Covid-19 : 85,2% des étudiants en soins infirmiers mobilisés pendant la crise sanitaire

Par Mersiha Nezic, publié le 24 Août 2020
6 min

81.000 étudiants en soins infirmiers se sont engagés pour participer à la continuité des soins au plus fort de la crise sanitaire, avance une enquête de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI). La majorité s'est impliquée sous couvert d’un stage.

Ils ont répondu présent face au tsunami de la pandémie. Pendant plus de trois mois, 85,2% des étudiants en soins infirmiers et en pratique avancée se sont mobilisés au plus fort de la crise sanitaire dans les établissements de santé. 81.000 étudiants se sont ainsi engagés auprès des patients pour assurer la continuité des soins en soutien aux professionnels de santé, avance une enquête de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI), parue ce lundi 24 août.

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Intitulée "COVID-19 : Pas de retour à la "normale" !", l'enquête affirme qu'en plus des conditions compliquées de mobilisation communes avec les professionnels de santé, les étudiants en sciences infirmières ont dû affronter des difficultés supplémentaires : restriction de matériel, obligation de mobilisation, rémunération dérisoire et rupture de la continuité pédagogique.

Selon la FNESI, 10,9% des étudiants mobilisés ont été contaminés par le virus. "Au 21 juin 2020, les étudiants en sciences infirmières représentaient ainsi 6,5% de la population française atteinte. Ces chiffres alarmants témoignent du manque de protection individuelle dans les établissements ainsi que de la surexposition aux patients atteints". 70% de ces étudiants atteints disent avoir manqué de matériel et 76,1% déclarent avoir été en contact avec des patients positifs.

Les étudiants infirmiers considérés comme stagiaires dans des unités Covid

Sur 95.000 étudiants, 68,5% ont été impliqués sous couvert d’un stage, 9,3% sous forme de vacations, 7,7%, rappelés par leur employeur, et 14,5% sont restés confinés chez eux. "Plus d’un quart de ces étudiants ont été mobilisé en unités Covid, services de réanimation, soins intensifs ou d’urgences et près d’un tiers a été impliqué en Ehpad, les plaçant au plus proche du risque de contamination", détaille la FNESI. 34,3% des étudiants disent avoir été réquisitionnés durant la crise "alors qu’aucune mesure préfectorale obligatoire n’a été entamée. Ce pourcentage est révélateur de la pression psychologique vécue par les étudiants, dont l’engagement auprès des patients a fait l’objet de chantage de la part des responsables d’établissements".

Du 16 mars au 21 juin 2020, 65.000 étudiants en sciences infirmières ont été en stage, soit 18.000 de plus par rapport aux effectifs habituels. "Cette affectation démesurée en stage est due au manque d’effectif", des établissements de santé. "Ainsi, 40.000 étudiants ont subi un allongement ou une modification de leur période de stage dont près de la moitié est due à des besoins en personnel", estime l'association.

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Un étudiant ne peut "exercer le métier sans diplôme"

Pour la FNESI, les étudiants ont été utilisés comme remplaçants sous le couvert d’un stage. Ce qui "a permis aux établissements de santé de réaliser des économies considérables". Ainsi, 33,7% des étudiants en soins infirmiers en stage ont fait fonction d’aides-soignants et 50,3% des étudiants infirmiers en pratique avancée en stage ont été affectés sur des postes d’infirmiers diplômés d'État. Surtout, 5% des étudiants en stage ont été placés sur des postes infirmiers, "soit près de 4.800 étudiants en situation d’exercice illégal de la profession d’Infirmiers", s'insurge l'organisation étudiante.

"Quelle que soit la situation épidémique du pays", la FNESI demeure opposée à ce qu’un étudiant puisse, "de manière dérogatoire ou non, exercer le métier d’infirmier en toute autonomie sans diplôme : aucun semestre de formation ne doit être sacrifié ! Il en va de la sécurité du patient tout au long de son parcours de soins, engageant la responsabilité de l’étudiant et du professionnel l’encadrant".

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"Les applaudissements n’auront pas suffi aux étudiants"

La Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers reste mécontente d'une hausse de 20% des indemnités de stage proposée à l'issue du "Ségur de la santé" qu'elle qualifie d'"annonces plus que décevantes, irrespectueuses". Les étudiants "bénéficient dès à présent d'une hausse de leurs indemnités de stage de… 20 centimes de l'heure. Cela reste sous le seuil des 2 € de l'heure pour les troisième année", s'insurge l'organisation étudiante.

Le syndicat demande le versement d’indemnités de stage a minima d’un montant horaire supérieur à 2 €. Celles-ci sont actuellement de 28 € par semaine en première année, puis de 38 € en deuxième année et 50 € en troisième année. "Face à l’effort collectif, la pénibilité subie et la responsabilité encourue, la FNESI ne pourra accepter que les indemnités de stage soient inférieures à 15% du plafond horaire de la sécurité sociale, soit 3,90 € de l’heure quelle que soit la durée du stage", affirme l'organisation étudiante. Celle-ci demande également la création d’indemnités de stage pour les étudiants infirmiers en pratique avancée.

"Les applaudissements n’auront pas suffi aux étudiants en sciences infirmières pour combler leur besoin de reconnaissance. Après une mobilisation risquée de longue durée, ils attendent désormais des actions concrètes fortes", affirme la FNESI.

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