Comment je suis devenu infirmier en psychiatrie

Par Nathalie Helal, publié le 19 Septembre 2019
6 min

A 29 ans, Mathieu s’épanouit de nuit, au contact de ses patients de l’unité de soins de psychiatrie adolescente.

21 heures, dans l’unité de soins en psychiatrie adolescente, à la clinique du Grésivaudan, dans l’Isère. Mathieu vient de prendre son poste, à l’instar de son collègue infirmier. L’un comme l’autre veille en permanence sur les 12 jeunes patients qui ont intégré leur service de post-aigus, c’est-à-dire, à la suite d’une crise, de schizophrénie ou une tentative de suicide. A cette heure-ci, les activités battent leur plein : jeux de société, films ou ateliers de bracelets brésiliens occupent les patients et leurs infirmiers.

C’est à 23 heures, moment du coucher, que les "tournées" de Mathieu dans les chambres commencent, entre crises d’angoisses des uns, insomnie et solitude des autres. "On intervient dès que ça ne va pas, et c’est toujours extrêmement enrichissant", précise le jeune homme, qui achève son service à 7 heures du matin, avec les transmissions à ses collègues de l’équipe de jour.

De la biologie à la passion de l’humain

L’ancien élève en sport-études du collège Louise de Savoie, à Chambéry (73), n’imaginait pas se retrouver infirmier en psychiatrie, mais plutôt… soigneur animalier !
"Après une seconde ratée dans un lycée généraliste, j’ai redoublé au lycée agricole Reinach à La Motte-Saint-Voleix (73). Je me voyais ingénieur agronome", se souvient Mathieu, qui a toujours eu une passion pour le vivant.
L’année de son bac S, option biologie, il s’inscrit comme bénévole à la Croix-Rouge, à Chambéry (73), après avoir suivi une formation de secouriste l’été précédent. "En participant à des évènements importants, festivals et concerts, j’ai eu une sorte de révélation ! J’ai compris que je voulais travailler au contact des personnes, et que les longues études n’étaient pas mon truc !", poursuit-il.
Mathieu présente, la même année, différents concours pour devenir infirmier. Obnubilé par son bac, qu’il décroche en 2008, il rate les admissions, mais se fait recruter comme "faisant-fonction", (aide-soignant), dans un EHPAD de Chambéry.

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Du bac à l’accompagnement en EHPAD

Dérouté le premier jour par les soins intimes aux personnes âgées, auxquels il n’est pas préparé, il est coaché par une aide-soignante expérimentée. "J’ai découvert l’importance de l’empathie et de la bienveillance auprès de personnes vulnérables, et ça m’a conforté dans mes choix. J’y ai travaillé tous les week-ends, plus des remplacements, tout en suivant les concours d’une prépa privée, 2 jours par semaine", explique Mathieu.

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De la théorie aux gestes qui soignent

En avril 2009, Mathieu intègre pour 3 ans l’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) de Sainte-Egrève, proche de Grenoble (38). Dans cet établissement public, il fait l’apprentissage, au cours de la 1ère année, du fonctionnement du corps humain "sain", puis, en 2ème et 3ème années, du corps "malade" : anatomie, physiologie, muscles, squelette et les fonctions, sont au programme des débutants. La pharmacologie, le dosage et la toxicité des produits ainsi que les gestes infirmiers, eux, occupent le cursus des 2ème et 3ème années.

De nombreux stages, fournis par l’école, émaillent son parcours : "j’ai beaucoup aimé accompagner une infirmière libérale, pour le contact avec les patients, mais les paperasses administratives et financières m’enquiquinaient !", déclare le jeune homme. Le stage qui le marque et lui fait découvrir l’univers dans lequel il évolue actuellement, est une immersion en centre médico-psychologique. "J’y ai découvert une autre facette de la médecine, et surtout, l’importance du psychologique autant que du physique auprès de gens qui n’ont plus de repères", confie-t-il.

Fraîchement diplômé, Mathieu est embauché à la clinique du Grésivaudan dans une unité de médecine-interne nutrition. Après 5 années passées à soigner des mineurs, anorexiques ou en surpoids, voire des patients greffés du foie, Mathieu décide de passer à autre chose. Pour consacrer plus de temps à la danse, sa passion, il accepte un poste d’infirmier de nuit en psychiatrie adolescente. Il y est toujours, malgré une coupure de 6 mois, où il a voulu expérimenter "autre chose" : un poste dans un EHPAD surpeuplé, où il observe des actes proches de la maltraitance, le font renouer avec son ancien employeur. "J’aime trop les gens pour cautionner le travail à la chaîne", avoue-t-il.
Ses patients trouvent en lui un soignant attentif et disponible, que des horaires "coupés" et des week-ends travaillés ne rebutent pas. "Le plus beau métier du monde", souligne celui qui ne porte jamais de blouse blanche, afin d’apprivoiser ceux qui souffrent.

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