Perte d’agrément des écoles d’ostéopathie : "Ça a pourri la fin de mes vacances"

Par Sara Saidi, publié le 31 Août 2021
7 min

Capacité d’accueil réduite, agrément non renouvelé ou non accordé… À la suite de la décision, en juillet, du ministère des Solidarités et de la Santé de réguler drastiquement l’offre de formation des écoles d’ostéopathie, de nombreux étudiants ont dû s’adapter dans l’urgence. Tous, ne sont pas sûrs de pouvoir continuer leur formation cette année.

"Je ne m’attendais pas à ça. Quand j’ai su, je n’ai fait que pleurer pendant deux jours. Je suis très déçue car j’ai choisi la mauvaise école, je leur ai fait confiance", raconte Valérie* étudiante à l’École européenne d’ostéopathie OSCAR à Strasbourg (67). L’établissement fait partie des neuf écoles dont l’agrément n’a pas été renouvelé par le ministère des Solidarités et de la Santé en juillet dernier.

Comme Valérie, beaucoup d’étudiants se sont donc retrouvés à devoir refaire des dossiers d’inscription en plein mois de juillet pour être sûrs de pouvoir continuer leur formation à la rentrée. C’est le cas de Diane* étudiante en 3e année. Comme elle n’a pas validé toutes ses unités, son acceptation dans une autre école dépend des résultats de ses rattrapages : "C’est très compliqué (…) Si je ne valide pas mes rattrapages, j’essaie ailleurs en France pour redoubler ma 3e année ou alors je fais une année de césure et je vais à la fac pour garder mon statut étudiant", explique-t-elle.

D’autres étudiants ont été surpris de recevoir un mail de leur école, annulant leur contrat à la suite d’une baisse d’effectif imposé à leur établissement : "Ça a pourri la fin de mes vacances", affirme ainsi Laura*, étudiante qui doit commencer sa 4e année à la rentrée.

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Une décision tardive, des délais très courts

La majorité des étudiants interrogés regrettent surtout que la décision du ministère ait été prise aussi tardivement : "Ils auraient pu le dire en février et non pas en juillet", regrette Gaëlle*, qui devait finir sa formation à l’École européenne d’ostéopathie OSCAR à Strasbourg. La jeune femme estime néanmoins avoir de la chance. En effet, acceptée au Collège ostéopathique Sutherland de Strasbourg (COS) elle ne sera pas obligée de déménager contrairement à d’autres élèves.

"À un mois de la rentrée c’est stressant, il faut rendre l’appartement, retrouver un petit boulot… Sans compter que je suis responsable d’une association et que je ne pourrais sûrement pas continuer. C’est un peu catastrophique", explique Marc, étudiant dans le sud de la France. Laurent, 41 ans et en reconversion est en colère : "Ça me fait râler, c’est de l’injustice, ils ne se rendent pas compte : Trois quarts de notre promo avait un boulot à côté, sans compter les personnes en couple. Moi j’ai mon fils, je ne peux pas me permettre de ne pas le voir", s’indigne-t-il.

Lalie Meynand, présidente de la Fédération nationale des étudiants en ostéopathie (Fédéo), regrette également cette prise de décision tardive : "Nous déplorons les délais restreints. Les étudiants doivent changer d’école voire de ville en un mois, c’est très court", affirme-t-elle.

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Les étudiants en première année d'ostéopathie en première ligne

Après la décision du ministère, la Fédéo a demandé à ce que la priorité soit donnée aux étudiants qui ont déjà commencé leur formation et engagé des frais, afin de leur permettre de terminer leur formation sans retard : "Les premières années sont (donc) en première ligne. On a demandé au ministère de permettre à ces étudiants d’accéder à Parcoursup pour trouver une formation et/ou se réorienter", explique Lalie.

Xavier devait entrer en première année près de Nice, mais son établissement n’a pas eu son agrément : "Je ne suis pas prioritaire, cela fait plusieurs semaines que j’attends que le ministère augmente les effectifs pour avoir une place. C’est stressant pour moi et ma famille", détaille-t-il. En cas de refus, le jeune homme de 18 ans compte tout de même débuter sa première année dans l’école prévue quitte à devoir refaire sa première année : "J’aurais de l’avance sur les acquis à prendre. Je suis un peu obligé, je n’ai pas d’autre choix", constate-t-il.

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Dans son communiqué, le ministère rappelle cependant "que les établissements de formation en ostéopathie dont l’agrément n’est pas renouvelé ne sont plus autorisés, à compter du 1er septembre 2021, à dispenser des cours ou à délivrer un diplôme pour ce cursus pour l’année scolaire à venir". Une décision remise en question par le directeur d'une école qui a perdu son agrément : "Le communiqué de la Direction générale de l’offre de soin (DGOS) est en contradiction avec la liberté fondamentale d’enseigner qui figure dans le code de l’éducation et dans le code de justice administrative sur le respect des libertés."

Certains étudiants comprennent néanmoins la décision du ministère : "Avec le recul on se dit qu’effectivement il y avait des choses qui n’allaient pas, on a eu des cours dans une église, dans la salle de conférence d’un hôtel, alors que la salle n’était pas chauffée…", raconte ainsi une étudiante à propos de son établissement. D’autres pensent au contraire que la suspension des agréments est le résultat d’une mauvaise interprétation de la part de la Commission consultative nationale d’agrément (CCNA) en ostéopathie. Et, à demi-mots, certains se demandent si cette régulation n’est pas en réalité une manière de faire baisser le nombre d’ostéopathes en France alors que la formation explose depuis une vingtaine d’années.

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