1. Rose, lycéenne en section danse : "En série TMD, c'est lycée le matin et conservatoire l'après-midi"
Portrait

Rose, lycéenne en section danse : "En série TMD, c'est lycée le matin et conservatoire l'après-midi"

Envoyer cet article à un ami
Rose, 15 ans, seconde TMD (techniques de la danse et la musique) au lycée Saint-Exupéry à Lyon. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Rose, 15 ans, seconde TMD (techniques de la danse et la musique) au lycée Saint-Exupéry à Lyon. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Rose pratique la danse depuis son plus jeune âge. En grandissant, cette activité a pris une part de plus en plus importante dans sa vie. Aujourd’hui, elle est heureuse, car elle a réussi à intégrer la section TMD (techniques de la musique et de la danse) de son lycée, lui permettant ainsi de concilier passion et études.

"Je danse tous les jours ! C’est vital pour moi. C’est comme respirer, manger, marcher, vivre. Quand je danse, je dialogue avec les émotions qui sont au fond de moi. C’est ma manière de m’exprimer. J’étais une personne assez renfermée, je le suis de moins en moins parce que cette pratique m’épanouit et me libère. Je danse tout le temps, chez moi, seule ou avec ma famille autour. Il n’est pas nécessaire de mettre de la musique. Je peux danser en silence. Au lycée, je danse tous les jours au sein du conservatoire auquel est rattachée ma section. Mais il n’y a pas que le mouvement. Danser, c’est également s’ouvrir aux autres, à la littérature, à l’histoire, à l’art, à toutes les autres formes d’expression et de création."

"La danse et moi, c’est une longue histoire… d’amour !"

"J’ai commencé à l’âge de 4 ans. C’est ma mère qui m’a inscrite à un cours d’éveil dans une académie. Elle a toujours aimé la danse classique. Elle m’a transmis sa passion. C’est souvent comme ça, les mères inscrivent les petites filles à la danse classique. Mes premiers souvenirs remontent à 6 ans. C’était incroyable, un rêve. Nous nous préparions pour un spectacle. J’étais avec mes copines dans les loges, nous nous maquillions, avec nos tutus blancs et des nœuds dans les cheveux. Cela m’avait rendue tellement heureuse ! J’ai ressenti cette ambiance féérique, la solidarité entre les danseuses, et l’entrée en scène.

Lire aussi : Le métier de danseur

Je ne sais plus ce que j’ai dansé mais je garde un souvenir ému et fort de ce moment. Depuis, je n’ai jamais arrêté. En primaire, je prenais des cours dans des académies. J’avais des compliments. On m’encourageait à poursuivre. Mes parents me soutenaient. Et c’est ma professeure qui m’a conseillé de tenter le conservatoire. J’y suis entrée en sixième, j’avais 11 ans."

"En cinquième, j’ai intégré une classe à horaires aménagés"

"Je suivais les cours au collège normalement, comme les autres élèves, j’allais au conservatoire en dehors du temps scolaire, le mercredi et le samedi. Mais je voulais danser davantage, et surtout avoir des horaires souples pour pouvoir concilier les deux et passer les diplômes du conservatoire. J’ai donc intégré une classe à horaires aménagés en cinquième. Cela veut dire que j’ai démarré un cursus parallèle au Conservatoire de Lyon. Il y a des cycles que nous intégrons après des examens et des auditions. J’ai toujours été une élève sérieuse et organisée. Je m’en sortais bien, côté scolaire, avec 14–15 de moyenne.

Autonomie, organisation, maturité et motivation sont indispensables cette filière exigeante. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Autonomie, organisation, maturité et motivation sont indispensables cette filière exigeante. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

En fin de collège, mes professeurs de danse m’ont parlé du bac TMD [techniques de la danse et de la musique]. Pour y entrer, il faut fournir un dossier assez conséquent, avec les bulletins scolaires, des résultats d’examens médicaux, la liste de toutes les écoles, académies de danse depuis la plus ancienne ! Le dossier est une chose, l’audition en est une autre ! Et là, je peux vous dire que c’est très stressant. Heureusement, les examinateurs sont hyper gentils et ils nous mettent à l’aise.

Il y a plusieurs étapes dans l’audition d’entrée dans la filière. D’abord la mise en situation. C’est un cours de une heure trois quarts de danse classique avec les autres élèves, à la barre et au milieu. On nous juge sur l’aspect technique, avec des exercices de base pour tester notre souplesse des pieds à la main, des étirements. Bien sûr, ce sont des exercices simples mais les mouvements doivent être précis et justes. En plus de l’aspect technique, les examinateurs regardent l’aspect artistique, ce qu’on dégage quand on danse. Même à la barre, il faut de l’émotion. Ensuite, on présente devant le jury des variations données par le ministère de la Culture et on passe un entretien. On m’a demandé de parler de ce que m’apportait la danse, de ma motivation et de mes chorégraphes préférés. J’étais stressée !"

"Mes semaines sont chargées !"

"En TMD, nous avons presque les mêmes cours que les élèves en filière générale. Les seules disciplines supprimées sont les SVT [sciences de la vie et de la Terre] et la deuxième langue vivante. Sinon, nous avons en plus histoire de la danse, analyse chorégraphique, technique musicale et chorale. Nous allons au lycée le matin et au conservatoire l’après-midi. Là, on valide les cycles par des UV [unités de valeur] comme à l’université. Je prends également des cours complémentaires pour obtenir plus vite certaines validations. C’est ce que je fais cette année parce que je veux passer le cours d’anatomie. Il a lieu le lundi soir, ce qui me fait terminer tard ce jour-là. Je pratique tous les jours, plusieurs heures, en cours collectifs, mais aussi chez moi, seule. Je peux passer des jours sur un seul mouvement. Je répète, je répète jusqu’à ce que je le trouve réussi."

