Service civique universel : une difficile adéquation entre l'offre et la demande

Par Delphine Dauvergne, publié le 30 Juin 2015
4 min

Depuis le 1er juin 2015, le service civique est devenu "universel". Chaque jeune désirant y avoir accès doit pouvoir trouver une offre qui lui convienne. Sur le papier, ce pari ne manque pas d’ambition. En pratique, le service civique idéal n’est pas toujours facile à trouver…

Vous rêviez de partir en Australie sauver des bébés dauphins ? Distribuer des denrées alimentaires en Afrique ? Organiser les Eurockéennes de Belfort ? En réalité, ce type d'offres de service civique n'est pas monnaie courante. Jouer les médiateurs dans les quartiers difficiles, faire du soutien scolaire, accueillir les usagers d'une préfecture, accompagner des personnes âgées pour faire leurs courses, organiser des ateliers sur le tri des déchets... Ces missions-là sont beaucoup plus fréquentes dans la liste mise en ligne par l'Agence du service civique.

Si les jeunes ont du choix dans les postes proposés, certains services civiques sont davantage pris d'assaut que d'autres. Parfois, les candidats sont ainsi amenés à revoir leurs ambitions à la baisse.

Des offres acceptées "par défaut"

À la fin de son M1 management et marketing du sport à l'EMLV (École de management Léonard-de-Vinci), Amandine, 24 ans, voulait "changer de domaine pour travailler dans le développement durable et l'économie sociale". Pour pallier son manque d'expérience, elle cherche un service civique pendant l'été 2014.

"Parfois, les entretiens étaient positifs, mais les associations préféraient prendre quelqu'un de plus expérimenté", raconte-t-elle. Elle est recalée pour une mission au REFEDD (Réseau français pour le développement durable), mais le recruteur lui propose de la recommander à Animafac. "J'ai accepté, au début par défaut. Finalement, les 9 mois de service civique passés au sein de ce réseau d'associations m'ont apporté des compétences et un carnet d'adresses utile pour la suite", reconnaît Amandine.

Tous les jeunes n'ont pas la chance d'y trouver leur compte... "Les offres ne me plaisaient pas, le choix était limité... Je ne pensais pas être assez forte pour certaines missions, comme l'aide à la personne. Je souhaitais me sentir utile, mais dans un domaine qui me corresponde", se souvient Gaëlle, 21 ans, en M1 traduction spécialisée à l'UPEM (université Paris-Est Marne-la-Vallée).

En novembre 2014, l'étudiante envisage d'arrêter son master pour une mission de service civique qui n'empièterait pas sur la prochaine année scolaire. Elle postule à une seule offre, celle du RAVAD (Réseau d'aide aux victimes d'agression et de discrimination), une association d'aide aux victimes LGBT (lesbien, gai, bi et trans). "Ils m'ont confié que je faisais l'affaire puis sont revenus sur leur décision quelques jours avant la prise de fonction. Déçue, j'ai abandonné l'idée du service civique", soupire l'étudiante, qui se réoriente vers des études de communication.

De nombreux freins aux candidatures

Du côté des associations, la situation est aussi inégale question recrutement. "Nous sommes contraints de refuser des candidatures tous les ans, du fait de leur augmentation par rapport au nombre de places proposées", remarque Édouard Pénide, animateur du REFEDD.

À Animafac, c'est parfois l'inverse. "En Île-de-France, nous avons beaucoup de mal à recruter. Les jeunes nous disent que l'indemnité du service civique (573 €) n'est pas suffisante pour subvenir à leurs besoins s'ils ne vivent pas chez leurs parents", constate Myriam Bourgeois, coordinatrice du service civique de l'association.

La situation géographique, l'attractivité du secteur ou encore la notoriété de l'association sont autant de facteurs qui peuvent freiner les postulants. "Nous sommes dans un territoire rural. La population est vieillissante et la mobilité est difficile à cause des longues distances à parcourir", admet Frédérique Lechat, déléguée culturelle à la Fédération de la Ligue de l'enseignement de la Creuse.

Face à ces difficultés, la solidarité s'organise. "Des bénévoles raccompagnent une jeune qui n'a pas le permis. Nous avons également développé un partenariat avec les missions locales pour aider les demandeurs à créer des services civiques adaptés à leur champ d'activité mais aussi à leur localisation géographique", détaille la responsable. Une initiative qui va dans le sens d'un service civique accessible à tous.

Consultez nos offres

Recruteur : déposer une annonce

Articles les plus lus

A la Une actu et conseils emploi

Partagez cet article sur les réseaux sociaux !