Après deux ans de crise sanitaire : le chômage des jeunes au plus bas depuis 40 ans

Par Etienne Gless, publié le 24 Mars 2022
6 min

Paradoxe de la crise sanitaire, l’effort massif de soutien public à l’insertion des jeunes a permis de réduire le chômage des jeunes. Un bémol de taille : la situation des moins qualifiés reste préoccupante malgré le bond spectaculaire de l'apprentissage.

À toute chose malheur est bon ! Le premier confinement de la France de mars à mai 2020 avait stoppé net une grande part des activités économiques et des recrutements. Pourtant, deux après, le taux de chômage des 15–24 ans est descendu en dessous de 16% (15,9%) alors qu’il dépassait les 20% (20,3%) fin 2019. "C’est son plus bas niveau depuis 1981", constate Eric Heyer, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) et auteur avec d'autres experts d'une étude sur le marché du travail au cours du dernier quinquennat publiée en mars 2022.

Baisse du taux de chômage des 15–24 ans depuis 2017

2017 2019 2021
24,7% 21,4% 15,9%

Le taux d'emploi des jeunes au plus haut en 2022

La décrue du chômage des jeunes a été particulièrement forte au deuxième semestre 2021 : 128.000 jeunes chômeurs en moins en six mois, en particulier chez les jeunes femmes dont le taux de chômage a baissé de 12 points. Finalement en 2022, le taux d’emploi des jeunes de 15 à 24 ans est à son plus haut depuis plus de 20 ans et atteint 33,8% de cette population.

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Des subventions massives en faveur de l'emploi des jeunes

Ces résultats tiennent beaucoup à la mise en place du plan "1 jeune, 1 solution" en juillet 2020. Dans un contexte économique dégradé par la crise sanitaire, cet ensemble de dispositifs pour l’emploi des jeunes devait permettre de limiter la hausse du chômage parmi les quelque 750.000 jeunes sortant du système scolaire en septembre 2020. Tout devait être fait pour éviter le syndrome de la "génération Covid-19" ou "génération sacrifiée". Au total, près de dix milliards d’euros auront été consacrés en deux ans à ce plan jugé très coûteux par la Cour des comptes.

Une multitude de dispositifs pour aider les moins de 26 ans

Dans la panoplie des mesures mises en œuvre, le plan "1 jeune, 1 solution" proposait par exemple une aide aux entreprises de 4.000 euros à l’embauche de jeunes de moins de 26 ans en CDI ou CDD de plus de trois mois (AEJ) ; un accompagnement des jeunes diplômés bac+3, bac+5 à la recherche de leur premier emploi par l’Apec (ateliers 1er emploi) ou encore un accompagnement intensif des jeunes chômeurs par Pôle emploi (AIJ).

Beaucoup d'autres dispositifs déjà existants ont vu aussi leurs moyens renforcés comme le parcours Pacea (parcours contractualisé d'accompagnement vers l'emploi et l'autonomie) pour les publics jeunes plus éloignés de l'emploi. Si l'AEJ (aide à l'embauche de jeunes) s'est arrêtée dès le mois d'avril 2021, des dispositifs perdurent. Vous pouvez ainsi continuer de profiter de l'AIJ (accompagnement intensif jeunes) de Pôle emploi ou des ateliers "premier emploi" de l'Apec. Mais c'est sans doute l'aide à l'embauche d'apprentis qui a le plus contribué à la décrue du chômage des jeunes.

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Le rôle-clé des aides exceptionnelles à l'embauche d'alternants

"Cette dynamique favorable à l’emploi des jeunes est certainement due aux mesures prises concernant l’apprentissage", analysent en effet Eric Heyer et les experts de l’OFCE. L’apprentissage facilite l’insertion professionnelle des jeunes. En particulier ceux sortis précocement du système scolaire en leur permettant d’acquérir une qualification reconnue par un diplôme et une expérience professionnelle qui débouche souvent sur une embauche définitive. Ces généreuses aides à l'embauche d'alternants (5.000 euros pour un jeune de moins de 18 ans, 8.000 euros pour un jeune de plus de 18 ans) ont été plusieurs fois prolongées et demeurent en place jusqu'au 30 juin 2022.

Deux ans de records historiques d'entrées en apprentissage

Le montant de ces aides a dopé l'embauche de jeunes en alternance pour préparer un diplôme, un titre professionnel ou un certificat de qualification et ce jusqu'au niveau du master (bac+5). "Défiant la crise sanitaire, les entrées en apprentissage ont battu un record historique en 2020 (526.000 entrées), record pulvérisé en 2021 avec 718.000 nouveaux contrats", constatent les experts de l'OFCE qui concluent par un coup de chapeau : "Le gouvernement a réussi là où les autres ont échoué."

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Pour un million de jeunes en difficulté, le problème reste entier

Reste une ombre -et de taille- au tableau, la situation des près d'un million de jeunes de 16 à 29 ans qui ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation, les "NEET" ("Not in education, employment or training"). "Le problème de l’insertion des jeunes sortis prématurément du système scolaire sans diplôme ni qualification reste entier", constate l'OFCE. Pour eux, le gouvernement vient de lancer le 1er mars 2022 le CEJ (contrat engagement jeunes) fait de droits et de devoirs et qui vise à accompagner 400.000 jeunes cette année.

Objectif : reprendre rapidement une activité via la découverte de métiers, une formation qualifiante ou un emploi dans un secteur en tension. Mais pour ces jeunes non qualifiés, l'apprentissage n'aura été que rarement une solution : le nombre de jeunes sans diplôme entrant en apprentissage n'a progressé que de 5,9% quand le total des entrées a bondi de 63,7%. Autrement dit : l'apprentissage aura permis d'insérer dans l'emploi des jeunes qui n'ont guère de difficultés ! Et les aides très généreuses à l'embauche d'apprentis ont été quasiment sans effet pour les jeunes les plus en difficulté sur le marché du travail.

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