Sage-femme : le métier du rêve à la réalité

Par Nathalie Helal, publié le 23 Novembre 2018
9 min

Émilie, 25 ans, infirmière, rêve d’exercer le métier de sage-femme et va reprendre des études pour y parvenir. Clarisse, sage-femme à Paris, nous raconte, quant à elle, les réalités de son métier.

L'Etudiant a rencontré Émilie, 25 ans, une jeune infirmière en salle de naissance qui souhaite se réorienter pour devenir sage-femme. La jeune femme nous raconte ce qui l'attire dans ce métier et comment elle l'imagine. En parallèle, Clarisse, sage-femme, évoque son quotidien et ses spécificités.

L'étudiante

Pour Émilie, 25 ans, infirmière en salle de naissance, en reconversion, à Paris : "Je suis infirmière depuis quatre ans. J’ai obtenu un bac L à 18 ans, mais je ne savais pas du tout où j’allais me diriger. Finalement, comme j’aimais beaucoup les enfants, j’ai pensé que je pouvais devenir auxiliaire puéricultrice. J’ai entrepris la formation, trois années d’école d’infirmière, plus une année de ­formation en puériculture. Et puis, le hasard m’a amenée à changer mes projets…

Un jour, à la fin de mes études, j’ai fait un stage en salle de naissance. Cela a été le déclic. En fait, on est la "petite main" de la sage-femme. On va perfuser, sonder des patientes, donner des antibiotiques… J’ai eu la chance de tomber sur une sage-femme géniale, qui m’a proposé de poser mes mains sur les siennes pendant l’accouchement. Elle a demandé à la patiente de pousser, et j’ai senti la tête du bébé, il était en train de naître dans mes mains ! C’était un moment d’émotion intense, autant pour les parents que pour moi.

Après ce stage, je n’ai pas voulu repartir immédiatement dans de nouvelles études pour changer de voie : je venais de passer trois ans et demi à étudier, entre l’école et la pratique, puisqu’on alterne les deux. C’est seulement depuis avril 2017 qu’une passerelle a été ouverte entre le diplôme d’infirmière et celui de sage-femme, puisqu’en deuxième ou troisième année déjà, les étudiants infirmiers peuvent déposer un dossier et accéder aux études de sage-femme.

Les places sont chères : cinq places pour toute l’Île-de-France, l’an dernier ! Cette possibilité n’existait pas quand j’ai pris conscience de ma vocation. Donc, j’ai fait ce qui me semblait le plus logique : me rapprocher au maximum de cette profession en devenant infirmière dans une maternité."

"J’ai intégré l’hôpital public pour essayer d’obtenir une formation qui me soit financée. Mais je dois d’abord exercer comme titulaire pendant un an au minimum, avant de pouvoir en faire la demande. C’est un long parcours, car il me faudra encore deux ans d’études au moins pour devenir sage-femme.

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Heureusement, je suis patiente et endurante, deux qualités qui font partie du métier. Il faut avoir un caractère bien trempé pour être sage-femme. Je les admire tellement ! Elles font preuve d’une bienveillance incroyable, elles aident les femmes à traverser toutes les épreuves.

Bien sûr, il m’arrive de douter, d’abord parce que je sais que je n’atteindrai pas mon but avant trois ou quatre ans, ensuite parce que les nuits sont courtes, le salaire bas, l’estime des médecins, faible, inversement proportionnelle aux responsabilités, et que les patientes ne sont pas toujours faciles. Mais je sens ma vocation si forte que rien, à ce stade, ne me ferait changer d’avis !"

Le professionnel

Pour Clarisse, 41 ans, sage-femme à Paris : "Mon parcours initial ne me destinait pas du tout à devenir sage-femme. J’ai fait maths sup/maths spé, plus une année de médecine. J’étais plutôt intéressée par l’ingénierie en génétique appliquée à l’humain… Après mon bac, obtenu à Marseille, j’ai fait une classe prépa, et aussitôt après… une crise d’ado à retardement !

Mes parents bougeaient tout le temps, à cause du métier de mon père, médecin militaire de carrière. Quand ils m’ont emmenée avec eux à Paris et que je me suis retrouvée en PCEM 1 [l’actuelle PACES], j’ai arrêté de travailler. Résultat, j’ai raté mes partiels ! Il était trop tard pour rattraper le coup, à cause du numerus clausus. Je me suis donc mise à passer des tas de concours en parallèle, kiné, sage-femme et infirmière. J’ai réussi les trois.

Pour me guider dans mon choix, mon père a eu l’idée de me faire rencontrer une sage-femme qui travaillait dans une maternité militaire. Le hasard, ou le destin, a fait qu’il s’agissait de celle qui m’avait mise au monde ! Nous nous en sommes aperçues par des recoupements de lieux et de dates, elle et moi. J’ai eu une révélation !

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J’ai intégré l’école de sages-femmes de Poissy, où il y avait une sorte de prérentrée pendant trois jours, pour découvrir le métier. Et j’y suis restée quatre ans et demi ! Je travaille depuis 2001.

Aujourd’hui, j’alterne entre la clinique Sainte-Félicité à Paris, et une activité libérale à domicile, et je donne des cours à la maternité de Port-Royal. J’ai complété ma formation avec un diplôme universitaire en lactation maternelle, que j’ai obtenu à Lille, en deux ans."

"Ce métier est à la fois extraordinaire et très difficile. Surtout quand on sort de l’école et qu’on se retrouve confronté à de grosses responsabilités. Par exemple, quand on doit accompagner les accouchements d’enfants décédés, ou qu’une patiente décède peu après l’accouchement. J’ai le souvenir d’avoir fait des prélèvements sur un fœtus qui était décédé et qui avait exactement l’âge du bébé que je portais…

Quand on est sage-femme, on transfuse, on réanime, on côtoie la vie et la mort en permanence. On n’est jamais complètement off. Et il n’existe pas de métier où l’on approche autant les gens, où l’on distingue le pire et le meilleur de l’être humain…

Cela nécessite beaucoup d’investissement de soi, mais il faut savoir se 'blinder' émotionnellement. Difficile de garder la foi ! D’autant qu’il y a beaucoup de chômage dans cette profession, même si les gens l’ignorent.

C’est la raison pour laquelle je déconseille de s’installer en libéral tout de suite après les études. Les salaires sont bas, voire très bas, et le stress, élevé, ce qui explique sans doute que beaucoup de sages-femmes abandonnent et se reconvertissent.

Mais quand on la chance de vivre l’accouchement parfait, comme le tout-premier auquel j’ai assisté, je crois qu’on a la vocation pour la vie !"

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