1. Métiers de l’agriculture : la vraie vie côté champs

Métiers de l’agriculture : la vraie vie côté champs

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Envie de travailler au grand air, au contact de la nature et des animaux et d'avoir l'espoir de devenir rapidement votre propre patron ? L'agriculture propose aujourd'hui un large éventail de professions à même de répondre à vos aspirations, sous réserve d'être diplômé et motivé. Rencontre avec des jeunes pros qui ont choisi cette voie malgré les réticences de leurs parents et qui ne le regrettent pas.

Devinette : je suis un secteur économique dans lequel la France est championne d’Europe, j’offre des métiers variés et je recrute à tous les niveaux de diplômes, je suis… l’agriculture ! À eux seuls, les agriculteurs français assurent 18 % de la production agricole de l'Union européenne, suivis par les agriculteurs allemands et italiens. Avec l’agroalimentaire, l’agriculture est l’un des rares secteurs économiques dans lesquels la France vend davantage à l’étranger qu’elle n’achète.


La plus étonnante particularité du secteur de l’agriculture, c’est que la majorité de ses professionnels sont … des chefs d’entreprise ! Si 770.000 personnes travaillent dans le monde agricole français, plus de 500.000 sont exploitants ou chefs d’exploitations agricoles. Les salariés d’exploitations agricoles ou de sociétés de services dédiées aux agriculteurs ne représentent donc qu’un tiers des professionnels du secteur. “Cependant leur nombre augmente, alors que les exploitants sont moins nombreux, précise Patrick Guès, de l’Union nationale des Maisons familiales et rurales. Et beaucoup de jeunes choisissent d’être salariés sur une exploitation avant de s’installer.

Un diplôme, sinon rien
Aujourd’hui il n’est plus vraiment possible d’envisager de faire carrière dans le secteur de l’agriculture sans qualification adaptée. Les diplômes les plus indiqués sont ceux de l’enseignement agricole, qui dépendent du ministère de l’Agriculture, et offrent des parcours de formation complets, du CAP au diplôme d’ingénieur. Ces diplômes sont dispensés dans des établissements publics ou privés, en formation initiale ou continue, sous statut scolaire ou en alternance, comme dans les MFR (maisons familiales rurales).

Diplôme en poche, l’éventail de professions est très large : les métiers de l’agriculture bien sûr, mais aussi les métiers de l’agroalimentaire et de l'alimentation, les métiers de l'environnement, les métiers du paysage, ou encore ceux de la médecine vétérinaire... Pour s’installer et créer ou reprendre une exploitation, tout en bénéficiant des aides à l’installation distribuées par l’Etat et l’Europe, il faut avoir au minimum le bac professionnel conduite et gestion de l’exploitation agricole ou un BTSA (brevet de technicien supérieur agricole), qui seront complété par un stage d’installation de deux semaines environ. Ces diplômes permettent aussi de travailler comme chef de culture, par exemple, en tant que salarié.

À bac+2, le BTSA ACSE (analyse et conduite de systèmes d’exploitation) est le diplôme le plus polyvalent puisqu’il permet d’approfondir un certain nombre de compétences en gestion mais aussi en zootechnie, techniques de productions, etc. Après ce BTS, accessible même après un bac général sous réserve d’obtenir une dérogation, il est possible de s’installer ou de travailler comme technicien dans des organismes de contrôle, comme assistant vétérinaire, chef de culture. La poursuite d’études est moins courante, même s’il existe de nombreuses licences professionnelles agricoles, pour se spécialiser dans un domaine de production ou dans une fonction support (vente, analyses, gestion, etc.).

Enfin, les écoles d’ingénieurs en agronomie proposent des diplômes d’ingénieurs (niveau bac+5), qui permettent là-encore de nombreux débouchés dans l’agroalimentaire, l’agriculture, le conseil.
 
Un secteur qui recrute
D’après le baromètre réalisé par IFOP pour la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) en mars 2012 (*), 53 %  des exploitants jugeaient leur situation économique “acceptable”, et moins d’un sur trois déclarait avoir connu pendant l’hiver des difficultés assez ou très importantes, soit le taux le plus bas depuis le premier baromètre créé il y a 4 ans.

