DOSSIER : BAC DE FRANÇAIS 2012 : LES SUJETS PROBABLES
- Bac de français 2012 : les sujets probables pour les séries générales
- Bac de français 2012 : les sujets probables pour les séries technologiques
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet probable de français (bacs généraux), dissertation sur la poésie
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet probable de français (bacs généraux), écriture d’invention sur l’argumentation
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet probable de français (bacs technologiques), commentaire sur le personnage de roman du XVIIe siècle à nos jours
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet de français (bacs généraux), dissertation sur le roman et ses personnages
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet de français (bacs généraux), commentaire sur une poésie
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet de français (bacs technologiques), l’écriture d’invention sur l’argumentation
- Bac 2012 : corrigé d’un sujet de français (bacs technologiques), le commentaire sur le roman et ses personnages
En fin de première, et pour toutes les séries, c’est l’épreuve du bac qui teste les connaissances littéraires et les capacités rédactionnelles des candidats. Le roman et ses personnages, la poésie, le théâtre, l’argumentation… quels sujets risquent de tomber au bac 2012 ? Nous avons établi des pronostics de sujets, en partie grâce aux réflexions de professeurs, dont certains vous proposent même des corrigés (plans détaillés) de sujets probables. Une aide précieuse pour organiser vos révisions, même si la meilleure façon de réussir votre bac reste, encore et toujours, de ne pas faire d’impasses !
Bac 2012 : corrigé d’un sujet probable de français (bacs généraux), écriture d’invention sur l’argumentation
Par Caroline Reys, professeur de français au lycée Ribeaupierre à Ribeauvillé (68).
| Objet d’étude : l’argumentation – convaincre, persuader et délibérer. Travail d’écriture : l’écriture d’invention. Le sujet "Parce qu’il cultive le goût désuet du canular, un Lorrain vient de vivre une aventure peu commune… Désirant participer pour rire aux Poésiades 87, organisées par l’Institut académique de Paris, Alain Mangin a ouvert Les Fleurs du mal de Baudelaire et a tout simplement recopié, sous son titre original Obsession, un sonnet de la suite Spleen et idéal (n° 80), sans changer un mot ni une virgule. Persuadé que la ficelle était trop grosse pour échapper à la vigilance du jury, il a été fort surpris de recevoir un courrier l’avisant que la médaille de bronze des Poésiades avait été attribuée à son “œuvre”. Curieux de voir jusqu’où irait la supercherie, il a craint que la lecture publique de “son” poème devant un aréopage de fins lettrés ne soulève des réactions d’indignation. Mais personne ne fronça les sourcils. On applaudit Baudelaire et on encouragea le lauréat : “Bravo, vous avez du style. Continuez !” Alain Mangin est allé se confesser, preuves à l’appui, chez notre confrère L’Est républicain. Il était à la fois amusé et un peu triste pour Baudelaire […]."
Article de Jean Lozi, publié dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, du 18 décembre 1987.Après avoir pris connaissance de ce canular, vous décidez d’adresser au président du jury des Poésiades 87 une lettre dans laquelle vous exprimerez les sentiments que cette méprise a suscités en vous. Vous évoquerez par ailleurs les caractéristiques poétiques de ce sonnet qui auraient dû éveiller les soupçons du jury.
Obsession Grands bois, vous m'effrayez comme des cathédrales ; Vous hurlez comme l'orgue ; et dans nos cœurs maudits, Chambres d'éternel deuil où vibrent de vieux râles, Répondent les échos de vos de profundis. Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes, Mon esprit les retrouve en lui ; ce rire amer De l'homme vaincu, plein de sanglots et d'insultes, Je l'entends dans le rire énorme de la mer Comme tu me plairais, ô nuit ! sans ces étoiles Dont la lumière parle un langage connu ! Car je cherche le vide, et le noir, et le nu ! Mais les ténèbres sont elles-mêmes des toiles Où vivent, jaillissant de mon œil par milliers, Des êtres disparus aux regards familiers. |
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La correction
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| Quelques conseils préalables |
– date et lieu d’émission de la lettre (à inventer, mais il faut tenir compte de la date de parution de l’article : décembre 1987 ! --> votre proposition doit se situer peu après cette date, mais surtout pas à notre époque, ce qui exclut toute allusion à des moyens d’investigation contemporains, comme l’Internet…
– formule d’appel et formule de politesse finale ;
– signature, illisible ou inventée : attention à ne surtout pas écrire son vrai nom, sous peine de disqualification le jour de l’épreuve !
– disposition spécifique de la lettre (paragraphes clairs, alinéas, formule d'appel à centrer, etc.) ;
– identification claire de l’énonciation : le destinataire est le président du jury des Poésiades, personnalité à laquelle on s’adresse avec respect, en la vouvoyant, et dans des propos soutenus. L’expéditeur (qui s’exprime à la 1re personne) doit signaler au moins 2 de ses caractéristiques : c’est un(e) lycéen(ne) qui connaît et reconnaît Baudelaire.
Sur le contenu
Le sujet suppose 2 types de contenus, très différents :
Il faudrait notamment souligner le fait que l’inventeur de la poésie moderne n’a été gratifié que d’un 3e prix ! L’évaluation tiendra compte de la maîtrise des niveaux de langue, de la capacité du candidat à se montrer ironique, blessant, tout en gardant une distance respectueuse avec le destinataire. Le registre de cette lettre sera polémique, voire épidictique, il faut donc maîtriser les procédés caractéristiques de ces registres.
