La quatrième année de médecine générale quasi officialisée, les internes poursuivent la grève

Par Pauline Bluteau, mis à jour le 10 Novembre 2022
6 min

Jamais deux sans trois. À partir du 14 novembre, étudiants en médecine, externes et internes débuteront une grève illimitée. Ils sont également appelés à se mobiliser dans la rue le 17 novembre. Les représentants étudiants demandent la suppression de la quatrième année de médecine générale, malgré son passage en force à l'Assemblée nationale dans le cadre du PLFSS 2023.

La mobilisation se poursuit. Selon l'ANEMF (association nationale des étudiants en médecine de France), ils étaient plus de 10.000 étudiants, externes et internes réunis, à avoir fait entendre leur voix le 14 octobre dernier. Un deuxième round s'est tenu le week-end de la Toussaint, du 28 octobre au 1er novembre. L'ANEMF, l'ISNI (intersyndicale nationale des internes) et l'ISNAR-IMG (syndicat représentant les internes en médecine générale) ont déjà acté un troisième levé de bouclier les 14 et 17 novembre prochain.

Si les appels à la grève se multiplient, c'est parce que les parlementaires sont actuellement en train d'adopter le projet de loi de finances de la sécurité sociale 2023 (PLFSS). Ce même PLFSS qui contient justement l'article 23, actant la mise en place de la quatrième année de médecine générale.

La quatrième année de médecine générale, adoptée par l'Assemblée nationale via le 49.3

Fin septembre, les ministres de l'Enseignement supérieur et de la Santé donnaient un coup d'accélérateur à une réforme annoncée il y a cinq ans. Présentée dans le projet de loi de finances 2023, la quatrième année d'internat en médecine générale est bel et bien officialisée. Mais sous quelles conditions ? Pour les étudiants et internes en médecine, c'est le moment d'exprimer leurs attentes et leurs revendications.

En cause notamment : la pratique des stages en ambulatoire pour favoriser l'installation en libéral, une incitation à favoriser les stages dans les déserts médicaux et le manque de maîtres de stage universitaires pour les superviser.

Rien n'est encore définitif puisque le PLFSS doit maintenant être examiné par le Sénat qui devrait amender le texte et ainsi amener à la décision de la commission mixte paritaire (députés et sénateurs réunis). Sans accord trouvé, c'est l'Assemblée nationale qui aura de facto le dernier mot… et donc valider la mise en place de la quatrième année de médecine générale.

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La question des stages en désert médicaux cristallise les tensions

Cette fois, les futurs professionnels de santé entendent débuter une grève illimitée à partir du lundi 14 novembre. La troisième mobilisation dans la rue annoncée pour le 17 novembre est l'occasion de montrer leur mécontentement pour que la réforme soit a minima repoussée. À l'heure actuelle, l'allongement de la durée de l'internat en médecine générale s'appliquera dès la rentrée 2023 pour les nouveaux internes.

Du côté de la Conférence des doyens de médecine, pas de crainte à avoir sur la refonte du programme des quatre années d'internat : "La quatrième année ne doit pas être apposée comme une couche supplémentaire aux trois années existantes mais entrer dans un cadre de reformulation complète. Toute la maquette a été revue pour qu'il y ait une cohérence pédagogique, il y aura un vrai bénéfice pour les internes. Ce qui bloque, ce sont les stages en déserts médicaux", témoigne Didier Samuel, président de la conférence.

Les stages sont en effet un point de tension pour les futurs médecins généralistes qui mettent en garde sur le manque de maîtres de stage, notamment en zone sous-dense. Le télé-encadrement serait une option sur la table selon la Conférence des doyens de médecine mais elle ne doit pas être "exclusive". Autre point de vigilance : la rémunération des internes. Considérés en dernière année d'internat comme des docteurs juniors, ils gagnent 27.125 euros bruts par an. "Les internes sont sous-rémunérés, c'est une vérité mais tout n'est pas entre nos mains. La rémunération fait débat mais nous n'envisageons pas la rémunération à l'acte. Il doit y avoir une équité vis-à-vis des autres spécialités. En revanche, des incitations financières ou des aides sont à réfléchir", estime Didier Samuel.

Les représentants des étudiants en médecine souhaitent également qu'une précision soit apportée sur le déroulement des stages afin qu'ils puissent se faire dans d'autres conditions qu'en libéral exclusivement. "Tous les internes en médecine générale ne veulent pas se mettre à leur compte", corrige l'ANEMF.

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Les grévistes, pas toujours bien vus par leurs ainés

Bien que soutenus par les doyens de médecine, l'Ordre national des médecins ou encore le collège national des généralistes enseignants, les internes en médecine sont aussi critiqués par les professionnels de la santé. Le week-end dernier, l'ISNI a recensé une centaine d'assignations abusives des internes grévistes. Avec un manque de personnel déjà criant, les hôpitaux ont dû réduire l'accès aux services. Signe aussi que les internes sont bien indispensables au fonctionnement des centres hospitaliers.

D'après la Conférence des doyens de médecine, les élus ont également leur part de responsabilité. "Ils ne peuvent pas se désintéresser du problème, monter à la tribune, parler de coercition sans s'occuper du territoire, c'est trop facile. C'est vrai pour les internes et les jeunes médecins." Le débat n'est donc pas encore entériné.

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