1. Estelle Feliculis, ingénieur agronome

Estelle Feliculis, ingénieur agronome

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Estelle Feliculis, ingénieur agronome, est à 39 ans la coordonnatrice du GAB (Groupement d’Agriculture Biologique) d’Ile de France. Cette association rassemble depuis plus de vingt ans des producteurs franciliens et vise à promouvoir le bio.

Planté dans une zone industrielle de la ville de Meaux, en Seine-et-Marne, le GAB (Groupement d’agriculture biologique) se décline sur chaque région de France. Estelle Feliculis en est la coordonnatrice. Au-dessus de son bureau, une carte de l’Île-de-France figure, grâce à des pastilles de couleurs, les exploitations déjà labellisées.
En jaune, les grandes cultures type céréales, en vert les cultures maraîchères, en rouge les élevages... Soit une centaine d’exploitations, mais qui représentent seulement 1 % des surfaces cultivées dans la région…. "C’est peu, mais pour répondre à la demande du public, les perspectives de croissance sont très fortes", note cette ingénieur de 38 ans qui surfe sur la vague du bio.

agronomeTravailler dans l’agronomie, est-ce une vocation ?
Oui, cela remonte sans doute à mon enfance. Ma grand-mère était agricultrice avec un élevage laitier. J’ai été baignée dans un climat lié à la culture de la terre, au savoir-faire et aux traditions agricoles… Mes parents, très respectueux de l’environnement, m’ont aussi transmis leur goût de la nature. Après mon bac scientifique j’ai donc eu envie de me tourner vers un métier en lien avec la vie et l’environnement. Je me suis orientée vers les classes prépas bio. Mais je n’avais pas d’idée précise sur le métier d’ingénieur agronome.

Comment êtes-vous alors devenue ingénieur agronome ?
J’ai été admise à Agro Paris Tech et, en cours de formation, les différents stages m’ont permis d’affiner mon choix de métier. J’ai commencé par un stage en recherche à l’Ifremer sur la classification des vers au fond des océans ! C’était passionnant, mais je me suis rendue compte que je ne voulais pas travailler dans un labo. Un autre stage au Cameroun auprès de communautés paysannes de femmes m’a convaincue de travailler au contact des agriculteurs. En dernière année à l’Agro Paris Tech, j’ai suivi une spécialisation en développement agricole, puis je suis partie en stage de fin d’études pendant 6 mois au Mexique, pour travailler auprès d’une coopérative agricole. Une fois diplômée, je suis retournée au Mexique et j’y suis restée 3 ans pour aider à monter des projets de développement avec des petits agriculteurs mexicains.

Comment vous êtes-vous intéressée à l’agriculture biologique ?
Après cette expérience mexicaine, je suis rentrée en France pour travailler pendant 4 ans à la Chambre d’agriculture de la Drôme. Parmi mes missions, j’ai été amenée à apporter un soutien technique et économique aux agriculteurs convertis aux cultures biologiques. C’est là que je me suis vraiment intéressée au bio… Cela m’a permis de croiser mon métier avec mes valeurs de respect de l’environnement. Et en 2002, j’ai été embauchée au GAB d’Île-de-France.

En quoi consiste votre travail au GAB ?
J’aide au développement de l’agriculture biologique dans la région en menant des actions très diverses : des missions de représentation et de mises en relations avec les financeurs et les collectivités, du soutien sur des aspects administratifs ou réglementaires, des montages de projets, des opérations de communication et de promotion du bio à destination des agriculteurs, des jeunes en formations agricoles et du grand public, etc.

Plus précisément, à quels besoins des agriculteurs répondez-vous ?
Aux côtés des chambres d’agriculture qui apportent un suivi technique et de nos différents partenaires (région, Etat, Agence de l'eau, ...), nous construisons des programmes sur le long terme. Récemment par exemple, nous avons aidé des maraîchers qui souhaitaient développer des vergers bios avec un programme de formation. Nous intervenons aussi pour trouver des débouchés. Nous avons aussi mis en place une filière de pain bio en Île-de-France. Il a fallu trouver les meuniers mais aussi les boulangers, les cantines scolaires et les magasins qui allaient distribuer ce pain. Nous intervenons ainsi du champ à l’assiette. C'est très varié. On ne s'ennuie jamais.

Est-il difficile de convertir les agriculteurs au bio ?
Cela demande de réfléchir différemment l’exploitation. Par exemple, pour préserver le sol il faudra alterner les cultures sur une parcelle, du blé aux légumineuses. Il est important aussi de choisir des variétés en fonction du terroir. Par ailleurs, comme le passage au bio exige plus de main d’oeuvre, nous aidons à mettre en place des groupements d’employeurs pour faciliter les embauches de personnels. Aussi, à la demande des paysans bio, nous montons des dossiers d’aides auprès de la région ou du ministère.

Etes-vous souvent amenée à aller dans les exploitations ?
Je l’ai fait beaucoup à mes débuts au GAB. J’y vais un peu moins actuellement, car j’ai de plus en plus un travail de coordination d'actions et d'équipes. Quoiqu’il en soit, dans ce métier, il est important d’être le plus souvent en contact avec les agriculteurs, de visiter les exploitations, pour écouter et apporter des réponses concrètes.

En quoi utilisez-vous vos compétences d’ingénieur agronome ?
Ma formation d’ingénieur agronome, surtout avec ma spécialisation en développement agricole, me donne des arguments techniques indispensables. Car le bio ne signifie pas un retour aux schémas du passé. Au contraire. L’agriculture biologique impose beaucoup de technicité et de connaissances scientifiques. Par exemple, éviter les mauvaises herbes sans traitement chimique exige un savoir-faire spécifique. De même, pour faire de l’élevage bio, il faut bien connaître les races animales, faire plus de suivi et d’observation des animaux. En bref, le bio ce n'est pas l'image des "petits oiseaux" : on parle savoir-faire, agronomie, outils, machines, techniques…

Quels conseils pourriez-vous donner à des jeunes qui souhaitent s’orienter vers l’agronomie ?
Il faut faire des stages pour choisir sa voix. Car le métier d’ingénieur agronome ouvre sur des parcours très divers en lien avec le monde du vivant. J’ai des collègues qui travaillent au Crédit Agricole pour monter des dossiers de financements, d’autres sont dans la recherche, dans l'environnement, dans l’agroalimentaire, voire dans l’informatique. Dans le contexte écologique et économique actuel, je conseillerais de s’orienter vers l'environnement en général, le bio en particulier, car c’est un secteur porteur. Il y a même un potentiel pour s’installer en tant qu’agriculteur bio. En Île-de-France, on cherche des terres et des candidats…

Propos recueillis par Emmanuel Vaillant
Sommaire du dossier
Formation d'ingénieur agronome : passage obligé par une école d'ingénieur