Décryptage

Erasmus, stages à l'étranger : pourquoi la mobilité internationale est obligatoire en école d'ingénieurs ?

La plupart des départs à l'étranger se réalisent en deuxième ou troisième année de cycle ingénieur.
La plupart des départs à l'étranger se réalisent en deuxième ou troisième année de cycle ingénieur. © Adobe Stock/Rudzhan
Par Pauline Bluteau, publié le 09 février 2023
7 min

Depuis 2022, tous les étudiants en école d'ingénieurs doivent obligatoirement partir quatre mois à l'étranger. Simple rite de passage ou véritable plus-value, la mobilité internationale est devenue incontournable.

Pour Axel, 23 ans et étudiant-apprenti en dernière année à l'école 3IL de Limoges (87), effectuer ses études à l'étranger n'a rien d'une contrainte. Le futur ingénieur revient d'un séjour de quatre mois à Chicoutimi dans la province de Québec, au Canada.

Pour lui, ce départ à l'étranger était surtout une belle opportunité de "sortir de sa zone de confort, se créer des contacts et d'avoir un autre point de vue sur la pédagogie". Alors, la mobilité internationale est-elle vraiment devenue une condition sine qua non pour devenir un bon ingénieur ?

Minimum quatre mois à l'étranger

Axel est loin d'être une exception : en école d'ingénieurs, partir à l'étranger est incontournable. La plupart des départs se réalisent en deuxième ou troisième année de cycle ingénieur.
"Cette mobilité est parfois vécue comme une contrainte, pour d'autres, il s'agit d'un défi, voire d'un plaisir, souligne Alexis Michel, président de la commission Internationale et développement à la CDEFI (conférence des directeurs des écoles françaises d'ingénieurs). Mais c'est important que n'importe quel ingénieur puisse effectuer une mobilité plus ou moins longue [pendant son cursus]."
En 2022, la CTI (Commission des titres d'ingénieurs) est allée un cran plus loin en rendant les départs à l'étranger définitivement obligatoires. Qu'il s'agisse de mobilités académiques (au sein d'un établissement étranger) ou de stages (dans une entreprise, une institution, une association, en laboratoire…), les étudiants doivent partir au minimum un semestre, soit entre 17 et 20 semaines. Les apprentis doivent quant à eux réaliser une mobilité d'"au moins un trimestre", soit 9 à 12 semaines à l'étranger.
Des recommandations qui étaient dans l'ensemble plutôt respectées par les écoles d'ingénieurs : en 2021, les étudiants devaient effectuer en moyenne quatre mois et demi d'études ou de stage à l'étranger au minimum, contre deux mois et demi pour les apprentis.

Découvrir d'autres façons de travailler

De l'autre côté de la frontière ou à des milliers de kilomètres, toutes les destinations sont envisageables. Chiara, 21 ans, en deuxième année de cycle ingénieur à l'Isara (Institut supérieur d'agriculture Rhône-Alpes), à Lyon (69), a choisi de s'installer à Budapest, en Hongrie.

L'étudiante vit ses quatre mois d'expatriation comme une évidence. "Je pense qu'effectuer une mobilité, c'est indispensable pour tout le monde, pas uniquement pour les élèves-ingénieurs. On côtoie des personnes qui n'ont pas la même culture, on apprend une nouvelle langue, on gagne en indépendance et en maturité…Tout cela n'a fait que confirmer ma volonté de partir à l'étranger une fois diplômée", confie-t-elle.

"Nos étudiants doivent acquérir une culture internationale"

Contrairement aux idées reçues, ce n'est donc pas uniquement pour devenir bilingue que les mobilités sont obligatoires. Jusqu'à présent, seules quatre semaines à l'étranger étaient imposées aux futurs data scientists de l'ENSAI (école nationale de statistique et analyse de l'information), à Bruz (35), alors même que la plupart des cours pouvaient être suivis en anglais.

"On se rend bien compte que l'anglais ne suffit pas. Les entreprises réfléchissent à un niveau international, on doit donc s'adapter au marché, explique Todd Donahue, responsable des relations internationales. Nos étudiants doivent acquérir une culture internationale pour développer des compétences transversales, aborder les projets d'une manière différente…"
C'est d'ailleurs ce que retient Axel. "Au Canada, j'ai pu aussi m'intéresser davantage à la finance, au management. C'est très enrichissant sur le plan professionnel comme personnel."

Adapter les mobilités au changement climatique

Mais à l'heure où de plus en plus d'étudiants s'inquiètent du changement climatique, comment concilier expérience à l'international et valeurs écologiques ?
"La crise climatique ouvre un dialogue pédagogique intéressant, admet Alexis Michel à la CDEFI. Il y a un travail en cours pour proposer des solutions : privilégier l'Europe pour favoriser les trajets en train, réaliser des mobilités plus longues, supprimer des partenariats… Ca devient une priorité."
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la CDEFI revisite la mobilité : "La crise sanitaire nous a déjà obligés à repenser nos mobilités en proposant une internationalisant à distance".

"J'aurais pu prendre le bateau, mais il faut se le permettre financièrement"

L'ENSAI, qui a déjà commencé à orienter ses mobilités vers l'Europe, prend également en compte les freins de la mobilité verte, notamment la question du coût pour les étudiants. "On fait en sorte que les mobilités soient accessibles à tous, c'est un vrai point de vigilance", assure Todd Donahue.
Pour tenter de réduire son bilan carbone après son vol jusqu'à Québec, Axel a pu s'investir auprès de l'université pour mettre en place des poubelles de tri au Canada. "J'ai essayé de peser le pour et le contre entre la démarche pédagogique de ma mobilité et le poids environnemental. J'aurais pu faire mieux, prendre le bateau mais il faut se le permettre financièrement."
Comme l'affirme, à titre personnel, Alexis Michel, les mobilités dites "sociales" pourraient aussi être une solution. "On sait qu'ils s'inspirent des rencontres et on a besoin que les étudiants soient confrontés à des espaces négligés, or, cette mobilité peut s'effectuer en France, auprès des réfugiés par exemple." Après tout, il existe autant de mobilités que d'étudiants, alors pourquoi s'en contenter d'une…

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