Erasmus + : l'Etat investit 17 millions d'euros pour développer l'apprentissage en Europe

Par Etienne Gless, publié le 05 Juillet 2022
5 min

Le gouvernement investit 17 millions d'euros dans le projet Mon apprentissage en Europe (MONA) de l'association Euro App Mobilité qui réunit 43 centres de formation d'apprentis. Objectif : développer la mobilité européenne des apprentis trop souvent mise à mal par des freins financiers et juridiques.

"Je suis rentrée d'Italie vendredi dernier. Je suis encore sur un petit nuage de ma mobilité longue !" se réjouit Clémence, 20 ans, qui vient de terminer son CAP cuisine en apprentissage. La jeune femme revient de Côme en Italie où elle a passé quatre mois dans le cadre de sa formation en alternance.

"De février à juin, je partageais mon temps entre le centre de formation professionnelle de Côme – où je suivais des cours en gestion en italien, en économie, en histoire romaine – et un restaurant au sud de la ville où je poursuivais on apprentissage en cuisine au sein d'une équipe avec le chef de cuisine", explique Clémence.

La jeune femme estime se sentir "plus mature" et avoir "gagné confiance" en elle en s'adaptant à un "nouvel environnement à l'étranger". Les voyages forment la jeunesse, c'est bien connu. Et une expérience de mobilité de plusieurs mois à l'international est un atout majeur sur un CV. Mais les apprentis ne sont pas logés à la même enseigne que les étudiants.

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Erasmus + c'est aussi pour les apprentis…

"En théorie depuis 1995, le programme Erasmus + est aussi ouvert aux apprentis", constate Jean Arthuis président d'Euro App Mobility, une association créée en 2020 avec le soutien du ministère du Travail pour lever les freins à la mobilité longue des apprentis.

"Mais les apprentis sont encore trop peu nombreux à bénéficier d'une mobilité longue alors que les étudiants des grandes écoles ou de l'université pratiquent souvent cette mobilité longue", estime-t-il.

En 2021, 40.000 étudiants de l'enseignement supérieur ont ainsi bénéficié d'une mobilité de plusieurs mois contre seulement 18.000 apprentis qui ne sont partis en moyenne qu'une quinzaine de jours. "C'est très court et c'est une injustice : il faut que les apprentis aient aussi une occasion de parler une autre langue que leur langue maternelle, qu'ils puissent aller à la rencontre d'autres cultures, et développent leurs 'soft skills' c'est-à-dire leurs capacités d'adaptation, leur plus grande indépendance", dénonce Jean Arthuis.

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Des obstacles financiers et juridiques aux mobilités des apprentis

Pour l'apprenti qui souhaite effectuer une mobilité de plus d'un mois dans un autre pays, il y a un prix à payer : "Au delà d'un mois, le contrat de travail est suspendu. J'ai donc du consentir à une baisse de revenus", témoigne Clémence.

"Le montant de ma bourse Erasmus ne compensait pas cette suspension de salaire. Mais le centre de formation en Italie m'a offert un beau cadeau en fin de séjour, des vacances de quelques jours dans la région de Ligurie", précise la jeune femme.

Pour l'employeur qui accueille l'apprenti et souhaite l'envoyer en mobilité à l'étranger ou accepte d'accueillir des apprentis d'un autre pays, le prix à payer est d'ordre administratif : "Pour accueillir des apprentis hongrois, je dois me battre avec la caisse d'allocations familiales, la sécurité sociale…", témoigne ainsi Laurent Samson, chef d’entreprise et restaurateur, à Cholet. "Il m'a fallu ainsi batailler un an et un mois pour obtenir un numéro de sécurité sociale pour une étudiante qui est venue en échange !"

Un budget 17 millions d'euros pour favoriser l'apprentissage en Europe

C'est pour lever une partie de ces freins et développer la mobilité de type Erasmus des apprentis que le gouvernement investit 17 millions d'euros sur un budget total de 25 millions d'euros sur quatre ans dans le projet Mon apprentissage en Europe (MONA) porté par l'association Euro App mobility.

"Nous nous fixons un objectif de 10.000 apprentis en mobilité longue d'ici quatre ans", annonce Olivier Dussopt, ministre du Travail, de l'emploi et de l'insertion. Cet argent va permettre par exemple de financer un poste "référent mobilité" à temps plein dans chaque CFA partenaire du projet. A charge pour lui de mobiliser les programmes de l'Union européenne.

S'agissant du manque à gagner pour l'apprenti partant en mobilité longue, le ministre est ouvert à un maintien de la rémunération : "Cela mérite d'être expertisé. On peut imaginer le maintien de rémunération, par l'employeur français au bénéfice de l'apprenti français et inversement pour l'apprenti étranger et l'employeur étranger, comme une des solutions à ce différentiel entre la bourse Erasmus et le salaire", confie Olivier Dussopt en exclusivité à l'Etudiant. Un petit pas supplémentaire dans la longue marche des apprentis pour que la mobilité en Europe ne soit plus l'exception mais la norme !

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