1. Êtes-vous fait pour entrer en DUT ?
Décryptage

Êtes-vous fait pour entrer en DUT ?

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Le DUT ? Un diplôme parfait pour les étudiants motivés par des études "concrètes" et rapidement professionnalisantes. // © IUT Lyon 2
Le DUT ? Un diplôme parfait pour les étudiants motivés par des études "concrètes" et rapidement professionnalisantes. // © IUT Lyon 2

Ces dernières années, l'image du DUT a favorablement évolué jusqu'à gagner ses lettres de noblesse. Qui sont les étudiants qui choisissent cette voie en deux ans après le bac ? Pour y faire quoi et pour quels débouchés professionnels ? Explications.

Entre le 22 janvier et le 13 mars 2018, Parcoursup a enregistré 26 % de candidatures en plus dans les DUT (diplômes universitaires de technologie), par rapport à l'année précédente. Il s'agit d'un véritable plébiscite pour la filière sélective, même si les chiffres sont encore à manier avec prudence du fait notamment de l'instauration du nouveau portail d'inscription.

Si l'ensemble des 24 filières remplissent les classes, "l'attractivité est très grande sur les filières tertiaire. Dans le secteur industriel, il y a plus de places donc le taux de pression est moins grand", déclare Rodolphe Dalle, directeur de l'IUT de Nantes et président de l'ADIUT (Assemblée des directeurs d'IUT).

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À l'IUT de Vitry, comme dans de nombreux IUT, le nombre de candidatures a explosé. "Ce chiffre a plus que doublé depuis 2011 puisqu'on est passé de 7.000 à 16.000 candidatures", indique son directeur, Laurent Gadessaud. Pour répondre à cet enjeu, le Premier ministre a annoncé la création de places supplémentaires à la rentrée 2019 dans les IUT.

Des profils qui restent généraux

Quel est le profil des étudiants d'IUT ? "Le chiffre est différent selon les filières, mais globalement nos étudiants viennent pour deux tiers d'un bac général et pour un tiers d'un bac technologique, précise Laurent Gadessaud. Le niveau académique des candidats s'est sans doute un peu élevé, il y en a plus aussi, mais le niveau d'exigence est toujours le même", dit le directeur. Et d'assurer que "c'est bien l'ensemble du projet qui est regardé, dont les notes ne sont qu'un élément".

Les bacheliers S sont les plus présents dans les spécialités appartenant au secteur de la production, alors que les titulaires d’un bac ES ou STMG sont présents en nombre dans des spécialités appartenant au secteur des services.

Pour Jean-Baptiste, étudiant en deuxième année de DUT GEII (génie électrique et informatique industrielle) à Cachan, le bac S lui a ouvert des portes. Après quelques mois au sein du réseau Polytech à Annecy, Jean-Baptiste arrête le cursus en cours d'année et intègre son DUT, son deuxième vœu d'études supérieures.

"Ils avaient déjà mon dossier, je n'ai même pas eu à passer d'entretien. J'ai même été accepté en dehors des délais de la rentrée décalée." Comme lui, dans sa classe, 100 % des élèves sont issus de série scientifique, et tous viennent de prépa.

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De son côté, après un bac ES à Nantes, Juliette, 19 ans, intègre une licence LEA (langues étrangères appliquées) sans projet précis. Après une année, elle arrête son cursus "pas assez professionnalisant". Avant d'intégrer la fac, Juliette s'était déjà tournée vers un DUT réseaux et télécommunications, mais sans bac S, elle n'avait pas été acceptée. Depuis, elle a intégré un DUT gestion logistique et transport à l'IUT de Saint-Nazaire, une filière pour laquelle elle n'a pas eu d'entretien à passer. Sa classe se compose "d'un tiers de bac STMG, un tiers de S et un tiers de ES".

Une insertion toujours bonne

"Quoi qu'il advienne, le DUT reste un diplôme d'insertion", martèle Rodolphe Dalle. D'après les chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche publiés en décembre 2017, 82 % des diplômés 2014 étaient en poste 18 mois après leur sortie de l’IUT, soit un point de plus que l'année précédente. Trente mois après, ils étaient 90 %, un chiffre stable par rapport à 2016.

Si les taux d'insertion sont très bons, les étudiants sont aussi de plus en plus nombreux à poursuivre leurs études, en licence professionnelle, mais aussi par la voie des admissions parallèles aux grandes écoles, de commerce et d’ingénieurs avec l'objectif de décrocher un bac+5. 88 % des diplômés 2014 des IUT ont fait le choix de poursuivre leurs études après avoir obtenu leur diplôme contre 83 % en 2013 (toujours d'après les sources du ministère).

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Pour Juliette et Jean-Baptiste, la possibilité d'une poursuite d'études a été un facteur clé de leur choix d'un DUT. Pour Juliette, si celui-ci tient à la réputation du diplôme de DUT, "meilleure que celle du BTS sur le marché du travail", elle avait aussi l'envie de ne pas se fermer de portes pour la suite. Si l'étudiante n'a pas encore d'idée claire de projet professionnel, elle n'a pas prévu une insertion immédiate après son diplôme. "Une école, je n'y pense pas vraiment, mais une licence professionnelle, oui, pourquoi pas", avoue-t-elle.

Pour Jean-Baptiste, pas question de s'arrêter à un bac+2 : "Je veux a minima un bac+5 !", dit-il. L'étudiant, qui estime "avoir un bagage assez conséquent pour poursuivre", prévoit de retourner vers le monde des écoles d'ingénieurs "avec cette fois un peu plus de maturité". Et il n'est pas le seul : "Dans ma classe, les trois quarts des élèves veulent passer les concours d'ingénieurs !"

Le DUT : une nouvelle prépa ?

Mais alors, le DUT est-il devenu "la nouvelle prépa" pour des étudiants préférant construire leur parcours étape après étape ? "Si les écoles d'ingénieurs apprécient les compétences de nos diplômés, je ne peux que m'en féliciter, dit Rodolphe Dalle. Mais, on ne peut pas parler de classe prépa. Pour des raisons très simples : si c'était le cas, nous ne serions plus suivis par les chefs d’entreprise, nous ne ferions plus de matières technologiques."

Toujours est-il que les écoles d'ingénieurs apprécient de plus en plus ces profils des admis sur titre, plus habitués à travailler sur du concret. Au-delà des procédures communes ou spécifiques à chaque établissement, des dizaines d'écoles se sont regroupées au sein de concours communs pour offrir toujours plus de places à ces étudiants qui ne sont pas passés par la case classe prépa.

Bientôt un DUT en trois ans ?

Une réforme du DUT qui passerait de deux à trois ans, lui conférant ainsi le grade de licence, est en cours de réflexion et de discussion avec le ministère et pourrait voir le jour dans les années à venir. Son but ? "Proposer une insertion professionnelle à bac+3 qui soit adaptée aux besoins des employeurs, avec un plus fort niveau d'internationalisation, des compétences de savoir être et une introduction du numérique à tous les niveaux, assure Rodolphe Dalle. Cette réforme doit également répondre à l'aspiration que nous avons d'insérer mieux les bacheliers technologiques."
En 2016, 30 % des étudiants inscrits en IUT étaient des bacheliers technologiques et le Plan étudiants présenté à l’automne 2017 plaide pour un accueil renforcé de ces profils dans les instituts.