Santé mentale des étudiants en santé : "Les appels à l’aide se multiplient"

Par Pauline Bluteau, publié le 30 Novembre 2020
5 min

Stress, anxiété, fatigue, harcèlement, dépression, pensées suicidaires… Entre la réforme des études de santé, le confinement et la mobilisation, les futurs médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes, kinés, infirmiers, et bien d’autres, tirent la sonnette d’alarme pour mettre en lumière leur mal-être.

Ce n’est malheureusement pas un phénomène nouveau et pourtant, depuis plusieurs semaines, les fédérations des étudiants en santé ont lancé un appel à l’aide. Les témoignages d’étudiants souffrant de dépression ou d’anxiété se multiplient. Les raisons ? Des situations encore plus difficiles à vivre pendant cette crise sanitaire, que ce soit lors de leur mobilisation, en stages, confinés dans leur studio ou, pour les étudiants en première année, en proie aux doutes face à la réforme de la PACES (première année commune aux études de santé).

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Un mal-être exacerbé par la crise sanitaire

C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. "On arrive à un point où on se rend compte que la période est vraiment très compliquée", explique Loona Mathieu, vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEMF (Association nationale des étudiants en médecine de France). Même si la difficulté des études de santé et l’impact psychologique sur les étudiants n’est plus à démontrer aujourd’hui, depuis le printemps dernier, la crise sanitaire a sans conteste renforcé ce mal-être.

"Depuis le reconfinement, les étudiants ne peuvent plus aller en cours. Ils ont perdu les liens avec leur établissement et se retrouvent isolés dans leur studio. Ce sont des conditions très difficiles pour eux", atteste Adrien Cazes. Le vice-président en charge de l’enseignement supérieur à l’ANEPF (Association nationale des étudiants en pharmacie de France) affirme d’ailleurs que le nombre de témoignages et d’appel à l’aide de la part des étudiants en pharmacie ne cesse d’augmenter depuis le début d’année.

Pour d’autres, ce sont les conditions de mobilisation et de stage qui accroissent la fatigue mais aussi la pression, le stress, l’anxiété, la peur de mal faire… "Les étudiants sont soumis à une forte responsabilité pendant leurs stages, il y a parfois des dérives car ils sont mal encadrés et cela impacte forcément leur santé mentale", confirme Loona Mathieu.

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Une situation inquiétante pour les étudiants en PASS et L.AS

Ce mal-être est d’ailleurs palpable dès la première année d’études supérieures. En dehors du confinement, les étudiants doivent faire face à la réforme des études de santé. La PACES est remplacée depuis la rentrée par les PASS (parcours spécifiques accès santé) et les L.AS (licences "accès santé"). Mais à l’approche de leurs examens de premier semestre, les étudiants restent dans le flou. "On a remarqué la détresse des étudiants de première année parce qu’il y a énormément d’inconnus sur cette réforme, notamment sur leur sélection, précise Adrien Cazes. Nos tutorats reçoivent de nombreux témoignages en ce sens et on voit qu’il n’y a aucun dispositif prévu par les universités pour les accompagner."

À l’ANEMF, Loona Mathieu est du même avis. Elle déplore la pression académique et s’inquiète de voir les étudiants abandonner leur formation.

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Un constat commun

Les étudiants en pharmacie et en médecine ne sont pas les seuls concernés. Nombreuses sont les associations étudiantes qui ont également réagi pour alerter. C’est notamment le cas des étudiants infirmiers, en maïeutique, en odontologie, en kinésithérapie… "On établit tous le même constat sur nos formations : on doit agir maintenant", résume Loona Mathieu.

Plusieurs idées ont déjà émané de ces concertations : "On aimerait que les centres de soins dans les universités soient développés et mieux connus des étudiants, il faudrait aussi mettre en place des évaluations de stage par les étudiants pour que nos remarques soient entendues, on aimerait également proposer aux tutorats qui sont au plus près des étudiants d’être mieux formés pour réagir face à la détresse psychologique…", énonce Adrien Cazes. Et la liste est encore longue.

Les fédérations sont actuellement en train de travailler sur une synthèse commune. Toutes ces propositions pourraient être adressées aux ministères de tutelle à savoir celui de la Santé et de l’Enseignement supérieur dans les semaines à venir.

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