Pourquoi ont-ils choisi la filière sanitaire et sociale ?

Par Yoann Palej, publié le 14 Septembre 2020
5 min

Quelles sont les raisons qui poussent les étudiants aides-soignants et éducateurs de jeunes enfants à s'orienter vers ces formations ? Est-ce avant tout la volonté de prendre soin des autres, qui est au fondement des métiers du secteur sanitaire et social ? Une enquête parue cet été révèle leurs principales motivations et pointe les difficultés rencontrées par beaucoup pendant leurs stages.

Depuis 2011, la baisse des candidats en formation d’aide-soignant (-36%) et d’éducateur de jeunes enfants (-42%) recensés en Ile-de-France inquiète, alors qu’on estime à 16.000 le nombre de postes d’aides-soignants à pourvoir dans la Région entre 2018 et 2022. Et qu'une hausse globale des places dans les formations sanitaires a été annoncée à la suite du "Ségur de la santé".

Fin 2019, 800 actuels et anciens élèves ont répondu à une enquête pilotée par "Défi métiers". L'organisme, mandaté par la région Ile-de-France, a cherché à comprendre leurs motivations à intégrer ces formations et les difficultés rencontrées.

Aides-soignants : seulement 6% des interrogés souhaitent travailler en Ehpad

Est-ce la vocation avant tout qui pousse les élèves aides-soignants à opter pour cette formation dont le nombre de places va doubler à l'horizon 2025 ? Pas seulement, et loin de là. Les raisons sont très hétérogènes, liées aux parcours antérieurs de chacun. Les étudiants qui étaient salariés avant de débuter la formation l'ont choisie en majorité (42%) parce qu'elle permet de trouver rapidement un emploi. Ceux qui poursuivent leur formation initiale ont été convaincus à 49% par la gratuité des études, mais ils sont aussi nombreux (36%) à citer la possibilité de poursuivre ensuite leurs études comme source de motivation. Et l'intérêt même pour le métier d'aide-soignant ? Il est finalement surtout cité par les étudiants qui étaient précédemment au chômage : 53% d'entre eux estiment que c'est la raison principale pour laquelle ils ont opté pour cette formation.

Interrogés sur l'établissement idéal où travailler une fois diplômés, 63% des élèves de moins de 30 ans citent l’hôpital. Seulement 6% d’entre eux se voient exercer dans un Ehpad. La plupart mettent en cause les conditions de travail, comme Mona*, 22 ans, diplômée en novembre 2019 : "J’ai démissionné à cause du manque d’effectif. À deux dans un étage. Beaucoup de gens font des arrêts, on se retrouve parfois toute seule. Alors, avant de prendre soin des autres, il faut prendre soin de soi. Je ne voulais pas être dégoûtée du métier, ni être maltraitante."

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95% des étudiants EJE (97% sont des femmes pour une moyenne d'âge de 24 ans) ont choisi cette formation par intérêt pour le travail auprès des enfants et 80% plus globalement pour le travail social. Seulement 45% des répondants mettent en avant les conditions de travail et d’emploi comme déterminantes dans le choix de cette formation, et 30% évoquent le prestige et l’image positive du métier.

Réformée à la rentrée 2018, la formation au métier d'éducateur de jeunes enfants intègre désormais un volet "management" plus important dans le cursus pour permettre des évolutions une fois en poste. Mais cela n'a pas eu d'incidence sur le choix d'orientation des étudiants ayant répondu à cette enquête, puisque 77% ont indiqué souhaiter travailler auprès des enfants plutôt qu’au sein des équipes de direction.

Si 53% des sortants de formation estiment que celle-ci s’est "très bien déroulée", on ressent une sorte de crise de sens, une déception face à la réalité courante de l’exercice du métier. "En crèche, souvent, il y a beaucoup de réglementations qui ne permettent pas l’application de toutes les pédagogies", explique Sophie*, 38 ans, étudiante en reconversion professionnelle. Enfin, plus d’un tiers des répondants encore en formation envisagent de s’orienter vers les structures dont la dimension sociale est plus marquée : 23% vers les établissements à caractère social (PMI, MECS, ASE, CHRS, pouponnière, etc.) et 12% vers le handicap, soit, en cumulé, plus que vers le milieu ordinaire.

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* Les prénoms ont été modifiés

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