DOSSIER : JEUNES, DYNAMIQUES ET FONCTIONNAIRES

Ils sont âgés d’une trentaine d’années, occupent des postes à responsabilité et sont à mille lieues des clichés véhiculés sur les fonctionnaires. Portraits de ces agents et de "leur" fonction publique, en mouvement.

Marion Gillis, administratrice à la commission des affaires économiques du Sénat

"J’ai des obligations de résultats"

Qui n’a jamais rêvé de connaître de l’intérieur les rouages de notre système législatif, de pousser les portes de l’Assemblée nationale ou du Sénat ? Marion Gillis, elle, y travaille tous les jours. A 31 ans, cette jeune femme est administratrice à la commission des affaires économiques au Palais du Luxembourg. "J’ai intégré le corps du Sénat en avril 2002. Ici, nous sommes proches du politique, du pouvoir exécutif et une part assez importante est accordée à l’écrit avec la rédaction de lois, de rapports…". Ce dernier aspect plaît forcément à cette titulaire d’un bac A1 (ancien L), passée par une prépa littéraire spécialité histoire-géographie, diplômée d’une maîtrise d’histoire et de Sciences po Paris. "C’est à Sciences po que j’ai développé l’idée d’exercer un métier se rapportant au service public. J’ai découvert le droit, l’économie, des matières qui ont prise sur le monde actuel. J’avais envie de servir "le bien commun"". Après une année complémentaire de préparation aux concours, Marion passe celui du Sénat. Elle est reçue du premier coup.

Dans l’ombre des sénateurs

Comme tout fonctionnaire, la jeune femme se doit d’être neutre politiquement. "Je suis au service de tous les sénateurs", explique-t-elle. Au sein de sa commission (c’est-à-dire un groupe de sénateurs spécialisés dans un domaine – en l’occurrence les affaires économiques), Marion a deux secteurs de compétence – l’urbanisme et l’environnement – et deux missions. "Quand un projet de loi arrive au Sénat, un sénateur est désigné rapporteur. C’est lui qui va travailler dessus. Ma première mission consiste à l’assister, avec d’autres fonctionnaires. Par exemple, je lui propose des personnalités (des ministres, des syndicats, des chefs d’entreprise, etc.) susceptibles d’être auditionnées par la commission et faire avancer le dossier. Au rapporteur de choisir ceux qu’il veut entendre. Celui-ci présente ensuite son travail à sa commission (réunie chaque semaine) puis devant tous les sénateurs (en séance publique). Après les auditions, il arrive que le rapporteur souhaite effectuer des modifications au projet de loi. Mon rôle est alors de le conseiller, de finaliser ses idées d’amendement. Je travaille sur la rédaction des rapports qui expliquent le contenu de la loi et les propositions de modifications de la commission. Ce travail d’assistance se poursuit jusqu’à la séance publique, en présence du gouvernement. Le projet de loi est alors examiné. Le rapporteur se place dans les premiers rangs, moi derrière. Je l’assiste encore tout au long de la séance, je réponds à ses questions. Je dois donc bien connaître mon sujet et savoir réagir dans l’urgence".

Grosses journées

La seconde mission de Marion consiste à examiner, contrôler, évaluer l’action de l’Etat. "Cela revient à faire une veille toute l’année sur les sujets de notre compétence, à auditionner des personnes et à faire des rapports d’information". Selon les périodes (et les priorités du gouvernement), l’administratrice est donc plus sur l’une ou l’autre de ses missions. "En 2008, j’ai été très sollicitée par le travail législatif. Cet automne, par exemple, j’ai travaillé sur le projet de loi Boutin puis sur le projet de loi Grenelle".
La semaine de Marion est donc coupée en deux. "Quand le Sénat siège (en général, le mardi, mercredi et jeudi) et que je travaille sur un projet de loi, je ne reste pas dans mon bureau. J’enchaîne réunion de commission, préparation des amendements, séance publique... Je peux ainsi travailler de 9 h à minuit, voire plus en cas de rush. Le lundi et le vendredi, j’écris, je compile des notes, je téléphone aux ministères, etc. Ces jours-là, je peux travailler de 9h à 19h30. En outre, comme les administrateurs sont spécialisés par secteur, ils ne sont pas maîtres de leurs congés, qui dépendent de l’actualité parlementaire".

Fonctionnaires sous pression

Marion touche environ 4.000 € net (fixe + primes). Mais cette somme varie en fonction du rythme du Sénat, notamment de la fréquence des séances de nuit. Un bon salaire… qui récompense un grand investissement. "Contrairement à une idée reçue, nous avons des objectifs, des obligations de résultats. Le Parlement compte sur nous. La pression est importante. Il faut être disponible et réactif". Etudiants ou jeunes diplômés, vous voilà prévenus : attendez-vous à un travail qui peut paraître très prenant à la sortie des études mais "ô combien passionnant".

Virginie Bertereau

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