1. À quoi mène vraiment Sciences po
Décryptage

À quoi mène vraiment Sciences po

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Entrée de Sciences po Paris. // © Camille Stromboni
Entrée de Sciences po Paris. // © Camille Stromboni

Chef d’entreprise, chanteur, journaliste, homme politique, avocat ou même… plombier, toutes les professions sont envisageables après un IEP. Mais la carrière est-elle bien à la hauteur des espérances ?

Avec un diplôme d'IEP, non seulement vous serez à l'abri du chômage, mais vous gagnerez plus qu'en sortant d'une grande école de commerce ou d'une école d'ingénieurs. Du moins, c'est ce qu'affirme Sciences po dans son communiqué à propos de l'enquête 2014 sur l'insertion professionnelle de ses diplômés de 2012. "Malgré une conjoncture économique difficile, le diplôme de Sciences po apparaît comme un atout fort pour accéder rapidement au marché de l'emploi. La salaire brut annuel moyen, quinze mois après l'obtention du diplôme, passe de 40,7 k€ en 2012 à 43,9 k€ en 2013. À titre de comparaison, elle est de 37 k€, primes incluses, pour les diplômés relevant de la Conférence des grandes écoles." Info ou intox ?

Des domaines d'exercice nombreux

Difficile de savoir, tant les débouchés à la sortie des IEP sont variés. On peut être chanteur (Léo Ferré), humoriste (Anne Roumanoff), couturier (Christian Dior), écrivain (Frédéric Beigbeder), avocat (Serge Klarsfeld), patron de presse (Matthieu Pigasse), chef d'entreprise (Guillaume Pepy) ou encore ministre (Emmanuel Macron, Najat Vallaud-Belkacem...) ou président de la République (François Hollande).

Si l'on regarde en détail la situation actuelle des diplômés sortis de Sciences po Paris en 2012 : 65 % travaillent dans le secteur privé, 28 % dans le secteur public et 7 % dans une organisation internationale ou au sein des institutions européennes.

Les quatre domaines d'exercice les plus représentés sont le conseil, le marketing et la communication ; la finance, la comptabilité et la gestion administrative ; les relations internationales ; et la sécurité. Les secteurs de l'audit-conseil, de l'administration publique et de l'industrie-énergie-transport regroupent respectivement 19 %, 18 % et 10 % des emplois. Si l'on ajoute les secteurs banque-finance-assurance et commerce-distribution, on couvre 60 % des débouchés.

À l'inverse – et ce n'est pas une surprise –, la presse, les médias et l'édition, naguère très appréciés par les jeunes diplômés de Sciences po, ont du plomb dans l'aile, et n'embauchaient plus, en 2014, que 6 % de la promotion 2012, contre 10 % l'année précédente.

Un emploi quasi assuré

"Les IEP forment aux métiers dont rêvent nos étudiants. C'est le plus important, préfère souligner Pierre Mathiot, directeur de Sciences po Lille. Et nous sommes heureux de voir que la grande majorité de nos diplômés sont en emploi six mois après la sortie de l'IEP, même si ce sont parfois des emplois précaires et des CDD [contrats à durée déterminée, NDLR]". Ce dernier tient aussi à préciser que 25 % de ses étudiants choisissent une poursuite d'études afin d'optimiser leurs chances de décrocher justement le métier de leurs rêves. Comme celui de journaliste, avec des carrières similaires à celles de David Abiker (Paris 1991, section éco-finances) ou Anne Sinclair (Paris 1972, section politique et social).

Ils ont fait Sciences po Paris

Emmanuel Macron // © Ministère de l'Économie, de l'Industrie et du NumériqueEmmanuel Macron, promo 2001, ministre de l'Économie Najat Vallaud-Belkacem - Education nationale - ©Yves Malenfer/MatignonNajat Vallaud-Belkacem, promo 2000, ministre de l'Éducation nationale Jean-Claude Trichet // © European Central BankJean-Claude Trichet, promo 1966, ex-directeur de la Banque centrale européenne
- Anne Roumanoff, promo 1986, humoriste
- Frédéric Beigbedder, promo 1986, écrivain
- Ingrid Betancourt, anceienne députée et sénatrice colombienne
- Hélène Carrère-d'Encausse, historienne, membre de l'Académie française
- Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce
- Simone Veil, ancienne ministre, ancienne membre du Conseil constitutionnel et membre de l'Académie française
- Matthieu Pigasse, homme d'affaires
Et d'autres anciens à découvrir sur le site de Sciences po Paris.

Une multiplication des parcours

Raphaël Brosse, lui, n'est qu'en troisième année à Sciences po Toulouse, mais il envisage déjà très sérieusement de cumuler deux masters. "Mon aventure ‘iepienne’ terminée, je vais tenter d'intégrer une école de journalisme reconnue par la profession, explique-t-il. Certes, le diplôme de Sciences po se suffit à lui-même, mais je préfère renforcer mon expérience dans le domaine du journalisme."

