Comment je suis devenue professeur de communication digitale

Par Nathalie Helal, publié le 12 Mars 2020
8 min

À 32 ans, après un parcours bien rempli dans la communication et le marketing, Marie est devenue enseignante auprès d’étudiants de grandes écoles. Un métier riche et prenant, à l’écoute des millennials.

8 h 50, dans les locaux de la Digital School of Paris dans 11ème arrondissement de la capitale. Marie installe son ordinateur et le rétroprojecteur avant d’accueillir ses élèves. Après l’appel, elle consacre quelques minutes aux présentations, détaille son parcours et les projets professionnels des étudiants, une façon d’adapter au mieux son contenu.
De 9 h 30 à 12 h30, elle fait cours, enseigne les notions, privilégie échanges et débats. Après la pause déjeuner, elle abandonne les quiz, vidéos et GIF qui structurent ses cours pour passer aux cas pratiques : des projets à présenter à l’issue de leur formation pour son public de millennials, réunis en petits groupes.

Proposer des formats pédagogiques "agiles"

Entre-temps, Marie aura glissé des formats ludiques dans ses méthodes d’apprentissage et de travail, comme la "méthode agile, beaucoup utilisée en digital". "Autant la théorie a du mal à être assimilée, autant en s’exerçant avec des jeux type 'serious game', les résultats sont là, ils apprennent !", constate-t-elle, satisfaite. Au total, elle aura passé une bonne demi-journée chez elle, pour la préparation en amont, entre lecture d’articles et de livres sur le sujet, construction du plan, et écriture et découpage du cours.

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Fascinée par l’univers de la pub

Ce tempérament "très impliqué" est déjà sa caractéristique, au collège. Scolarisée dans le privé, à l’établissement Sainte-Marie, à Bourges (18), elle est "une grande anxieuse, qui veut toujours bien faire". Si elle a des difficultés en maths et en anglais, elle excelle en histoire-géo, français et espagnol, matière qui lui fera suivre une classe "renforcée" jusqu’au lycée. En seconde, les publicités qui passent à la télévision, "ces petits courts-métrages de 30 secondes, avec un esthétisme des images incroyables", la font rêver. Ce sera la pub, ou rien !

"À l’époque, on ne parlait pas de communication ou de marketing ! J’ai décidé très tôt que j’irai en bac STT (Sciences et technologies tertiaires) [ancien nom du bac STMG, ndlr], pour me rapprocher de ce secteur. Il me fallait des matières concrètes, pour être tout de suite dans le dur".

Durant son année de terminale, Marie a collecté des infos sur le parcours à suivre pour atteindre son but. Problème : le coût des 5 années d’études pour décrocher un master dans une grande école la freine. Sa famille ne peut pas la suivre, et les banques non plus, faute de garants.

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Un DUT à l'université avant une école privée

Seule voie possible : un DUT Techniques de commercialisation, à Tours (37). Marie s’est démenée toute seule et, grâce au logement étudiant très bon marché qui lui est accordé par le CROUS, à l’obtention d’une bourse et à son job en restauration rapide, elle parvient à financer ses études. Avec "l’impression d’être au cœur du réacteur", c’est-à-dire dans la réalité de la vie d’une entreprise, elle met les bouchées doubles pour assimiler ses cours de marketing, de communication, de gestion financière, de comptabilité et participer aux projets d’équipes autour de cas pratiques.

Diplômée, elle sait que la voie d’une école spécialisée lui est désormais indispensable pour aller plus loin. "Mes profs de communication m’ont conseillé Sup de pub, l’école fondée par Jacques Séguéla, particulièrement réputée. J’ai vendu ma voiture, bossé tout l’été, et obtenu une sorte de 'prêt d’honneur' de l’école pour l’intégrer, directement en 3ème année", explique la jeune femme.

Un profil très recherché par les agences

D’emblée, les cours la passionnent : comprendre un consommateur, monter une stratégie de marque, avoir l’œil créatif, logiciel de PAO à l'appui (publication assistée par ordinateur, ndlr), gagner des compétitions après avoir défendu sa proposition à l'oral. Sa tutrice de mémoire de fin d’études est Anne Magnien (la fondatrice de l'émission culte Culture pub, ndlr). "Mes rendez-vous de suivi avec elle étaient géants : Montmartre, un verre de vin blanc, et des heures passées où elle m’indiquait des tonnes de bouquins de référence !", se souvient Marie.

Récompensée d’un 18/20 à son mémoire, elle obtient la même note pour le travail sur son cahier de tendances, "du jamais-vu dans la notation habituelle d’Anne", la jeune femme, sitôt diplômée, a été recrutée en CDI comme chef de projet : ses 6 mois de stage ont été si concluants que l’agence de communication a choisi de la garder à un poste-clé.

Deux ans plus tard, elle décide d’aller prendre l’air ailleurs : "Sup de Pub a la bonne habitude d’adresser des offres d’emploi à ses anciens élèves. J’ai sauté sur une offre de DDB, agence à la renommée internationale, où je deviens rapidement chef de groupe, c’est-à-dire que je manage des chefs de projet".

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De jury aux entretiens au statut de prof

La même année, son ancienne école la sollicite pour faire passer les oraux des entretiens de motivation des candidats à l’intégration. Une expérience qu’elle adore. Mais la "révélation" qui lui fait prendre conscience de sa passion d’enseigner et de son envie de transmettre arrive un an plus tard. "De retour comme directrice de clientèle au sein de ma première agence, qui entamait un repositionnement stratégique, je me suis mise à former des collaborateurs auxquels j’ai délégué le volet opérationnel de l’activité. Je comprends alors que ma passion, c’est donner les consignes, toutes les clés et tous les outils pour avancer", résume-t-elle.

L’agence évoluant vers du consulting, Marie en profite pour négocier une rupture conventionnelle. Digital School of Paris, une école de communication/marketing parisienne l’a repérée sur LinkedIn. Très vite, elle enseigne l'art de la gestion de crise, du storytelling, et des social media à des alternants qu’elle prend en main sur des "modules de formation intensive, 7 heures par jour".

Le bouche-à-oreille fonctionne : Cesacom, une autre école privée, vient la chercher pour l’excellence de sa transmission. Très occupée mais prévoyante, elle fait aussi du consulting pour des stratégies de marques, en tant qu'auto-entrepreneuse. Epanouie dans ce nouveau rôle depuis bientôt 3 ans, Marie se réjouit d’être vue "comme une coach" davantage que comme une prof.
"Ma plus grande satisfaction c'est de voir mes élèves grandir. Je noue des vrais liens avec eux. Ils ont tous mon mail, me demandent des conseils pour leurs stages, leurs mémoires… Je les aide à devenir des professionnels, en clair". L’incarnation du cercle vertueux de la pédagogie, en quelque sorte.

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