L'Alpe d'Huez : dans les coulisses de la glisse

Par Céline Authemayou, publié le 05 Mars 2013
5 min

Comment réussir à faire fonctionner une station de ski 24 heures sur 24, sept jours sur sept, dans des conditions de sécurité et de service optimales ? Découvrez les coulisses de l'Alpe d'Huez, où de début décembre à fin avril, les pistes font le plein de touristes.

La température extérieure frôle les –12 °C. La neige et le vent limitent la visibilité à quelques pas. A 3.300 mètres d'altitude, Julien Bastard-Rosset avance prudemment, au volant de sa dameuse. Il est un peu plus de deux heures du matin, le jeune homme entame sa nuit de travail. Quelques heures plus tôt, au même endroit, des dizaines de skieurs dévalaient les pentes à fière allure. Vacances de février obligent, il y a foule dans la station.


Pisteur-secouriste, un métier capital en station de ski. // 
© Cyril Entzmann.


Avec ses 250 kms de domaine skiable et sa piste mythique de Sarenne – 16 kms de long, la plus longue du monde –, l'Alpe d'Huez est le paradis des amoureux de la glisse. Belges, Anglais, Australiens, Français... De début décembre à fin avril, tous viennent rechercher le grand frisson. En coulisses, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, œuvre une armada de professionnels. Leur but : assurer aux visiteurs une qualité de service et une sécurité optimales.

"Comme lorsqu'un cirque arrive en ville"

Comme dans toutes les stations de ski, cette organisation est gérée par une seule et même société : celle en charge des remontées mécaniques. A l'Alpe d'Huez, la Sata (Société d'aménagement touristique de l'Alpe d'Huez) emploie ainsi en hiver 450 saisonniers, qui viennent s'ajouter aux 100 employés permanents. L'entreprise tient lieu de véritable poumon économique pour tout le canton. Fin novembre, les premières embauches ont lieu, pour remettre en route la station.

"C'est un peu comme lorsqu'un cirque arrive en ville, sourit Yann Carrel, directeur technique et d'exploitation des remontées mécaniques à la Sata. Il faut tout monter, tout installer... Ensuite, le spectacle peut commencer !" Durant l'hiver, les employés prennent en charge le public, que ce soit au sein des télécabines, des télésièges ou sur les pistes. L'été, environ 80 CDD (contrat à durée déterminée) interviennent dans la station, pour des travaux de maintenance notamment.

"Ils nous font travailler, on les fait skier"

Les métiers de la station sont variés et exigent plus ou moins de qualifications. Les fonctions liées à la sécurité, telles que pisteur-secouriste requièrent l'obtention de diplômes bien précis. D'autres, comme conducteur de remontée mécanique peuvent être occupés sans qualification. Mais avec une condition : avoir un goût affirmé pour le contact clientèle.

"Aujourd'hui, le public attend une qualité de service irréprochable, constate Julien Bastard-Rosset, le dameur. Pas le droit à l'erreur, ils veulent que tout soit parfait." Ce que constate également Yann Carrel : "Depuis dix ans, les métiers ont beaucoup évolué. Avant, ils étaient plus techniques. Aujourd'hui, il faut savoir communiquer, être à l'écoute des skieurs." Car, quelle que soit la fonction occupée, le but reste le même : offrir aux touristes des conditions de glisse idéales. "Ils nous font travailler, on les fait skier", sourit un pisteur-secouriste.

Réservé aux passionnés de montagne

Pour travailler en station, aimer la neige ne suffit pas. Les professionnels évoluent dans des conditions climatiques souvent difficiles. "Il ne faut pas oublier qu'ici, c'est la nature qui dicte sa loi", constate Florian Mugnier, fabricant de neige artificielle. "On essaie de dompter les éléments mais la haute montagne reste un milieu hostile, où la moindre erreur ne pardonne pas", explique Yann Carrel.

Historiquement, les métiers ont toujours été occupés par des natifs de la montagne. Mais depuis quelques années, les postes s'ouvrent à des profils plus variés. "Cette année, nous avons des Bretons dans notre équipe, constate Nathalie Tairraz, pisteur-secouriste. S'ils ne sont pas nés à la montagne, tous vouent une véritable passion pour le milieu." Et sont d'excellents skieurs. Car ici, sans glisse, point de salut ! "Le moyen de transport entre deux rendez-vous reste le ski", se réjouit Florian Mugnier.

Cinq mois de travail dans l'année

Lorsque la neige a disparu des sommets, les saisonniers quittent leur poste. Rendez-vous l'hiver prochain. En attendant, il faut trouver un autre emploi. Si cette saisonnalité des professions convient très bien à certains, elle reste pour beaucoup inconfortable et précaire. "C'est beaucoup plus facile pour les hommes de trouver une activité complémentaire, constate Nathalie Tairraz. Beaucoup travaillent dans le bâtiment." D'autres, comme Maud Baiocco, monitrice à l'Ecole de ski français y trouvent leur compte. Elle a créé avec son mari une petite agence de voyage spécialisée dans les circuits à vélo. Une façon comme une autre de continuer à dévaler les pistes de l'Alpe d'Huez. Même sans neige.

À consulter aussi

Les études
- L'Ecole nationale des sports de montagne
Devenir nivoculteur
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