"Cela peut avoir un côté coup de massue" : les étudiants de Sciences po Strasbourg sensibilisés au sujet du consentement

Par Agnès Millet, publié le 09 Septembre 2022
6 min

REPORTAGE. À Sciences po Strasbourg, les étudiants de première année sont accueillis par une semaine de prévention. La lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) représente l'un des piliers de ces actions. Mercredi 7 septembre 2022, une conférence pour les sensibiliser à la question du consentement leur était réservée.

Ce mercredi 7 septembre 2022, dans des locaux refaits à neuf en 2020, près de 200 nouveaux étudiants de Sciences po Strasbourg prennent place dans un amphi, bientôt quasi plein. Pour ces élèves, lycéens l'an dernier, le lieu reste intimidant.

Il ne s'agira pourtant pas d'un cours comme les autres. Ce sont deux intervenants, Thomas Foehrlé et Stéphanie Graff, de l'association Solidarité Femmes 67, qui prendront la parole pendant deux heures.

Réagir à la campagne #SciencesPorcs

"Cela faisait plusieurs années que les questions de prévention des risques et de bien-être étudiant montaient en puissance. Avec la vague #SciencesPorcs [mouvement de libération de la parole autour des violences sexistes et sexuelles sur les réseaux sociaux, qui a touché tous les IEP en 2020 et 2021], le sujet a cessé d'être invisibilisé et il y a eu une réaction", explique Benjamin Chevalier, professeur en sciences sociales. Il est l'un des deux nouveaux chargés de mission vie étudiante et lutte contre les violences sexistes, sexuelles et homophobes (VSSH) de Sciences po Strasbourg.

Depuis deux ans, l'IEP de Strasbourg sensibilise donc les étudiants admis à ces questions. Dès la rentrée, lundi 5 septembre, ils ont assisté à une présentation de la cellule d'aide psychologique et à un temps consacré au fonds d'aide d'urgence et à la mission handicap et suivi social. Jeudi 8, ils rencontrent le juge Schneider, référent égalité, et la semaine se clôt avec une conférence sur les risques festifs.

"Cela peut avoir un côté coup de massue. Mais ce dispositif est sûrement plus sain qu'une rentrée centrée uniquement sur les associations et le côté festif", assume le chargé de mission.

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Consentement, culture du viol, etc. : sujets du jour à Sciences po Strasbourg

Aujourd'hui, les deux orateurs, qui interviennent déjà auprès des collégiens, des lycéens et des infirmiers, ont conçu une formation sur mesure. Le sujet du jour : le consentement. Pour prendre du recul, des notions telles que le sexisme, la culture du viol, le droit masculiniste et le fratriarcat, c'est-à-dire la cooptation des hommes en milieu professionnel, sont abordées.

Stéphanie Graff et Thomas Foehrlé, de l'association Solidarité femmes 67, ont abordé la question du consentement avec les élèves de première année de Sciences po Strasbourg, mercredi 7 septembre 2022.
Stéphanie Graff et Thomas Foehrlé, de l'association Solidarité femmes 67, ont abordé la question du consentement avec les élèves de première année de Sciences po Strasbourg, mercredi 7 septembre 2022. // © Agnès Millet

Stéphanie Graff s'appuie sur des scènes de films ou de séries pour illustrer les situations et s'attaquer aux idées reçues. Dans Game of Thrones, c'est le préjugé selon lequel il existerait un devoir conjugal qui est attaqué, au travers des personnages de Khal Drogo et Daenerys Targaryen. Lors des votes à main levée, les élèves condamnent unanimement les comportements toxiques.

"Mais tous ont des expériences différentes. Depuis ma place, je vois que certains ont l'air perplexe à l'énoncé de tel chiffre ou face à tel sujet ; tandis que pour d'autres, ce sont des acquis", précise la jeune femme.

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Des étudiants attentifs et concernés par les enjeux des VSS

La diffusion de témoignages d'étudiants, extraits de documentaires, permet "de faire prendre conscience que ces situations ne sont pas lointaines : elles peuvent survenir dans leur quotidien", explique Stéphanie Graff. La pression du groupe et le désir de s'intégrer, les soirées alcoolisées… sont autant de phénomènes qui peuvent favoriser des violences sexistes et sexuelles, notent les formateurs.

Régulièrement, la salle bruisse de débats chuchotés. À haute voix, quelques questions timides, mais bien argumentées, émergent. Selon Ninon, le problème s'ancre dès l'école primaire, où la domination masculine se fait sentir dans la cour de récré. Un autre élève, qui se réjouit de cette séance, déplore qu'elle soit si tardive dans son parcours : autour de lui, des proches ont déjà rencontré des situations difficiles au lycée.

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Une sensibilisation aux violences sexistes et sexuelles sur le long terme

En fin de séance, Benjamin Chevalier prend la parole pour expliquer son rôle. Il souligne qu'il ne se substitue pas à la cellule d'écoute de l'Université de Strasbourg, dont l'IEP est composante.

Ces thématiques seront abordées de nouveau, parfois indirectement. "Cela fait partie de certains enseignements, car cela touche à nos disciplines, au sein de l'IEP. Pour libérer la parole, il faut en parler régulièrement, également en petits groupes, rappelle Benjamin Chevalier. J'observe que les comportements changent déjà, notamment dans les associations qui se sont énormément responsabilisées."

Parmi les brochures distribuées, le violentomètre, un outil permettant de "mesurer" si une relation amoureuse est fondée sur le consentement et ne comporte pas de violences.
Parmi les brochures distribuées, le violentomètre, un outil permettant de "mesurer" si une relation amoureuse est fondée sur le consentement et ne comporte pas de violences. // © Agnès Millet

En attendant, à l'issue de ces deux heures, les étudiants de première année de Sciences po Strasbourg sont nombreux à chercher les brochures d'information. La conférence a rempli son objectif. Bartolomé, lui, a été saisi par les "statistiques alarmantes". Pour Mélissa, "la présentation était vraiment très complète".

Naïma analyse également sa promotion. "On avait l'impression que tous les élèves ont compris, mais j'espère que cela aura vraiment un impact sur les comportements."

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