% des étudiants ont trouvé un contrat avant même la fin de leur formation et 54% en 2021. Le plus souvent, il s’agit d’un CDI.

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