Les étudiants infirmiers inquiets de devenir les soignants de demain

Par Pauline Bluteau, publié le 23 Novembre 2020
6 min

Déjà pleinement mobilisés pendant la première vague de la crise sanitaire, les étudiants infirmiers sont une fois de plus appelés en renfort. Pour Louis*, Céleste* et Amandine, cet engagement, parfois contraint, risque d’avoir de lourdes répercussions sur leur formation et leur futur métier.

Dans un an et demi, Louis, Céleste et Amandine devraient être diplômés en tant qu’infirmier. Leur formation ne doit durer que trois ans, trois ans pour apprendre les bases de leur métier en se confrontant au terrain. Pourtant, avec l’actuelle crise sanitaire, rien n’est moins sûr. Stages annulés, mobilisation en tant qu’aide-soignant, cours suspendus ou à distance… Actuellement en deuxième année, les futurs soignants se disent déjà inquiets des conditions dans lesquelles ils devront s'occuper de leurs futurs patients.

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Plusieurs semaines de stage annulées

Louis estime faire partie des "chanceux", c’est-à-dire de ceux qui n’ont "pas été atteints par la crise". En mars dernier, l’étudiant lyonnais effectuait son stage de première année au service hématologie stérile. "Mon service n’était pas impacté. J’ai pu continuer mon stage normalement", raconte-t-il.

Mais cela n’a pas été le cas de tous les étudiants. Céleste et Amandine, également en première année lors de la première vague, ont été amputées de plusieurs semaines de stage. À l’annonce du premier confinement, Céleste a été réquisitionnée dans une résidence autonomie senior. "C’est un lieu non médicalisé pour les personnes âgées, précise-t-elle. Comme tous les résidents étaient autonomes, je faisais uniquement du relationnel." Son stage en SSIAD (service de soins infirmiers à domicile) devait débuter en mai mais a finalement été annulé et reporté de quelques semaines. "L’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) a dû me trouver un stage en urgence et finalement je suis retournée au sein de la résidence, c’était le dernier recours…" Une expérience qui n’a pas été aussi enrichissante que prévu : l’étudiante estime ne pas avoir "fait grand-chose, en tout cas rien sur le plan technique".

Or, la situation risque de se reproduire dans les semaines à venir pour leur deuxième année d’études. "On nous a déjà prévenu que sur nos cinq semaines de stages en décembre prochain, nous pourrions être affectés deux semaines comme aide-soignant, selon les besoins", explique Louis. Pour Amandine, étudiante à Brest (29), cela pourrait s’étendre sur trois ou quatre semaines dans l’année.

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Des volontaires en colère

À Marseille (13), où étudie Céleste, la situation s’est déjà aggravée. Le 16 novembre dernier, l’ARS (agence régionale de la santé) PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur) a publié un arrêté suspendant la formation des étudiants en deuxième année de soins infirmiers jusqu’au 13 décembre minimum. Sans mobilisation ou réquisition pour autant. "Je venais de commencer mon stage en psychiatrie depuis une semaine et encore une fois, tout s’est arrêté du jour au lendemain sans aucune explication, s’exclame l’étudiante. Plus de stage, plus de formation… Je ne suis plus considérée comme étudiante." Déjà à la moitié de sa formation, l’étudiante se dit inquiète de son niveau : "Franchement, ça fait peur !"

Pourtant, les trois étudiants l’affirment : leur mobilisation pendant la crise sanitaire en tant qu’ASH (agent de service hospitalier) ou aide-soignant n’est pas un problème. "Bien sûr qu’on veut aider, c’est évident mais on reste des étudiants et on a besoin d’une vraie formation", insiste Amandine.

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Soigner les patients de demain

Pendant "sa césure forcée", Céleste espère d’ailleurs trouver un contrat en tant qu’aide-soignante. "Financièrement, j’en ai besoin. Mais je ne veux pas qu’on me traite comme une marionnette. J’apporte mon aide mais de l’autre côté on m’empêche de me former, ce n’est pas normal", regrette-elle. L’étudiante marseillaise se dit "perdue" en pensant à son avenir, difficile pour elle d’envisager comment elle va pouvoir s’occuper de ses patients une fois diplômée.

À Brest (29), Amandine est du même avis et s’inquiète de la génération de soignants à venir. "En plus des stages, nos cours sont à distance : on se prépare à exercer un métier dans l’humain et on se forme derrière un ordinateur… Je trouve qu’on part avec de mauvaises bases et c’est très décourageant." L’étudiante n’est pas surprise d’entendre que plusieurs étudiants infirmiers souhaitent se réorienter. Louis, de son côté est un peu plus optimiste. "Je ne suis pas représentatif de ma promo… Même si je reste un peu mitigé sur la situation, j’estime que la crise est mieux encadrée qu’au printemps. J’espère seulement que ça ne durera pas…"

*Les prénoms ont été modifiés.

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