"Il faut apprendre à s’organiser"

"Si j’ai le temps de faire mes devoirs ? Oui, bien sûr ! Il suffit de prendre de l’avance, de bien écouter en classe, d’anticiper les moments où on sera pris par des répétitions ou des spectacles. J’ai la chance d’apprendre assez vite et j’ai une bonne mémoire. Mais les professeurs ne nous surchargent pas trop. Ils nous connaissent et ils savent quand nous avons des semaines intenses. Je veux bien réussir dans mon domaine. Je suis exigeante. Et depuis le temps que je mène mes activités de front, j’ai appris à travailler.

Rose apprécie les liens forts, fraternels, et les bons moments partagés avec ses camarades, danseurs et musiciens.  // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant
Rose apprécie les liens forts, fraternels, et les bons moments partagés avec ses camarades, danseurs et musiciens. // © Olivier GUERRIN pour L'Étudiant

Danser développe la mémoire, cela aide pour les leçons. À force de répéter les chorégraphies et d’apprendre des mouvements, on exerce sa mémoire. C’est sûr, le risque existe toujours de sombrer un peu. On a tendance à privilégier la danse par rapport au reste parce que c’est une passion. Il faut trouver un juste milieu. Je me dis que tout est intéressant et que rien n’est à négliger. Le cours d’histoire de l’art par exemple est essentiel : il nous aidera dans la vie plus tard ! Je reconnais que quand je suis fatiguée d’avoir trop dansé, je suis moins attentive en classe. C’est là qu’on mesure le besoin de vacances !"

"J’aime notre esprit de famille"

"Cette scolarité fait mûrir. Je ne sais pas si c’est le cas pour toutes les filières. En TMD, nous apprenons à être autonomes, à nous débrouiller par nous-mêmes tout en étant solidaires les uns des autres. Nous ne sommes jamais en compétition. On aura bien le temps plus tard. On travaille pour soi et, s’il faut aider, on le fait avec plaisir. J’aime notre esprit de famille dans la section. On s’encourage, on grandit ensemble, on s’entend vraiment bien. Les professeurs nous considèrent et nous respectent, en tant que futurs professionnels et artistes. Ils sont là pour nous aider.

Lire aussi : Hugo, 24 ans, danseur étoile à l'Opéra de Paris : "J'ai atteint le titre suprême !"

Pour ma part, je suis en danse classique et je voulais passer en danse contemporaine. Cela m’a été refusé. J’ai pleuré au début. Puis j’ai compris et accepté la décision. Ma professeure de danse m’a raconté qu’elle était comme moi. Elle m’a expliqué qu’il fallait que je termine mon cursus en classique, quitte à passer en danse contemporaine plus tard, en ayant acquis de bonnes bases. Cette année, j’ai énormément grandi, ma vision de la vie a changé. J’ai pris du recul."

"Je prépare le métier de mes rêves"

"En même temps que le bac, je passerai le diplôme d’études chorégraphiques avec une variation proposée par le ministère de la Culture et une composition personnelle. J’ai déjà commencé à réfléchir. J’ai des idées et des projets. Mon rêve est d’intégrer la compagnie de danse contemporaine Batsheva. Elle se trouve en Israël. Je suis prise en stage chez eux aux prochaines vacances. C’est génial.

Ensuite, soit je postule au conservatoire supérieur, soit dans une autre école. Je vais tenter des auditions, des concours. Je suis optimiste. Je réfléchis à mon avenir et tout est possible. Je n’ai pas pris la décision de devenir danseuse professionnelle à la légère. Il y a énormément de débouchés. Les danseurs ont du travail. Il y a tant de choses à créer ! Je ne suis pas naïve. Les métiers liés à l’art sont durs mais je vais y arriver. La passion pour mon métier me pousse !"

La section TMD au lycée

Elle débute en seconde et les cours ont lieu dans les lycées généraux. Ce bac s’adresse aux élèves danseurs ou musiciens qui s’inscrivent en parallèle dans le conservatoire associé au lycée. Les horaires sont aménagés. La scolarité est gratuite.

Inscriptions et recrutement : en mars-avril ont lieu les auditions avec des épreuves imposées en danse ou en musique. Ce jour-là, les élèves ont un entretien avec le jury – composé d’enseignants et de la direction du lycée, et du conservatoire. La maturité et la motivation sont jaugées. En mai, une commission analyse les dossiers des jeunes avec leur profil. "Le dossier scolaire est important parce que les élèves doivent être autonomes, volontaires et sans problèmes de comportement, indique Mathilde Auger, professeure d’histoire de la danse au lycée Saint-Exupéry. C’est une scolarité qui demande une attitude sérieuse et impliquée."

Le recrutement est national. Les classes ne dépassent pas 25 élèves. Côté orientation, le parcours mène à des études artistiques supérieures.

Cité scolaire Antoine-de-Saint-Exupéry : 82, rue Jacques-Louis-Hénon, 69316 Lyon cedex 4. Tél. : 04.72.10.91.91. E-mail : ce.0690031j@ac-lyon.fr.