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Décryptage

En première, moins de 3% des filles ont choisi la spécialité NSI

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La spécialité NSI ouvre à de nombreux domaines, notamment ceux de l'informatique. // © Adobe Stock/Charnchai saeheng
La spécialité NSI ouvre à de nombreux domaines, notamment ceux de l'informatique. // © Adobe Stock/Charnchai saeheng

Mise en place avec la réforme du bac, la spécialité NSI peine à séduire, en particulier les filles. Un manque de diversité qui reflète plus globalement le manque de femmes dans les domaines scientifiques. Le ministère de l'Éducation nationale entend promouvoir cette spécialité auprès des filles de seconde.

Bien que la spécialité numérique et sciences informatique (NSI) soit proposée dans la moitié des lycées français, seuls 31.500 élèves de première y sont inscrits. Parmi eux, 5.500 filles seulement, soit 2,6 % de celles présentes dans les effectifs de première générale.

La NSI est beaucoup moins impopulaire auprès des garçons, qui sont 15,6 % à l'avoir choisie. Un constat qui conforte l'idée que les filles ont du mal à trouver leur place dans les études scientifiques, et qui va pousser le ministère de l'Éducation nationale à lancer une communication spécifique sur ce sujet.

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Les filles moins conditionnées pour l'informatique

Le manque de diversité au sein de la spécialité serait avant tout une histoire d'éducation, qui favoriserait les garçons au détriment des filles. "Ils sont baignés dans le jeu vidéo, c'est un domaine qui leur parle plus", remarque Caroline Benoit, enseignante de NSI au lycée Marc Chagall à Reims (51). "Les filles n'ont pas forcément de freins, mais des intérêts différents."

Pour Jean-Charles Ringard, inspecteur général de l'Éducation nationale chargé de la mise en place de la réforme du bac, "c'est avant tout un conditionnement qui survient bien en amont de la première et du lycée". Une observation que partage Bahia, élève de NSI dans un lycée à Paris (75) : "Depuis l'enseignement technologique au collège, j'ai pu voir que certains professeurs allaient plus facilement vers les garçons que vers les filles".

Cette éducation différenciée s'accompagne d'une communication difficile avec les élèves. "Quand on lisait les programmes de la spécialité l'année dernière, c'était compliqué, avec beaucoup de termes techniques peu compréhensibles", se souvient Bahia.

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Une spécialité peu connue et sous-cotée

"La spécialité NSI est une matière totalement nouvelle pour les élèves", note Caroline Benoit. Mais pour les enseignants également : initialement professeure de SVT, elle a dû suivre une formation à la NSI pour la rentrée 2019. La majorité des professeurs de NSI exerçaient auparavant dans une autre discipline scientifique, souvent les mathématiques.

Malgré tout, la spécialité n'est pas toujours considérée comme une science. "La triplette maths/physique-chimie/NSI est qualifiée de 'sous S' par mes camarades", déplore Bahia. La SVT, par exemple, est jugée plus prestigieuse. La NSI a pourtant été créée pour préparer aux métiers d’avenir, qui tourneront fortement autour de l'informatique.

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Encore peu de débouchés après le bac

La nouvelle génération devrait être mieux informée. "Cette année, l'apparition de la SNT (sciences numériques et technologie) en seconde permet de poser les bases", se réjouit Caroline Benoit. En parallèle, le ministère prévoit une meilleure promotion de la NSI. "La communication va s'axer sur les femmes, avec notamment un zoom sur leurs carrières dans l'informatique", indique Jean-Charles Ringard. Cette campagne sera portée par les chefs d'établissements et passera par une documentation plus attractive.

Concernant les débouchés, la spécialité NSI ouvre à de nombreux domaines, mais il faudra attendre 2021 pour voir apparaître la création de classes préparatoires MPI (Maths-Physique-Informatique), et ainsi voir l'attractivité de la spécialité augmenter. En attendant, "les formations ne nous informent pas de l'importance qu'elles accordent à la spécialité", regrette Bahia.

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