1. Christel Sire, ingénieur en police technique et scientifique

Christel Sire, ingénieur en police technique et scientifique

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Un bâtiment de briques, une porte en verre qui ne paye pas de mine… L’entrée de la section biologie du laboratoire de police technique et scientifique de Paris décevrait presque par sa banalité. Pourtant, quelques mètres plus haut, dans les couloirs aux couleurs fanées, des silhouettes emmaillotées dans leur blouse blanche se croisent, masque au visage et charlotte vissée sur la tête. Ça y est, on y est ! Derrière les cloisons vitrées, les fonctionnaires de police coupent les cheveux en quatre et triturent les ADN pour les faire parler. Parmi eux, Christel Sire, 34 ans, un brin d’accent du Sud dans la voix. Depuis quatre ans, elle est ingénieur en police scientifique et dirige une équipe de cinq personnes.

Comment êtes-vous venue à ce métier ?
"Les aléas de la vie ! Avec mon cursus universitaire, je souhaitais devenir maître de conférences. Mais le faible nombre de postes proposés m’a poussée à chercher autre chose, d’autant que je ne voulais pas partir à l’étranger. Je cherchais des opportunités, et je suis tombée sur l’annonce du concours pour la police scientifique. Cette année-là, un poste collait parfaitement à mes compétences."

On vous imagine penchée sur un microscope à longueur de journée. Est-ce le cas ?
"Je passe moins de temps sur la paillasse que mes collègues techniciens, mais mon but premier est d’analyser les indices prélevés au cours d’une enquête. En biologie, il peut s’agir de sang, de sperme, de salive, de cheveux, d’os, de dents… Chaque semaine, j’ai un certain nombre de dossiers à gérer : viols, meurtres, vols… Mon équipe, composée de cinq techniciens, effectue les analyses, on en discute et on interprète les résultats ensemble. Puis, ils me rendent une version écrite du rapport que je corrige et que je communique à l’expert. Dans ce rapport apparaissent les résultats génétiques obtenus."

Vous rendez-vous sur le terrain ?
"Pas du tout, contrairement à ce que l’on voit à la télé ! Ce sont les policiers chargés de l’affaire ou les agents de l’identité judiciaire qui se chargent de prélever sur les lieux du crime les éléments que nous allons analyser."

La base de votre travail tient donc dans une enveloppe, le scellé, qui renferme ces éléments prélevés…
"En fait, tout part du scellé, il s’agit pour nous du début de l’affaire. Vêtements, sac, portable, literie, on nous apporte tous les objets possibles et imaginables : une fois, on a même reçu de la moquette d’une agence de voyages, trois ou quatre rouleaux… Par exemple, sur un drap maculé de sang, il faut choisir certaines taches. Le scellé peut à lui seul nous donner des indices. Il faut l’observer attentivement et se demander comment l’auteur a pu procéder. Tout le reste (c’est-à-dire l’extraction, l’amplification, le séquençage), c’est de la cuisine…"

Les détails donnés par les enquêteurs vous aiguillent-ils ?
"En général, nous avons pour seuls éléments les chefs d’inculpation (vol à main armée, viol…) et les informations écrites sur le scellé. Par exemple : "Un slip bleu porté par la victime au moment des faits." Mais il peut aussi y avoir simplement écrit "un slip"… Certains services ne veulent pas nous donner le contexte de l’affaire pour ne pas influencer nos recher­ches. Or dans certains cas, ces informations sont primordiales. Je me souviens d’une affaire de vol à main armée. Seul élément à ma disposition : un drap-housse. À quoi avait-il pu bien servir ? Je prends contact avec les enquêteurs, ils m’expliquent que le drap servait à cacher des voitures. Où le drap a-t-il pu être touché ? Aux quatre coins. Nous avons donc analysé ces parties."

Vous êtes donc en contact avec les services d’enquête de police ou de gendarmerie ?
"Ça nous arrive, même si, pour un ingénieur, l’interlocuteur privilégié reste avant tout l’expert. À Paris, ils sont trois à transmettre chaque semaine les dossiers à traiter. Ils sont en contact direct avec le juge d’instruction, contrairement à nous. Leur rôle est également de témoigner devant la cour d’assises durant les procès."

Les techniques d’analyse évoluent-elles vite ?
"Il faut se tenir informé. Des entreprises viennent nous présenter leurs nouveaux produits. Dernièrement, il s’agissait d’un microscope à fluorescence pour observer les spermatozoïdes. Mais certaines techniques ont cours depuis des années. À Paris, nous utilisons la technique du transfert par pression pour localiser les traces de sperme. Le liquide spermatique potentiellement présent sur les pièces analysées est transféré sur une feuille de papier humidifié. Si, avec un mélange réactif, une coloration apparaît, cela révèle qu’il y a bien présence de liquide spermatique."

Pour faire votre métier, faut-il avant tout aimer les sciences ou avoir l’esprit d’enquêteur ?
"Les deux sont inséparables, car nous sommes fonctionnaires de police. Mais il est évident qu’il faut de bonnes bases en biologie moléculaire et en génétique."

Et une certaine force psychologique ? Ça ne doit pas être facile tous les jours…
"Je me souviens de l’une de mes premières affaires. Un viol sur un garçon de cinq ans. Quand j’ai ouvert les scellés et que j’ai vu les vêtements, j’ai dû prendre sur moi pour faire les analyses… Avec le temps, on s’immunise. On apprend à gérer ses émotions. Et puis, il faut aussi prendre conscience qu’on n’a pas toujours un résultat exploitable dans un dossier. Au début, ce n’est pas évident."


Propos recueillis par Céline Authemayou




Parcours

1973 : naissance dans les Pyrénées-Orientales.
1991 : obtient un bac S.
1996 : décroche un DEA (diplôme d’études approfondies, ex-master recherche) de parasitologie.
2000 : obtient un doctorat de biologie des populations.
2001 : est recrutée comme cadre de laboratoire chez Sanofi-Synthélabo.
2003 : intègre la section biologie du laboratoire de police scientifique de Paris.
Sommaire du dossier
Un seul concours par an… et très peu de postes ouverts