Toutefois ce type de sujet suppose aussi une liberté telle qu’on ne sanctionnerait pas un candidat qui féliciterait le jury d’avoir "rabaissé" le poète maudit à la place qu’il mérite, c’est-à-dire, derrière 2 œuvres qui caractérisent vraiment notre époque et sa langue, entérinant ainsi le déclin d’un écrivain que les professeurs de lettres s’évertuent à faire passer pour "génial"… Il faudrait dans ce cas maintenir le même dédain dans l’analyse du sonnet.
L’évocation de ces éléments aurait dû susciter un rapprochement avec le théoricien de L’Art romantique que fut Baudelaire (1868), d’autant plus que le poète exprime clairement cette harmonie ([…] dans nos cœurs […] / Répondent les échos de vos de profundis […] ; tes bonds et tes tumultes, / Mon esprit les retrouve en lui). De même, l’énonciation de ce sonnet, dans lequel le poète s’adresse directement aux éléments naturels, rappelle une écriture romantique.
– quête obsessionnelle : Car je cherche le vide, et le noir, et le nu ;
– obsessions auditives : vous hurlez […] rire amer / De l’homme vaincu […] rire énorme de la mer ;
– phobie obsessionnelle : vous m’effrayez […] Je te hais Océan !
| Proposition de copie |
| Victor Napator Lycée du Port rue du Crépuscule 10000 Troyes Troyes, le 20 décembre 1987 Monsieur le président, C’est particulièrement ému que je me décide à vous écrire, tant mon statut de lycéen m’éloigne a priori des sphères intellectuelles dans lesquelles vous vous distinguez… Cependant, la publication dans la presse du canular dont votre institution a été l’objet me pousse à vous délivrer ce que j’ai sur le cœur… Comment avez-vous pu vous faire ainsi berner par un plaisantin ? Quelles œillères ont aveuglé votre perspicacité ? Quel Morphée moderne a endormi votre vigilance ? S’agit-il de la vieillesse ? De la paresse ? Votre jury est-il atteint de sénilité précoce, ou, pire, d’incompétence ?
Ne poussez pas ces cris d’orfraie, monsieur le président, les crimes de lèse-majesté n’ont plus cours aujourd’hui ; laissez plutôt le jeune lycéen que je suis vous montrer combien il était aisé de reconnaître la patte de maître Charles dans ce sombre bijou… L’auteur de L’Art romantique montre bien ici l’influence de ses pairs et maîtres : la forêt témoin de ses émois est la même que celle qui abrite la douleur de Lamartine ; l’Océan déchaîne en lui les mêmes tumultes que dans l’âme de Victor Hugo ou dans celle de Chateaubriand. La nuit étoilée l’inspire autant qu’elle a fait chanter Vigny, sauf qu’il la préfère noire, vide et sans étoiles, une nuit spleenétique, à l’image de son obsession. En effet, toutes les névroses de Baudelaire sont ici condensées : sa phobie des grands espaces (forêt, Océan), ses désordres sensitifs manifestés par les hurlements et le rire énorme de la mer… et enfin, la vanité de sa quête qui le conduira "anywhere out of the world", aux rivages de la mort, dans ces "Chambres d’éternel deuil ou vibrent de vieux râles"…
Et puis, comment ne pas penser à l’auteur des Fleurs du mal en découvrant ce chapelet d’adjectifs récurrents dans sa poésie : maudit, éternel, vieux, amer, vaincu, noir, vide, nu… Comment ne pas retrouver dans ce poème le sombre écho de Correspondances appelant l’attention du lecteur sur les regards familiers qui nous observent, sur ces signes "Dont la lumière nous parle un langage connu"… N’aviez-vous pas reconnu cette magnifique synesthésie, emblématique de la modernité baudelairienne ?… Tant d’indices auraient dû éveiller vos soupçons et vous inspirer une prudente méfiance à l’égard de l’œuvre qu’on a soumise à votre sagacité… Mais non ! Les ténèbres du dernier tercet n’ont pas eu sur vos yeux l’effet du jaillissement créateur révélé par Baudelaire, et vous n’y avez pas reconnu l’annonce du poète-voyant précurseur de Rimbaud… Sans doute votre jury a-t-il été aveuglé par les feux des lustres centenaires figés au-dessus de vos chefs délavés, dégarnis et diminués… Sans doute la flamme noire qui embrase nos cœurs de lycéens nous révèle-t-elle la poésie de Baudelaire comme à travers un miroir sans tain. À 17 ans, nos cœurs sont maudits comme le sien et nous sommes nous aussi pleins de sanglots et d’insultes, alors que vous consacrez votre oisiveté à décerner des lauriers de pacotille à des taquineurs de muse que la postérité aura oubliés après-demain… Et quant au bronze dont vous avez gratifié ce poème aurifère, il résonne comme celui de La Cloche fêlée : […] lorsqu'en ses ennuis Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits, II arrive souvent que sa voix affaiblie Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts. Mais rassurez-vous, monsieur le président, vous n’avez pas tué Baudelaire, vous ne l’avez ni enterré, ni embaumé, au contraire, votre ridicule méprise l’a juste fait descendre de son trône parnassien, et vous pourriez même vous vanter d’avoir décoché un sourire au fantôme de cet artiste trismégiste qui a modelé la boue parisienne pour en faire de l’or. Il ne me reste plus beaucoup de respect à joindre à mes salutations, mais je vous adresse, monsieur le président, un dernier conseil bienveillant : avant de vous effondrer en pleurant, n’oubliez pas de verser sur votre mouchoir un peu d’huile essentielle de Fleurs du mal : même votre morve aura du style… Victor Napator |







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