1. CV : des petits arrangements aux gros mensonges, ce qui passe… ou pas
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CV : des petits arrangements aux gros mensonges, ce qui passe… ou pas

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Neuf candidats sur dix trouveraient normal "d'arranger" son CV. // © Ollyy / Shutterstock
Neuf candidats sur dix trouveraient normal "d'arranger" son CV. // © Ollyy / Shutterstock

Un stage rallongé d’un ou deux mois, des responsabilités un peu surévaluées, la maîtrise d’une langue étrangère survendue… Qui n’a jamais été tenté “d’arranger” son CV ? La manœuvre risque de se compliquer. Le ministère de l’Éducation nationale lance un système numérique d’authentification nationale des diplômes dès la rentrée 2016. Alors de l’exagération au mensonge, attention aux dérapages !

Trois CV sur quatre seraient "trompeurs", c'est-à-dire comportant des erreurs volontaires, et neuf candidats sur dix trouveraient normal "d'arranger" leur cursus... Tel est ce qui ressort de l'étude 2013 de l'Institut de ressources humaines Florian Mantione (pdf), qui observe le phénomène de la triche sur CV depuis une quinzaine d'années.

"Plusieurs raisons sont invoquées par les candidats pour expliquer cette tendance à enjoliver leur CV : la course au diplôme, la concurrence exacerbée sur un marché de l'emploi tendu, le besoin de faire ressortir des compétences requises, mais aussi l'évidence selon laquelle tout le monde le fait", explique sans détour Patricia Cabot, directrice et fondatrice du cabinet de recrutement SP Search. 

Enjoliver n'est pas mentir

Si "tout le monde le fait" ou presque, reste à définir la frontière entre le mensonge et le petit arrangement avec la vérité... "Ce n'est pas grave tant qu'il s'agit d'enjoliver, par exemple en ajoutant un mois à un stage qui en a effectivement compté trois, ou bien en en rajoutant un peu sur le contenu d'une mission", concède Yannis Mercier, responsable du recrutement chez LexisNexis France. "En fait, il faut trouver la limite entre la nécessaire adaptation de son CV au profil d'un poste proposé et le fait d'inventer, donc de mentir, ce qui risque très rapidement de se retourner contre le candidat puisque la confiance est à la base de toute relation de travail", prévient Patricia Cabot.

Quelles sanctions si vous mentez ?

Si vous exercez une profession réglementée comme avocat, expert-comptable, médecin, ou encore plombier, vous pouvez être poursuivi en justice pour faux et usage de faux ou exercice illégal. Dans les autres cas, vous ne risquez pas grand-chose d'un point de vue légal. Car, selon la jurisprudence actuelle, l'employeur a le devoir de vérifier les informations présentes sur votre CV. À défaut, c'est lui qui est en tort.

Pas de poursuite donc, mais vous ne vous en sortirez pas pour autant sans dommages. "Un employeur découvrant qu'il vous a recruté sur la base d'un faux CV ne pourra certes pas vous licencier pour faute grave, précise Yannis Mercier. Seulement, gare ensuite à l'ambiance dans le bureau...". Et si vous vous faites repérer avant de signer votre contrat, le principal risque est de vous faire "griller" dans un monde professionnel qui n'est jamais très grand...

Quels risques pour les mensonges les plus courants ?

En faire un peu trop sur ses compétences professionnelles

Pour répondre aux attentes du recruteur, les candidats sont tentés de s'inventer des compétences ou des expériences : la maîtrise de tel ou tel logiciel, une responsabilité sur tel type de projet... "Un candidat qui n'a pas toute l'expérience ou l'entière compétence qu'il prétend sur son CV peut convaincre en entretien si les compétences requises ne sont pas décisives pour le poste", note Patricia Cabot. Même constat de Yannis Mercier, qui prévient : "Pour des métiers très techniques, nous faisons passer des tests permettant de juger rapidement du niveau de compétences." (À lire aussi : Rédiger son CV : présenter ses compétences.)

Jouer sur les dates

"Le plus courant c'est de jouer avec les durées des stages pour les allonger ou sur les dates pour faire disparaître les périodes chômées", explique Yannis Mercier. Là encore, tout est une question de nuance. Mettre un mois de plus à un stage de six mois ne porte pas vraiment à conséquence. Sachez tout de même que les recruteurs sont à l'affût de la moindre incohérence et qu'ils sont parfois plus compréhensifs que vous ne l'imaginez sur les accidents de parcours. À condition de savoir les expliquer lors du passage à l'entretien.

S'inventer des diplômes

S'attribuer un cursus d'une grande école, transformer d'un clic une licence en un master... la course aux diplômes pousse certains candidats à mentir sur leurs parcours. Attention danger ! N'importe quel recruteur un peu malin est capable de démasquer l'imposture. Il est facile d'aller consulter l'annuaire des anciens de telle école ou université prestigieuse ou de demander l'information au service de la scolarité de l'établissement en question.

Et dès la rentrée 2016, il sera encore plus simple de débusquer les menteurs. En effet, le ministère va lancer un nouveau portail numérique d'authentification nationale des diplômes. Il fournira "des attestations de diplômes certifiées pour l'ensemble des diplômes nationaux visés par l'État et conférant un grade universitaire". Le but : simplifier les démarches des recruteurs et lutter contre la fraude. En quelques clics, les employeurs pourront donc savoir si vous possédez (vraiment) les précieux sésames évoqués dans vos CV... (À lire aussi : Un site Web public pour lutter contre les fraudes au diplôme.)

"Au terme de chaque processus de recrutement, nous vérifions toujours les diplômes du finaliste, en demandant les originaux ou en contactant les établissements", confirme Yannis Mercier. De plus, quelques agences proposent déjà leurs services pour ce travail d'investigation, à l'exemple de Verifdiploma ou encore Control-CV. (À lire aussi : Rédiger son CV : présenter sa formation.)

Improviser dans les langues

Bilingue vous avez dit bilingue ? C'est bien connu, tous les étudiants français parlent au moins deux langues, avec un anglais évidemment "courant" et de "bonnes notions" d'espagnol, d'allemand ou d'italien ! Vous pouvez toujours l'écrire, les recruteurs ne vous croiront que sur... parole. "C'est très simple, souligne Yannis Mercier. Si la maîtrise d'une langue étrangère n'est pas absolument exigée pour le poste, il n'y a pas trop de risque à enjoliver. En revanche, si c'est impératif, le candidat sera testé en direct lors de l'entretien. Et là il vaut mieux ne pas avoir menti..." (À lire aussi : Rédiger son CV : présenter les langues et le niveau informatique.)

Dire plus ou moins son âge

Non mais t'as quel âge ? Certains sont tentés de feinter sur la réponse à cette question après tout bien personnelle. C'est courant parmi les seniors qui craignent – à juste titre – d'être discriminés. Cela arrive aussi parmi les jeunes diplômés qui, à l'inverse, se rajoutent quelques années, histoire d'être plus crédibles. "D'un œil un peu averti sur les dates de diplômes et les expériences professionnelles, nous repérons les moindres incohérences", note Patrica Cabot, qui, là encore, prône la sincérité. (À lire aussi : Rédiger son CV : présenter l'état civil et soigner l'accroche.)