Comment je suis devenue gouvernante dans l'hôtellerie

Par Nathalie Helal, publié le 05 Septembre 2019
6 min

Après une scolarité difficile, Julie a découvert sa vocation de gouvernante générale grâce aux encouragements d’un professeur et à sa passion pour l’univers du luxe.

8 heures du matin, au Castellet, dans le Var (83). Julie, revêtue de son uniforme, file à la réception du palace où elle travaille depuis 5 ans, un 5 étoiles membre des Relais et Châteaux. Elle y récolte les informations nécessaires au bon fonctionnement de son service : des nouveaux arrivants en passant par les demandes clients et les recouches (NDLR : ce sont les personnes qui séjournent plus d’une nuit dans l’établissement).
La jeune femme se charge ensuite de la préparation des plannings pour les 16 membres de l’équipe dont elle a la responsabilité : lingères, femmes de chambre, équipiers chargés de l’entretien des parties communes, etc… Avant de se poser vers 15 heures pour passer des commandes aux fournisseurs, comme du matériel à renouveler pour les chambres, elle passera la totalité de sa journée en tournée d’inspection. C’est seulement à partir de 19 heures qu’elle pourra rentrer chez elle, après avoir laissé des consignes à l’équipe du soir.

Le BEP comme porte d'entrée

"On marche et on court beaucoup, littéralement, et nous sommes sans cesse sollicitées ! Gouvernante générale dans un hôtel de luxe, c’est un poste stratégique, où on doit penser à tout et avoir l’œil sur tout", explique Julie.
Ce poste de "maîtresse de maison", entretenant une relation privilégiée avec le client, la passionne au point d’avoir décroché cette année le prestigieux titre de meilleur ouvrier de France (MOF) dans la catégorie gouvernante des services hôteliers. "J’étais pourtant mal partie", sourit Julie. "En 5ème, dès que j’ai quitté ma Bretagne pour m’installer à la Seyne-sur-mer (83) avec mes parents, mes notes se sont effondrées, et j’ai carrément arrêté de travailler", se souvient-elle. Devant ses mauvais résultats, en fin de 3ème, une seule issue : un BEP.

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Julie choisit l’hôtellerie-restauration, décidée à travailler au plus vite comme serveuse et à gagner son indépendance. Entrée au lycée hôtelier Anne-Sophie Pic de Toulon (83), elle découvre l’univers de la restauration et celui de la cuisine, et fait une rencontre déterminante : "mon professeur de restaurant, Joël Diconne, a été le premier à penser que je valais quelque chose. Il m’a beaucoup aidée à prendre confiance en moi et m’a poussée à préparer des concours de restauration, en parallèle de mes cours au lycée. À 15 ans, décrocher la 3ème place sur le podium, ça fait du bien !", raconte Julie. Coachée par son mentor, elle décroche son BEP avec facilité et enchaîne sur un bac technologique en 2 ans au lieu de 3, grâce à son BEP.

Le tremplin des BTS

Après une année de mise à niveau, elle découvre, en terminale, l’univers du luxe grâce à des stages en salle et en cuisine au Café de Paris, à Monaco. Son bac en poche, assorti de la mention assez bien, qui la remplit de fierté, la jeune femme, décide, sur les conseils de Joël, de poursuivre avec un BTS gestion hôtelière, au lycée Nicolas Appert d’Orvault, proche de Nantes (44), afin de "voir autre chose" et se "tester" en dehors de ses repères habituels. Logée chez une veille dame dont elle prépare les repas au quotidien, dans le cadre d’une mise en relation intergénérationnelle, Julie découvre, dès sa 1ère année d’études, le fonctionnement et la diversité des métiers de l’hôtellerie. Diplômée en 2011, elle cherche immédiatement du travail et débute l’été comme lingère dans un 5 étoiles de Courchevel (73).

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Un poste clé aux contours discrets

Ni les exigences de la clientèle, ni le rythme, soutenu, ne la rebutent, bien au contraire : Julie rêve désormais de devenir gouvernante générale. D’abord chef lingère, puis gouvernante d’étage, elle enchaîne les saisons d’hiver et d'été dans différents établissements haut de gamme, et participe même à l’ouverture d’un hôtel.
En juin 2015, une opportunité se présente, à l’Hôtel et Spa du Castellet (83) : embauchée comme gouvernante d’étage, elle devient, peu de temps après, à 24 ans, gouvernante générale. "La difficulté de ce métier, c’est de se rendre aussi indispensable qu’invisible. On pénètre dans l’intimité des gens, et on doit garder tout ce qu’on voit pour nous, la discrétion est le maître-mot ! Quand on entre dans la chambre d’un client, on est chez lui, pas chez nous. Et en tant que responsable, j’ai le devoir de protéger mes équipes : ça n’est pas par hasard que les femmes de chambre font le ménage avec les portes ouvertes", témoigne Julie.
Sa qualité principale ? "Je fais attention aux autres", conclue-t-elle, souriante, avant de s’effacer. A pas feutrés, naturellement.

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