Se réorienter en études de santé : "J’aurais aimé qu’on me secoue les puces pour le faire plus tôt"

Par Juliette Chaignon, publié le 07 Novembre 2022
6 min

Après avoir été diplômée de sociologie, être devenue ingénieure ou avocate, Gaétane, Jeanne et Constance ont finalement (re)trouvé leur voie en santé. Les trois étudiantes expliquent comment elles ont eu le déclic pour devenir médecin ou sage-femme malgré un parcours peu linéaire après le bac.

Juriste et avocate de formation, Constance, 32 ans, a repris le chemin de la fac à la rentrée dernière pour entrer en deuxième année d’école de sage-femme. Un virage à 360 degrés pour celle qui considère avoir manqué d’information sur ce métier. "Je viens d’une famille où il y a des médecins mais comme j’étais en filière économie et social (au lycée, ndlr), je ne me suis pas posé la question de médecine, je me voyais en droit ou en école de commerce", précise-t-elle.

Tout le contraire de Jeanne*, 30 ans, aujourd'hui en deuxième année de médecine. Après le bac, elle choisit d’étudier les maths en prépa scientifique puis en école d’ingénieurs. Elle avait pourtant pensé à faire médecine : "Mais je n’avais pas confiance en moi, pas un dossier exceptionnel, je n’ai pas osé."

Avoir le déclic

Pour les deux étudiantes, le déclic vient après le niveau master et parfois une expérience professionnelle insatisfaisante. Constance exerce d'abord durant cinq ans les métiers d’avocate puis de juriste en entreprise. Autour de la trentaine, la jeune cadre se pose des questions. "J’ai aussi eu un enfant entre-temps, j’ai rencontré beaucoup de sages-femmes, j’ai échangé avec elles et je me suis aperçue que ça m’intéressait particulièrement", explique-t-elle.

Car en entreprise, son "goût pour l’humain et le social" n’est pas comblé. "J’ai découvert que le métier de sage-femme cochait toutes les cases de ce que je suis et de ce que j’ai envie de faire." L’intuition de Constance, confirmée par un bilan de compétences, la convainc de reprendre ses études.

En école d’ingénieurs, Jeanne, quant à elle, déchante. Les cours de maths ne sont pas aussi captivants qu’espéré. "Je lisais beaucoup de blogs de médecins, de bouquins de biologie, de témoignages de docteurs", se souvient-elle. Après plusieurs années comme consultante dans le secteur biomédical puis en finance, elle saute le pas et s’inscrit en médecine à 28 ans.

Pour Gaétane, tout s'est accéléré en école de journalisme, intégrée après un master 1 de sociologie. Elle s’intéresse alors à la psychiatrie au cours de plusieurs reportages. "Je me suis retrouvée à effectuer des soins de base, les toilettes, le ménage, j’ai beaucoup parlé avec les patients et je me suis sentie épanouie dans ce milieu-là." Sur place, Gaétane échange beaucoup avec un interne en psychiatrie, et se convainc finalement de ses chances en médecine.

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Bien s'accrocher pour intégrer les études de santé

Mais pour sauter le pas, la sélection est rude. Constance est parvenue, après un premier échec, à passer directement en deuxième année d’école de sage-femme grâce au concours écrit et oral de la passerelle : "Pour montrer ma motivation, j’ai fait plusieurs stages avec des sages-femmes et j’ai effectué une remise à niveau en sciences par le CNED."

Jeanne, elle, a échoué deux fois à la passerelle et a donc décidé de s’inscrire en PASS (parcours spécifique accès santé). Pour optimiser ses chances, elle choisit une fac "avec un gros coefficient sur la physique et les statistiques", des matières déjà étudiées en prépa. Gaétane a elle aussi misé sur le PASS. Pour ne pas être perdue, elle décide de se replonger dans les programmes de SVT et physique de terminale puis s’avance sur la physique et la biologie de PASS. Une technique qui "change tout", explique-t-elle.

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Être prêt à de longues études notamment en médecine

Les trois étudiantes se disent passionnées par leurs nouvelles études. "Ça n'a rien à voir avec ce que j’ai fait avant, donc je n’ai pas de lassitude de reprendre les cours", ajoute Gaétane.

Toutes ont dû trouver une solution pour financer cette réorientation : soutien des parents, bourses d’études des hôpitaux, allocations Pôle emploi, épargne personnelle… "Ça fait quand même une différence avec avant mais j’avais anticipé", explique Constance.

La difficulté, c’est plutôt la longueur des études (minimum neuf ans en médecine). "Je ressens un décalage avec mes amis ingénieurs", confie Jeanne. Ils ont des enfants, achètent des appartements et moi… j’achète des stabilo boss." Pour bien se réorienter, un seul conseil à suivre selon elle : "Y aller le plus tôt possible ! J’aurais aimé qu’on me secoue les puces pour le faire plus tôt."

*Le prénom a été modifié.

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