Cet optimisme explique sans doute que le nombre de recrutement a augmenté ces derniers mois, en CDD comme en CDI. Ainsi 12 % des exploitants ont embauché durant l’hiver 2011. En particulier, 7 % des maraîchers et des viticulteurs ont recruté au moins un salarié en CDI. Les secteurs qui embauchent le plus : l’arboriculture, la viticulture, le maraîchage, l’horticulture. Les intentions d’embauche étaient également très optimistes pour le printemps. Fait notable : 2 % des exploitants qui travaillent seuls ont prévu de recruter leur premier salarié au printemps.
 
Halte aux idées reçues : le métier change !
Beaucoup de clichés circulent sur les métiers de l’agriculture : ils seraient difficiles, exclusivement manuels, mal payés, fermés aux filles… Pourtant, les agriculteurs d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec les paysans d’antan. “Le métier s’est intellectualisé” résume Patrick Guès. Les agriculteurs d’aujourd’hui sont des chefs d’entreprise, qui doivent avoir toutes les compétences nécessaires en gestion, mais aussi être capable de maîtriser nombre d’aspects techniques complexes, liés notamment aux normes alimentaires et environnementales.

Côté revenus, les situations les plus diverses se côtoient et il est difficile de donner des chiffres moyens : les salaires du personnel salarié, tout niveaux de diplômes confondus, restent assez peu élevés (1.200 à 1.500 € net à l’embauche), mais certains chefs d’exploitation gagnent très bien leur vie, notamment dans la production céréalière.

La perception du métier enfin, a elle aussi beaucoup changé, notamment parce que les jeunes qui se lancent dans ces métiers l’ont choisi, alors que les plus anciens y étaient contraints, pour reprendre la ferme familiale. Les filles sont également plus nombreuses : 20 % des agriculteurs nouvellement installés sont des agricultrices.


Reste un problème : le financement de l’installation. Même si la plupart des jeunes qui s’installent reprennent des fermes déjà existantes, cette reprise a un coût, qui se chiffre en plusieurs centaines de milliers d’euros… Pas évident de convaincre une banque de prêter 300.000 ou 400.000 € à un jeune de 25 ans. “Le problème du financement ne concerne pas que l’agriculture, souligne toutefois Patrick Guès. Un jeune diplômé du même âge qui veut faire financer son projet de start-up rencontrera les mêmes difficultés”.

Mais à entendre les témoignages de ceux qui se sont lancés, le jeu en vaut la chandelle. Certes, il ne faut pas compter ses heures, ni craindre les efforts physiques, le froid ou la vie au grand air… Mais être son propre patron n’a pas de prix aux yeux de la plupart des jeunes agriculteurs, qui n’échangeraient certainement pas leur place contre une autre dans un bureau ou à l’usine !

(*) Source : 11e édition du baromètre de conjoncture agricole FNSEA-IFOP.
 
Les différents secteurs de l’agriculture

Une exploitation sur quatre est dédiée à la production céréalière. Viennent ensuite les exploitations “polyculturelles” (culture et élevage) puis l'élevage bovin laitier. Mais le secteur ne se limite évidemment pas à ces trois domaines de production : il faut compter aussi avec le maraîchage, la viticulture, l’élevage, l’arboriculture, l’horticulture…

Des sites pour en savoir plus
- Educagri : le site d’information sur l’enseignement agricole public.
- L’ANEFA (Association nationale pour l’emploi et la formation en agriculture).
- Les MFR : le site de l’Union nationale des maisons familiales rurales.
- La France agricole : le magazine de référence du monde de l’agriculture.
 
Sandrine Chesnel
Juin 201
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Sommaire du dossier
Guillaume, 26 ans, agriculteur : “Ce que j’aime dans mon métier ? La liberté !” Chloé, 25 ans, cavalière d’entraînement : “C’est un métier de passion, mais très physique” Cédric, 27 ans, conseiller en gestion agricole : “60 % de mon temps derrière l'ordinateur, 40 % chez les exploitants”