La Casa 93, une école de mode pas comme les autres

Par Sarah Nafti, publié le 23 Novembre 2022
5 min

Pour les férus de fashion, l’Etudiant est allé à la découverte d’une école de mode pas comme les autres, la Casa 93. Un centre de formation qui s’adresse notamment aux talents issus de quartiers sensibles. Reportage.

À la Casa 93 règne un joyeux capharnaüm. Aujourd’hui, les étudiants participent à un atelier "upcycling" sur le thème "amplifier le caché". "On est partis sur le concept d’un plaid qui se porte", explique Marie, en ajustant une sorte d’écharpe "remplie de chutes de tissus" sur un mannequin.

Fati et Anita, ont, elles, pensé à "une mante religieuse" en imaginant une robe qui mélange leurs univers, à la fois girly et sombre. "Ça a un côté colonie de vacances ici", confie Anita. Autour d’elle, plusieurs petits groupes travaillent à leurs créations de la semaine. D’un coup, une musique retentit. Anita s’interrompt "attends faut que j’aille danser, j’adore cette chanson".

Une école de mode gratuite pour les talents des quartiers

La Casa 93 n’est pas une école de mode comme les autres. Ici, les études sont gratuites pour les jeunes sélectionnés, qui deviennent stagiaires de la formation professionnelle, la Casa étant un centre de formation et non un établissement d’enseignement supérieur. Aucune condition de diplôme n’est exigée.

L'établissement est né en 2013, à Vidigal, une favela de Rio, où Nadine Gonzalez, fondatrice et directrice travaillait pour l’association Modafusion. L’idée était de créer une école de mode gratuite s’adressant aux jeunes talents issus de ces zones sensibles. À Montreuil depuis septembre 2017 et depuis la rentrée 2022 dans le quartier du Mirail à Toulouse, la philosophie de la Casa est restée : "la banlieue a toujours influencé la mode mais elle est rarement mise en valeur", regrette Nadine Gonzalez, qui, avant de fonder une école, avait fait carrière dans le domaine.

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Découvrir les métiers liés à la mode et la création

Le projet vise à l’insertion professionnelle et sociale des jeunes impliqués. Et pour cela, ils ne sont qu’une vingtaine, chaque année, à être sélectionnés. Au cours de leur année à la Casa, ils vont découvrir les nombreux métiers liés à la mode, ceux de la création, mais aussi de la scénographie ou encore de l’image. La fin de l’année est couronnée par un défilé réalisé de A à Z par leur promotion. Certains, en arrivant, ne savent pas coudre, mais le principe de la Casa est d’utiliser l’intelligence collective pour avancer.

"Ici, ils travaillent dans l’entraide plutôt que dans la compétition", remarque Lise Sansen la formatrice stylisme en charge du module du jour, qui travaille aussi dans d’autres écoles de mode. La diversité des profils assure une très grande créativité et liberté de ton.

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"La Casa, c’est l’inverse de l’élitisme"

"La Casa, c’est l’inverse de l’élitisme", résume Anita, qui se définit comme "prolo" et pour qui une école de mode classique aurait été inaccessible. Venue de Marseille, elle a quitté l’école à 15 ans, rétive à l’autorité. Enfant, elle confectionnait des habits à ses doudous avec la machine à coudre de sa mère. Mais à 18 ans, alors que le projet de faire une école de mode commence à germer, elle se confronte à sa "première expérience de classisme" : "je me suis rendu compte que quand tu n’avais pas de thune, tu ne pouvais rien faire."

A la Casa, elle apprécie le travail "sans hiérarchie". L’un des autres principes de l'école est que tout le monde doit être traité sur un pied d’égalité, étudiants comme formateurs. Pour Fati, la Casa incarne aussi "l’avenir d’une mode plus éco-responsable", car ici, toutes les créations sont fondées sur l’upcycling, tous les matériaux sont récupérés.

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Un défilé lors de la Fashion week de Paris

Les élèves de la Casa 93 ont préparé toute l'année leur défilé à la Fashion week de Paris.
Les élèves de la Casa 93 ont préparé toute l'année leur défilé à la Fashion week de Paris. // © Hervé Hiolle Lévêque et Alexandre Salle de Chou

Depuis sa création, l’école a noué des partenariats avec des grands noms de la mode, et envoie ses stagiaires dans de grandes enseignes. La promo 2021/2022 a présenté son défilé annuel lors de la Fashion week au Palais de Tokyo.

Une expérience "intense", raconte Francine. "Ce projet nous a porté tout au long de l’année. Le jour J, tout s’est passé très vite." Francine a signé un service civique à sa sortie mais compte reprendre ses études l’an prochain. C’est le cas d’environ un tiers des sortants, pour qui la Casa aura été une passerelle vers la reprise ou la continuité d’études. Les autres intègrent le marché du travail ou se lancent dans leurs propres marques.

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