A quoi mènent vraiment les Sciences po ?

Par Agnès Millet, publié le 30 Mars 2021
8 min

Si les IEP (Instituts d'études politiques) font encore rêver les candidats, il n’est pas toujours facile de cerner leurs débouchés professionnels… Et c’est bien leur atout : pluridisciplinaires, ils ouvrent des portes multiples. Trouve-t-on toujours facilement un emploi ? Dans quel secteur ? Quelles sont les dernières tendances d’insertion ? Suivez le guide.

Entrepreneur, romancier, magistrat, diplomate, journaliste… Quel type d’établissements permet d’accéder à tous ces métiers ? Les IEP ! Si l’accès est sélectif, après cinq ans de formation dans l’un des dix IEP, votre diplôme vous ouvrira des débouchés larges et, peut-être, une carrière prestigieuse.

Mais il faut faire le tri entre la réalité et des fantasmes : à quoi mènent vraiment les Sciences po ?

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Des carrières prestigieuses possibles

Avec Sciences po, tous les débouchés sont ouverts y compris dans des secteurs qui font rêver… On peut être écrivain comme Emmanuel Carrère, chanteuse telle que Camille, couturier comme Christian Dior mais aussi avocat (Serge Klarsfeld), journaliste (Anne-Sophie Lapix et Martin Weill) ou encore chef d'entreprise (Agathe Bousquet, Publicis France).

Sciences po ouvre aussi l'accès au sommet de l’État comme le président de la République (Emmanuel Macron) ou la présidente de Géorgie (Salomé Zourabichvili)… ou encore femme de président (Bernadette Chirac) et même princesse (Caroline de Monaco) !

Alors oui, ce who’s who est riche, mais dans cette grande variété, des tendances se dessinent, plus près du quotidien des autres alumni

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Une insertion professionnelle presque assurée et rapide

Première chose : les employeurs sont friands des diplômés des IEP et les taux d’insertion professionnelle sont rassurants. Ainsi, 86% des diplômés 2018 de Sciences po Paris avaient trouvé leur premier emploi moins de six mois après leur diplôme.

"On trouve très aisément un emploi après Sciences po", confirme Jean-Philippe Heurtin, directeur de Sciences po Strasbourg. Et il n’est pas rare de le décrocher avant même la fin de ses études, comme à Lille où c'est le cas de 41% de la promo 2018, selon une enquête réalisée 18 mois après l'obtention du diplôme. Le stage reste un tremplin efficace.

Les diplômés ne commencent pas tous par un CDI qui représente souvent moins de 50% des premières embauches. Mais une majorité trouve un emploi stable. A Sciences po Bordeaux, 47% des diplômés de 2017 ont un CDI, 11% sont fonctionnaires et 3% sont en professions libérales.

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Le secteur privé a la cote

"Traditionnellement, les IEP ont préparé à des carrières dans la haute administration, la politique ou le parapolitique. Mais cela a énormément changé et la très grande diversité des débouchés professionnels est frappante", s’exclame Jean-Philippe Heurtin.

Selon lui, le fait que les cursus aient été rebâtis pour passer à cinq ans explique en partie le phénomène. "Nous avons créé beaucoup de masters, qui dessinent des branches professionnelles très diverses".

Le constat qui s’impose, c’est que les carrières publiques ont reculé dans de nombreux IEP. A Paris, c’est même 66% des diplômés 2018 qui travaillent dans le secteur privé.

Des spécificités selon les IEP

Si "d'un point de vue global le panel des débouchés des IEP est commun", les spécialisations de 2e cycle dessinent tout de même des tendances selon l’IEP, estime Nelly Couderc, directrice adjointe du développement, de la communication et de la vie étudiante et responsable carrières et partenariats de l’IEP de Bordeaux.

A Bordeaux, des parcours dans l’économie sociale et solidaire sont proposés et 20% des diplômés 2017 travaillent en association ou en ONG. À Toulouse, vous trouverez un parcours en gestion des risques et lutte contre la discrimination, quand Strasbourg est historiquement tourné vers la finance et l’Europe. De son côté, Lille est réputé pour son partenariat en journalisme avec l’École supérieure de journalisme (ESJ Lille).

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Des débuts de carrière qui se dessinent pendant le cursus

Mais vous n’avez pas à faire votre choix dès votre première année ! Ces décisions sont le fruit de plusieurs années de réflexion. "Nos étudiants sont très jeunes quand ils arrivent et ils n’ont pas d’idée de métier très précise", rappelle Jean-Philippe Heurtin.

"J’ai choisi Science po parce que, justement, je ne voulais pas forcément entrer dans quelque chose de spécialisé juste après mon bac. En IEP, on explore différents champs disciplinaires", confirme ainsi Romain Renard, diplômé du master finance et stratégie de Sciences po Paris en 2018.

Et c’est progressivement que vous vous choisirez votre voie, via vos stages, vos séjours à l’international… Les IEP proposent aussi un accompagnement pour affiner et concrétiser votre projet : atelier CV, recherche de stage, préparation aux entretiens… de quoi vous rassurer.

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Des débouchés dans toutes les structures

Grands groupes, PME, TPE… les diplômés d'IEP se retrouvent dans différentes structures. Encore rares, les créateurs d’entreprise sont également accompagnés, comme Romain Renard qui avait cette idée en tête dès le début de ses études.

"Pendant mon année de césure, j’ai travaillé dans la banque d’affaires et un fond d’investissement, en lien avec mon master. J’ai énormément appris et c’est fondamental pour savoir ce que l’on veut pour la suite… Je suis donc revenu à mon envie de monter ma boite".

Un début de carrière à l’international prend aussi parfois ses racines dans les choix de parcours, via notamment un double diplôme. Les diplômés de Sciences po Paris sont 37% à commencer leur vie professionnelle à l’international. Ils sont 32% à Bordeaux, notamment en lien avec un master tourné vers l’Afrique, et 20% à Strasbourg. Et ces pourcentages augmentent !

Des salaires confortables

Côté rémunération, pas de mauvaise surprise. Les IEP affichent des moyennes parmi les plus séduisantes de l’enseignement supérieur. Comme souvent, Paris caracole en tête, avec une rémunération brute annuelle moyenne de 39.172 €. Soit un chiffre plus élevé que la moyenne des grandes écoles de management (36.746 €) !

Les autres IEP n’ont pas à rougir avec 35.000 € pour les diplômés lillois 2018, un an et demi après leur diplôme.

La poursuite d’études, une possibilité

Phénomène non négligeable, vous ferez peut-être partie des diplômés qui préfèrent poursuivent leur études. A Bordeaux, ils étaient 20% parmi les diplômés 2017. "Sciences po est généraliste. Cela permet de toucher à tout mais cela ne donne pas de spécificités pointues", résume Romain Renard.

Pour le directeur de Sciences po Strasbourg, "il n’est pas invraisemblable que certains continuent alors que de plus en plus de métiers demandent une hyper spécialisation", que ce soit en droit, en management ou dans d'autres domaines.

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