DOSSIER : LES MÉTIERS DE LA VOILE : PORTRAITS DE 4 PROS DE LA COURSE AU LARGE

Navigateur… Un métier qui a fait rêver des générations de marins d’eau douce. Mais comment devient-on skipper sur un bateau de course au large ? Quels sont les métiers qui permettent de travailler sur ces Formule 1 des mers ? Pour en savoir plus, letudiant.fr a embarqué à bord de “Groupe Bel”, un monocoque inscrit au départ de la Transat Jacques-Vabre.

Kito de Pavant, skipper : “Pour percer dans la voile, avant il fallait du bagout, maintenant il faut du bagage”

Sa mission
“Je suis là pour faire gagner le bateau”, résume Kito de Pavant. Mais le navigateur est aussi un chef d’entreprise. À la tête de Sixteam, il emploie 6 personnes qui travaillent avec lui à l’année sur son bateau.

Pour honorer son contrat avec son sponsor Groupe Bel (spécialisé dans l’industrie agroalimentaire et fromagère française), il fait aussi régulièrement des visites d’usine… Une corvée ? “Vraiment pas ! En fait c’est très sympa, car Yann [l’autre skipper du “Groupe Bel”] et moi rencontrons des gens dans le monde entier, et partout nous sommes accueillis comme des héros ! Nous recevons aussi régulièrement des salariés du groupe sur le bateau. C’est très important de sentir que, derrière nous, il y a une marque et aussi des milliers de salariés.” Des salariés qui ont tous laissé leur trace sur “leur” bateau : l’empreinte de pouce de chacun des 8.000 collaborateurs figure ainsi sur le mât !

Son parcours
Kito de Paavant, skipper de “Groupe Bel”Kito est né bien loin de la mer, en Dordogne. Son père, médecin et grand bricoleur, est un passionné de voile qui a construit dans le garage familial son voilier de 5,50 mètres…

C’est cette passion pour la voile (et les chevaux), qui amènera Kito et toute sa famille à quitter la Dordogne pour le Gard et Port-Camargue, un nouveau port qui sort alors tout juste de terre (on est au début des années 1970), au bord de la Méditerranée.

À 18 ans, le Gardois d’adoption achète son premier voilier, un petit bateau de croisière. Et, sans diplôme, il multiplie les expériences professionnelles.

Il crée un des premiers bars de plage de Port-Camargue, part monter son école de voile aux Antilles, y reste 10 ans pendant lesquels il multiplie les traversées de l’Atlantique, puis embarque pour une succession de missions scientifiques sur le lac Tanganyika, en Afrique, développe une activité de charter en catamaran sur la Méditerranée, se tourne vers le convoyage de voilier (emmener un bateau d’un point A à B)… “Une très bonne école, analyse aujourd’hui le skipper. On apprend la navigation et la vie au large. On apprend aussi à entretenir divers types de bateaux. Surtout, ça permet de voyager tout en gagnant sa vie.”

À l’aube de la quarantaine, Kito se décide à tenter sa chance dans le monde de la course au large, un rêve qu’il caressait depuis toujours. Il s’inscrit au départ de la Solitaire du Figaro. “On m’a regardé d’un drôle d’œil : j’étais le plagiste qui débarque sans sponsor mais soutenu par une association de copains. Or le Figaro, c’est une référence dans le milieu. ”

En 2002, alors qu’il participe pour la 3e fois à la Solitaire, Kito décroche enfin le podium… et gagne ses galons de navigateur reconnu. Les victoires s’enchaînent jusqu’en 2005, date à laquelle Kito est contacté par le groupe agroalimentaire Bel, qui souhaite s’engager dans la course à la voile en sponsorisant un bateau. “Décrocher un tel sponsor, c’est le but de tout marin”, commente Kito.

“Groupe Bel” est mis à l’eau en 2006 et décroche 6 podiums d’affilée. Mais il doit abandonner le Vendée Globe en 2008, le mât brisé. Un coup dur pour Kito. Dès l’année suivante, il termine 2e de la Transat Jacques-Vabre 2009. Pour cette 10e édition, son objectif est de gagner, tout en gardant dans un coin de sa tête la prochaine échéance : le Vendée Globe 2012, sur lequel il compte bien prendre sa revanche.

Les deux skippers de “Groupe Bel”
Au winch, les deux skippers, Kito de Pavant et Yann Régniau.

Son conseil
“Il y a 30 ans, la voile était réservée aux derniers de la classe. Il suffisait de traîner sur les quais, d’avoir une bonne tronche pour se faire embarquer. Tout a changé. Avant, il fallait du bagout, maintenait il faut du bagage. Les parcours d’études supérieures de navigateurs comme François Gabart ou Franck Cammas le prouvent.”

Décrocher un sponsor est toujours aussi difficile, car il n’y a pas de passage systématique d’une catégorie de bateau à l’autre, au contraire des autres sports de compétition. “Être très bon en dériveur ne permet pas de décrocher automatiquement un budget et un bateau pour faire de la course au large” résume Kito. Le parcours du futur grand navigateur allie donc beaucoup de travail, de ténacité et des résultats. “La course du Figaro, par exemple, est une bonne façon de se faire repérer par un sponsor, à condition de décrocher un podium.”

Ce qu’il aime
“J’aime tellement ce que je fais que je n’ai même pas l’impression de travailler. Évidemment, il y a des moments difficiles, mais je ne laisserais ma place à personne”. On s’en doutait un peu…

Sandrine Chesnel
Octobre 2011

Pour aller plus loin

POUR SUIVRE “GROUPE BEL” ET LA TRANSAT JACQUES-VABRE
Le blog de Kito de Pavant, le skipper de “Groupe Bel”.
Le site officiel du bateau “Groupe Bel”.
Le site de la Transat Jacques-Vabre.
Le site de la classe Imoca.

LE PARCOURS D'UN AUTRE NAVIGATEUR
Franck Cammas raconte ses 20 ans.

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