Se réorienter en école d’art, c’est possible !

Par Pauline Bluteau, publié le 10 Decembre 2020
7 min

Parce qu’elles ne font pas partie des cursus traditionnels, parce qu’elles sont sources d’incertitudes ou parce qu’elles sont difficile d’accès, les études en école d’art ont de quoi effrayer. Trois étudiants racontent comment, bien au contraire, leur réorientation leur a permis de trouver leur vocation.

Lou, Jean-Paul et Eva ne se connaissent pas mais ils ont un point commun : après avoir passé un voire deux ans dans une formation qui ne leur convenait qu’à moitié, ils ont fait le choix de se réorienter vers une école d’art. Une révélation pour ces étudiants qui ont fini par trouver leur voie dans un domaine qui les passionne depuis des années.

Avoir le déclic

"J’ai toujours adoré dessiner mais pour moi, c’était un passe-temps, je ne me sentais pas 'artiste'", raconte Lou, 20 ans. Aujourd’hui pleinement épanouie au sein de l’École Emile Cohl à Lyon (69), l’étudiante revient pourtant de loin. Bac S en poche, celle qui a toujours eu "un profil scientifique" décide d’entrer en PACES (première année commune aux études de santé). "J’ai tout donné. Je travaillais 12 heures par jour, c’était vraiment ce que je voulais faire." Mais le deuxième semestre a sonné le début de "la catastrophe".

Démotivée, la jeune femme rate le concours et poursuit ses études dans une licence toujours scientifique. "Je n’écoutais plus les cours, j’étais très stressée, se rappelle-t-elle. Pour moi, la PACES avait été un énorme échec." L’étudiante commence alors à dessiner, tout le temps, pour s’évader. L’année déjà bien entamée, elle décide de s’inscrire "sur un coup de tête" dans une prépa privée pour entrer en école d’art, sans avertir ses proches. C’est le déclic : "Ça m’a soulagée !"

Etudiante à Emile Cohl, Lou "dessine ce [qu'elle] voit".
Etudiante à Emile Cohl, Lou "dessine ce [qu'elle] voit". // © Photo fourni par le témoin

Bien que son parcours soit atypique, Lou ne fait pas vraiment figure d’exception. Jean-Paul, 23 ans, ne se destinait pas non plus à suivre des études de design et d’architecture d’intérieure. Malgré des parents eux-mêmes artistes, l’étudiant a préféré jouer la carte de la sécurité professionnelle. "J’ai passé un bac STMG, une filière que j’avais choisie pour son côté professionnalisant et concret. Ensuite, j’ai poursuivi mes études vers un BTS MUC (management des unités commerciales)", détaille-t-il. Alors qu’il allait être diplômé, une rencontre a changé ses plans. "Une ancienne camarade m’a parlé de l’École de Condé à Nice (06) et elle m’a conseillé de postuler… c’est ce que j’ai fait. En préparant mon dossier, j’ai compris ce que voulait dire 'trouver sa vocation'."

Jean-Paul réalise des plans en 3D pour allier à la fois créativité et concret.
Jean-Paul réalise des plans en 3D pour allier à la fois créativité et concret. // © Photo fourni par le témoin

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Une expérience qui devient une richesse

Pour les deux étudiants, ces deux années "de retard" ne sont pas un échec, bien au contraire. Dans leurs nouvelles formations, ils en ont même fait un véritable atout. "Quand je suis arrivé en première année de bachelor design, je savais déjà ce qu’était la vie étudiante, je savais m’organiser et travailler en équipe. Le BTS m’a appris la rigueur", assure Jean-Paul.

Cela a aussi été le cas d’Eva, 28 ans. Tout juste diplômée de l’EESAB (École européenne supérieure d’art de Bretagne), l’étudiante est désormais designer. Contrairement à Lou et Jean-Paul, Eva a misé sur la filière artistique dès le lycée en choisissant l’option Arts plastiques. Elle entre dans une prépa privée et alors qu’elle devait intégrer un BTS Communication visuelle, elle enchaine les déconvenues. "À la rentrée, ma section a fermé. Comme je devais rembourser le prêt de ma prépa, j’ai commencé à travailler comme vendeuse."

Pendant trois ans, Eva enchaine les petits boulots tout en continuant à suivre des cours d’illustration et d’arts plastiques dans le but de créer un portfolio. "Je suis du genre obstiné, j’avais toujours en tête l’idée d’intégrer une école d’art", résume-t-elle. Des efforts qui ont fini par payer alors même que d’autres perspectives professionnelles auraient pu s’ouvrir à elle. "Cette expérience a été bénéfique pour mes études : on m’a confié beaucoup de responsabilités très jeune donc j’étais plus mature et je savais définir mes priorités."

Eva se passionne pour le design du care (du soin) qui vise à montrer les bienfaits de l'art.
Eva se passionne pour le design du care (du soin) qui vise à montrer les bienfaits de l'art. // © Alexandre Texier et Célia Guye

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Trouver "sa vocation"

Diplômée ou futurs diplômés, les étudiants sont plutôt fiers de leur parcours. "Jusqu’à la rentrée, j’avais des doutes sur la filière artistique, pour moi l’art c’était quelque chose de très vague mais j’ai compris qu’il y avait en fait plein d’opportunités différentes", s’exclame Lou. Passionnée d’illustration, l’étudiante a découvert l’animation 3D : "C’est magique, ça me plait beaucoup."

Jean-Paul, quant à lui, est parvenu à concilier rigueur et créativité. "J’avais des a priori sur l’art et c’est finalement dans le design d’espace que j’ai trouvé le bon équilibre", estime l’étudiant en première année de mastère Architecture intérieure et scénographie du luxe. En parallèle, il a même commencé une licence de droit pour devenir commissaire-priseur.

De son côté, Eva rêve de créer son propre studio de designer. "Je sais que j’ai choisi un métier passion et pas par défaut, je suis très contente, admet-elle. Pour y arriver, je crois qu’il faut éviter de se mettre la pression et se laisser du temps. On sera forcément motivé dans ses études une fois qu’on a trouvé sa voie."

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