L’ombre de la série scientifique plane encore sur le nouveau bac

Par Thibaut Cojean, publié le 17 Novembre 2020
5 min

INFOGRAPHIES. Malgré la liberté de choix de leurs spécialités, les élèves de terminale générale ont largement reproduit les anciennes filières, notamment la série S. Leurs choix trahissent encore des orientations dictées par leur genre ou leur classe sociale.

Les sciences restent les matières reines du lycée. Les élèves qui ont fait leur rentrée en terminale générale en septembre 2020 ont majoritairement choisi des combinaisons de spécialités scientifiques, selon les données officielles rendues publiques par le ministère de l’Éducation nationale. Au-delà de la prévalence des sciences, ils ont souvent reproduit les anciennes séries du bac général, et ont parfois fait des choix très tranchés selon leur genre ou leurs origines sociales.

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Les maths, toujours la spécialité la plus suivie

La spécialité la plus suivie en terminale est, de loin, les mathématiques : 154.444 élèves de terminale l'ont choisie, soit plus de 4 sur 10 ! Pas étonnant, lorsqu’on sait que la majorité des formations sélectives scientifiques et économiques demanderont aux candidats d’avoir fait des maths en terminale, si possible en spécialité.

Derrière, un tiers des élèves suit les cours de physique-chimie (126.671) ou de SES (123.583). Les SVT, dernière spécialité scientifique disponible dans la quasi-totalité des lycées, rassemblent 101.022 élèves, soit près de 27% d’entre eux.

Moins répandues, les deux dernières spécialités scientifiques concernent de fait un public plus faible : 3,7% des élèves suivent numérique et sciences informatiques (NSI), et 2% sciences de l’ingénieur (SI).

Dans les autres spécialités, l’histoire-géo, géopolitique et sciences politiques (HGGSP) est suivie par plus d’un élève sur quatre (99.615), quand un peu moins d’un sur cinq (68.329) suit une langue étrangère ou régionale (LLCER). La spécialité humanités, littérature et philosophie (HLP) compte 35.077 inscrits (9,3%). Le latin et le grec ont très peu de succès : littérature, langues et cultures de l'Antiquité (LLCA) est suivie par moins de 0,2% des élèves de terminale générale.

Enfin, si près de 20.000 élèves suivent une spécialité artistique, ils sont très inégalement répartis, de 10.000 en arts plastiques à 85 en arts du cirque.

Les choix de spécialités en terminale générale, novembre 2020

85% des élèves ont reproduit les séries S, ES et L

Logiquement, les combinaisons les plus suivies sont donc scientifiques : près de 45% des élèves ont reproduit l’ancienne série S avec une combinaison 100% scientifique. La série ES a inspiré 27% des élèves (HGGSP + SES ; maths + SES ; LLCER + SES), et les doublettes à dominante littéraire en ont convaincu environ 13%, dont la moitié associe LLCER ou HLP à HGGSP.

Pour sa première édition, le nouveau bac n’a donc pas vraiment réussi à diversifier les profils des lycéens, comme la réforme en avait l'ambition. La hiérarchie du bac général 2020 est conservée : 52% de candidats en S, 34% en ES et 15% en L. On note tout de même que plusieurs milliers d’élèves sont "sortis" du schéma précédant en faisant des choix inédits dans l'ancien système, comme les 11.000 qui ont choisi la doublette SVT et SES, ou les 5.000 qui suivent SVT et HGGSP.

Cette tendance pourrait s’amplifier dès l’année prochaine, les élèves actuellement en première générale ayant d’ores et déjà choisi un peu moins souvent les spécialités scientifiques que leurs aînés.

Les combinaisons de spécialités choisies par les élèves de terminale générale, novembre 2020

Des combinaisons déjà très genrées

La liberté de choix n’a par ailleurs pas permis, cette année, de lutter contre les inégalités. Ainsi, les élèves de milieux très favorisés sont surreprésentés dans les doublettes les plus choisies et celles offrant les meilleurs débouchés.

Par ailleurs, les filles ont beaucoup plus souvent renoncé aux maths ou aux sciences de l’ingénieur que les garçons. À l’inverse, elles sont beaucoup plus nombreuses à avoir conservé SVT ou LLCER.

Ainsi, certaines combinaisons présentent déjà des profils très genrés. Alors que 56% des élèves de terminale générale sont des filles, elles ne représentent qu’un élève sur dix en maths et NSI, et un sur trois en maths et physique-chimie. Le rapport s’inverse dans les matières littéraires et dans des combinaisons comprenant les SVT.

Les choix de combinaisons de spécialité en terminale selon les sexes, novembre 2020

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