À Paris, chaque année, ce sont environ 22 % des jeunes diplômés qui poursuivent leurs études, surtout ceux issus de l'école de droit ou du master affaires publiques. Leur objectif est généralement de faire carrière dans les grands corps de l'État, à l'instar d'un Jean-Claude Trichet ou d'un Jean-Pierre Jouyet, tous deux passés par l'ENA (École nationale d'administration) après leur scolarité dans les murs de la rue Saint-Guillaume.

Mais les étudiants ne se contentent pas de multiplier les parcours, ils aiment aussi à rebattre les cartes. Ainsi le master affaires publiques ne prépare plus seulement à des carrières dans la fonction publique. Beaucoup de diplômés de cette dominante deviennent consultants juniors dans des cabinets généralistes. On les retrouve aussi dans des cabinets d'avocats spécialisés en droit public, dans la banque, dans les grandes entreprises industrielles ou de services.

Sciences Po Paris a beau multiplier la création d'écoles professionnelles ces dernières années pour réunir ses masters de manière cohérente (une école de journalisme, une école de la communication, une école des affaires internationales, une école de droit et, pour 2016, une école des affaires publiques, une école des affaires urbaines et une école des métiers de l'entreprise), les étudiants semblent vouloir avoir leur dernier mot.

Vers une sortie d'études à bac+3 ?

Face à de telles stratégies, Sciences po Paris réfléchit de nouveau à une sortie d'études possible à bac+3. "Nous souhaitons qu'il y ait une distinction nette entre la formation de premier cycle – notre Collège universitaire – et celle de master, explique Frédéric Mion, directeur de Sciences po Paris. Nous voulons faire de notre Collège un ensemble autonome, autoportant et autosuffisant, qui permette la poursuite d'études à Sciences po, mais aussi en dehors de Sciences po, ou encore une insertion professionnelle directe éventuellement suivie d'une reprise d'études plus tard. Cette structure d'études élèvera Sciences po au meilleur niveau international, car le Bachelor en trois ans après le bac est reconnu partout dans le monde."

Une prise de position qui n'enthousiasme pas ses homologues. "Les IEP se sont battus pour faire passer à cinq ans la durée des études, rappelle Pierre Mathiot. Nous laisserons le nôtre à bac+5, au niveau du master, car nos étudiants n'ont aucun intérêt à ce que nous organisions une sortie définitive du cursus au bout de trois ans. Le diplôme risquerait de s'en trouver dévalorisé."

Il est vrai que le grand chantier de ces dernières années, pour tous les IEP, emmenés sur ce terrain par Sciences Po Paris, fut de bâtir le cycle de master, professionnalisant et menant à l'emploi. Difficile de faire marche arrière en si peu de temps...

Une fourchette de salaires très large

Et côté salaires alors ? La comparaison avec les grandes écoles est-elle logique ? "Mieux vaut résister à la tentation de raconter des choses très sympas sur les niveaux de rémunération en calculant uniquement le salaire moyen d'embauche de nos diplômés, analyse Pierre Mathiot. Il est préférable d'assumer la diversité très forte des débouchés et la fourchette de rémunérations forcément très large à la sortie de notre école. Nos diplômés vont dans tous les secteurs, rémunérateurs ou non, du journalisme à la banque de marché, en passant par l'humanitaire, les ressources humaines et la communication. Nous préférons donner des exemples de ces premiers emplois, pour lesquels les salaires vont de... 800 à 4.000 € par mois."

Ce n'est pas ce jeune diplômé de Sciences po qui dira le contraire. En effet, bien que voulant rester anonyme, il a fait la une des médias, au début de l'année 2014, car il reprenait ses études pour devenir... plombier.
  

À chaque IEP de région sa couleur professionnelle
• Aix-en-Provence : monde arabe, affaires internationales.
• Bordeaux : préparation aux concours de la fonction publique, coopération internationale et développement./Grenoble : direction de projets culturels, politiques, publics, institutions européennes.
• Lille : carrières européennes et internationales, management des institutions culturelles, journalisme./Lyon : relations internationales (aires culturelles par zones du globe), management du service public.
• Rennes : collectivités territoriales, santé publique, management de la presse écrite, aménagement urbain./Saint-Germain-en-Laye : politique de la ville, gouvernance des territoires.
• Strasbourg : Europe, finance.
• Toulouse : politique, discrimination, genre, sécurité et gestion des risques.

Préparer l'examen d'entrée à sciences Po // (c)POUR ALLER PLUS LOIN
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"Préparer l'examen d'entrée à Sciences po : cahier d'exercices", par Éric Cobast.