En immersion dans les ateliers des Beaux-Arts de Paris

Par Séverine Mermilliod, publié le 12 Juillet 2022
7 min

Après deux ans de pandémie, les Beaux-Arts de Paris ont pu accueillir à nouveau du public pour quatre jours d’"ateliers ouverts". L’occasion de rencontrer des étudiants pour comprendre comment ils travaillent tout au long de l’année…

Delacroix, Moreau, Renoir… les murs des Beaux-Arts de Paris ont vu défiler d’illustres artistes dont les noms intimident un peu quand on arrive devant la porte, 14 rue Bonaparte au centre de la capitale. A droite se dresse la Chapelle, construite au 17e siècle, en face le grand Palais des études.

Le campus de deux hectares, en plein de cœur de la ville, est complété par celui de Saint-Ouen depuis 2008 – où se trouvent les ateliers plus imposants, céramique, forge, matériaux composites, modelage, moulage et taille. Comme le rappelle Alexia Fabre, directrice des Beaux-Arts depuis janvier, c’est "la première fois en trois ans" que les ateliers ouverts se tiennent, pandémie oblige. Un événement qui avait aussi pour but de "montrer qu’être artiste, c’est une profession".

En témoignent tous les étudiants venus présenter leurs travaux d’une année au public : installations, dessins, tissages, peintures, sculptures, photos… En traversant la Cour d’honneur, puis la Cour vitrée dans laquelle sont exposées pour l’occasion les œuvres d’une soixantaine d’étudiants sur les 570 élèves que compte l’école, on passe devant l’atelier impression/édition, dont les machines ont servi à produire des affiches durant mai 68.

La Chapelle des Beaux-Arts de Paris
La Chapelle des Beaux-Arts de Paris // © Severine Mermilliod

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Aux Beaux-Arts, focus sur la pratique dans les ateliers

Aux Beaux-Arts de Paris, "l’engagement artistique se concentre sur les ateliers", souligne Alexia Fabre. L’école, ouverte sept jours sur sept de 8 heures à 22 heures, en compte 31. Chacun porte le nom d’un artiste de renom, le "chef d’atelier" qui guide les étudiants dans leur apprentissage.

Léa, 29 ans, en 5e année, et Lou, 23 ans, en 4e année, ont travaillé toute l’année dans l’atelier Nina Childress, spécialisé en peinture. Transformé en espace d’exposition pour la fin d’année, il faut l’imaginer, gouache sur le sol, rempli de bureaux et d’espaces de peinture.

"Quand on arrive dans l’école, on nous demande de trouver une place dans les ateliers. C’est à nous d’aller voir les chefs d’atelier, et on peut changer en cours de route, témoigne Lou, qui peint surtout des portraits à l’acrylique. Cela fait aussi partie du cursus, d’être perdu au début et de chercher en autonomie ensuite."

"J’ai mis bien six mois à prendre mes marques. Au début, c’est un peu compliqué les Beaux-Arts, on nous met une perceuse dans les mains et on nous dit 'allez, vas-y!'", raconte Marie, 27 ans, qui vient de passer son diplôme de dernière année dans l’atelier Ann Veronica Janssens et Hicham Berrada.

"Chacun a son propre chemin. Il faut se balader le plus possible, aller à la rencontre des autres élèves… C’est très libre, poursuit Léa. Il y a un cadre de cours, avec des notes techniques et théoriques, mais on choisit l’atelier et le temps passé à l’école." Environ 80% de ce temps est passé dans l’atelier.

Léa (en haut de la photo) et Marie (en bas de la photo) ont travaillé toute l'année dans des ateliers différents.
Léa (en haut de la photo) et Marie (en bas de la photo) ont travaillé toute l'année dans des ateliers différents. // © Severine Mermilliod

Dessin, sculpture, vidéo…, exprimer sa propre créativité

S’ajoutent à cela des cours théoriques et une programmation culturelle riche. A gauche de la Cour d’honneur, se trouve l’amphi de morphologie, où se tiennent des cours de modèle vivant et de dessin, obligatoires en première et deuxième années. "Il n’y a pas d’exigence de virtuosité en dessin", note toutefois le directeur des études Jean-Baptiste de Beauvais. Surtout pas pour entrer dans l’école, puisque les dossiers de candidature n’ont pas été dématérialisés. Sculptures, réalisations 3D… il est possible de s’exprimer autrement qu’en dessins.

"Les jurys sont composés de professeurs de l’école, et les admissions se font en première année ou en cours d’études, deuxième, troisième ou quatrième années, précise le directeur des études. Certains étudiants entrent avec une certaine idée de leur production et finalement font autre chose."

Léa, par exemple, est entrée avec la photo et vidéo et s’est finalement tournée vers la peinture à l’huile. "Quand je suis arrivée, je ne savais pas construire grand chose, je passais beaucoup par le dessin, raconte aussi Marie. J’ai beaucoup évolué avec mes camarades dans les ateliers."

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Des moniteurs étudiants pour travailler différentes techniques

La réalisation de Charlotte, 22 ans, qui travaille le métal.
La réalisation de Charlotte, 22 ans, qui travaille le métal. // © Severine Mermilliod

Outre leurs camarades, les élèves peuvent compter sur l’aide de moniteurs étudiants, qui les accompagnent dans leur travail sur les différentes bases techniques (métal, bois, fonte…). Parmi les 15 élèves de l’atelier Tatiana Trouvé – dans lequel se côtoient dessin, métal, plâtre, bois, vidéo et photo – Charlotte, 22 ans, travaille le métal. Elle a réalisé cette année de grandes fleurs métalliques qui sortent de terre (voir photo ci-dessus, ndlr), une œuvre "inspirée d’un motif alsacien composé de fleurs, réputé porter chance."

"On essaye de leur donner les moyens de leur inspiration, on défend la matière", commente Michel Salerno, responsable de la base métal qu’utilisent chaque année une quarantaine d’étudiants. Parfois difficile, car il faut "trouver un compromis entre la technique et les préoccupations artistiques" de l’élève.

Il s’agit de les accompagner dans le développement de leur idée, "pas en faisant leur pièce à leur place mais en les faisant réfléchir aux possibilités", précise Farid, moniteur étudiant. "On n’est pas des assistants, poursuit Michel Salerno. On les aide à développer leur monde intérieur, pour qu’ils ne se nourrissent pas seulement du monde extérieur."

Chaque année, cette base métal est utilisée par une quarantaine d’étudiants.
Chaque année, cette base métal est utilisée par une quarantaine d’étudiants. // © Severine Mermilliod

Les collections uniques des Beaux-Arts de Paris

En cela, étudier aux sein des mythiques Beaux-Arts est une chance. Les collections de l’école comptent quelque 450.000 œuvres, peintures, dessins, sculptures, photos… "C’est un lieu chargé d’Histoire, qui a connu beaucoup de beaux moments de création, de réflexion, confirme Neeve, étudiante en deuxième année. Je ressens beaucoup cette énergie dans les lieux de travail, on essaye de perpétuer cette création."

Sofia, elle, s’intéresse à l’interdisciplinarité et apprécie qu’il y ait "beaucoup de travail de groupe". Elle réalise de grands tissages de fils de fer et de perles, métaphores des liens qui se tissent entre les gens. "Pour mon projet de diplôme, on était 22 ! Être plusieurs est un moteur", abonde Marie, dont le projet – une grande installation en peinture et carton – a été "imaginé comme un décor pour un film", dès le mois de décembre. La jeune diplômée, qui a d’ailleurs commencé à faire des décors pour le cinéma pendant ses études, cherche désormais un atelier avec des amis, "pour que le collectif perdure".

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