ECN 2022 : "On a vraiment joué notre vie sur ces trois jours"

Par Séverine Mermilliod, publié le 24 Juin 2022
7 min

Les résultats des ECN sont là ! Une semaine après avoir passé l’examen, comme 9.700 autres étudiants en médecine, Hugo, Solène et Tristan connaissent désormais leur classement, parfois déterminant pour la spécialité d’internat qu’ils choisiront à la fin de l’été. Ils reviennent sur cette épreuve qui les aura marqués à vie.

"C’était une année vraiment horrible, horrible, horrible", souffle Hugo, 22 ans, qui vient de finir sa 6e année de médecine à Paris Descartes et se prépare pour l’internat l’an prochain. Comme lui, plus de 9.700 étudiants ont passé il y a une semaine les ECN (épreuves classantes nationales), dont le classement tombé mercredi soir va peut-être déterminer leur choix de spécialité pour l’an prochain. Hugo, Solène et Tristan retrouvent les petits plaisirs de la vie et se réjouissent d’avoir enfin franchi ce passage obligé pour devenir médecin – dont le format va changer en 2023.

A l'issue des ECN, un classement déterminant pour le choix des spécialités

Mercredi à 18 heures, tous étaient devant leur écran pour voir tomber les résultats sur le site du Centre national de gestion. Un dernier pic de stress avant le verdict… et la 2.860e place sur 9.293 candidats pour Solène, 23 ans. "Je suis très soulagée !", s’épanche l’étudiante de Marseille, la voix ravie. "Les résultats m’angoissaient un peu, alors que ça ne servait à rien…. Je ne pensais pas avoir fait aussi bien !" Dans son cas en effet, le classement "ne change pas grand chose" car elle ne vise pas "des spécialités très demandées : médecin généraliste ou psychiatrie”.

Mais, il importe pour le choix de la ville d’exercice et de certaines spécialités, la chirurgie par exemple, très demandée. Hugo termine 11e du classement, avec "énormément de joie et de fierté" après une année difficile. "J’espérais être bien classé mais on ne peut pas de façon humble s’attendre à ça ! Je suis trop content." Plutôt attiré par "les spécialités médico-chirurgicales, urologie, ophtalmologie, ORL", le futur interne va avoir le choix. Et, grâce à sa place qui lui ouvre toutes les portes, il peut aussi envisager d'autres spécialités comme "la chirurgie reconstructrice pour les enfants qui ont des malformations congénitales ou la chirurgie post-cancer".

Depuis Toulouse, Tristan, 23 ans, qui visait "le top 4.000", est aussi satisfait : classé 3.262e, mieux qu'au concours blanc, il va pouvoir demander médecine générale en Guadeloupe, d’où il vient. "C’est quand même particulier les ECN. C’est là que se joue le domaine on va travailler après…"

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Soulagement et "libération" pour les futurs internes

Ces résultats viennent clore une session de révisions éprouvante. "C’était très fatigant, je ne le referai jamais !", confirme en riant Solène, qui a potassé "tous les jours sauf le dimanche de 9h à 17h" et sauf la dernière semaine pour cause de "trop plein". "C’est un soulagement car ça fait trois ans qu’on prépare cet examen, on peut enfin souffler !", se réjouit Tristan, rejoint par Hugo qui a vécu "la libération" à sa sortie d’épreuve. "Ça demande un travail immense, 9h-23h tous les jours, sans week-end, ni vacances… D'août à juin il n’y a pas un jour de répit, on joue vraiment notre vie sur ces trois jours et sur ce concours qui peut être assez injuste."

Cet investissement engendre parfois une légère frustration au sortir des sujets. Ils ont tous les trois été "déstabilisés" par le fait que des spécialités soient peu voire pas abordées, comme la cardiologie alors que "les sujets sont censés balayer l’ensemble du programme", regrette un peu Hugo.

"Le livre de pédiatrie fait 800 ou 900 pages et n’est quasiment pas tombé", déplore aussi Tristan, comme Hugo pour qui ça a été "hyper frustrant" : "Évidemment c’est important pour notre avenir, mais on se dit 'zut', on aurait pu allouer un peu moins de temps à cette matière si on avait su qu’elle n’allait pas y être du tout."

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Après les ECN, vers l’internat et au-delà

Quoi qu’il en soit, les ECN sont désormais derrière eux. Une semaine après les examens, les trois étudiants sont en pleine réadaptation. "Il faut comprendre qu’on renonce à tout : les déjeuners de famille le dimanche, les soirées le samedi soir, aller faire des courses devient culpabilisant… Donc le sentiment qu’on a eu en sortant des épreuves à 18 heures c’est pareil qu’un prisonnier qui sort de prison après 10 ans", rigole Hugo. Le jeune homme, encore sur "un petit nuage d’euphorie", "prévoit plein de trucs avec les copains" pour rattraper le temps perdu.

Perdu, Tristan l’est encore aussi. "Je suis un petit peu confus, je suis chez moi, je n’ai pas de livre à ouvrir, je ne sais pas trop quoi faire", s’amuse celui qui "profite quand même des vacances" avant d’attaquer l’internat de médecin généraliste. "Bientôt, je me mettrai en tête que je vais travailler en tant qu’interne à l’hôpital, que ce sera à moi de prendre des décisions, avec de vrais patients et pas des dossiers papiers." Solène a "hâte d’être immergée à l’hôpital" sans avoir à réviser de cours le soir tandis qu’Hugo est pressé de pouvoir exercer sa passion "avec de la légitimité comme médecin, pas externe, 'un peu stagiaire avec un statut et un rôle pas très bien définis…"

Ils feront leurs vœux de spécialité en juillet, et valideront leur choix définitif fin août/début septembre. Mais garderont sûrement toute leur vie le souvenir de cet examen : "Quand on discute avec des médecins de 60 ans, ils s’en souviennent encore", raconte Hugo. "Les ECN les ont tous traumatisés…"

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