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Judith Godrèche - Tout feu tout flamme

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À la fois profonde et frivole, lucide et joyeuse, Judith Godrèche nous parle de sa carrière et de sa dernière comédie, « J’veux pas que tu t’en ailles ».

Judith GodrècheEn quoi le personnage de Carla se différencie-t-il des rôles de jolies trentenaires dont vous avez un jour déclaré ne pas raffoler ?
En fait, j’avais adoré le premier film de Bernard Jeanjean, J’me sens pas belle, une comédie caustique, parfois crue, et derrière laquelle se cachait une sorte d’idéalisme romantique. J’avais très envie d’entrer dans son univers et j’ai donc accepté ce rôle un peu en retrait. Carla sert juste de prétexte à une hilarante guéguerre que vont se livrer son mari et son amant pour la séduire.

Quel est le sujet du film selon vous ?
Il parle, avec un ton décalé, de la négligence amoureuse, de l’usure du temps dans le couple. Éviter que la routine s’installe réclame une immense créativité au quotidien. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille tester toutes les positions du Kama-sutra [rires]...

Carla a épousé un psychanalyste. Un métier que vous connaissez bien...
J’ai moi-même longtemps suivi une psychanalyse, grâce à laquelle j’ai acquis une forme de liberté. Mon père, également, est psychanalyste, et ma mère psychologue. J’ai commencé ma carrière d’actrice très tôt et ils m’ont apporté une grande stabilité. Ils ont relativisé mon succès.

Faites-vous parfois des rêves compromettants, comme Carla ?
J’ai une vie nocturne très animée et je me souviens bien de mes rêves. Heureusement que je ne parle pas, sinon je me serais moi aussi déjà fait pincer. Quel genre de rêves compromettants ? [À ce moment-là, elle renverse involontairement son verre d’eau gazeuse sur moi.] Pardon, pardon, pardon ! Mais vous voyez, ça doit signifier que c’était une question trop indiscrète [éclat de rire].

Vous êtes toujours aussi déchaînée ?
J’aime rire, j’aime faire rire et c’est pourquoi je me régale dans les comédies. Il me semble d’ailleurs plus difficile d’amuser les gens que de pleurer à l’écran.

Vous avez pourtant débuté dans des films d’auteur assez torturés...
C’est vrai. J’ai notamment joué dans La Désenchantée. J’avais même participé au scénario avec Benoît Jacquot. Cela reste l’un de mes tournages les plus forts. J’ai également incarné La Fille de 15 ans. Je me souviens que Jacques Doillon pouvait tourner quarante fois la même scène. C’était une manière de fonctionner intéressante, car il arrive forcément un moment où l’on s’use. Mais une fois l’usure passée, on parvient à se renouveler, à créer. Un peu comme un jogger qui a réussi à vaincre son point de côté et qui ne sent plus la douleur.

Comment votre glissement vers la comédie s’est-il opéré ?
C’est Cédric Klapisch qui m’a proposé L’Auberge espagnole. J’ai enchaîné avec France boutique, Tout pour plaire... J’aimerais pouvoir alterner avec des drames, mais, excepté Parlez-moi d’amour, de Sophie Marceau, les scénarios que je reçois ne me satisfont pas.

Après « L’Homme au masque de fer », avec Leonardo DiCaprio, Hollywood vous a fait de l’œil...
Oui, en 1998, on m’a notamment proposé Dans la peau de John Malkovich. Mais, à cette époque, je n’étais pas prête à m’éloigner de la France. Je craignais de ne pas pouvoir assumer mon rôle de mère, qui est définitivement le plus important à mes yeux.

Vous avez, en 1995, écrit un livre, « Point de côté ». Pourquoi ne pas récidiver pour le cinéma ?
C’est fait. L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps. Je viens de finir un scénario, qui n’a rien d’une comédie, avec Jacques Fieschi. Et je devrais moi-même en assurer la mise en scène.


Bio express
1972 : naissance de Judith Godrèche, à Paris.
1980 : elle épate tous ses petits camarades dans le spectacle d’école Émilie Jolie.
1985 : elle donne la réplique à Philippe Noiret et Claudia Cardinale dans L’Été prochain, de Nadine Trintignant. C’est son tout premier film.
1990 : l’année de La Désenchantée. Aux Césars, Vanessa Paradis annonce : « Le César du meilleur espoir féminin est attribué à... Judith Godrèche.
Euh non ! Judith Henry, pardon. »
Un lapsus qui l’a énormément contrariée.
2002 : l’actrice à l’image d’intello opère sa mutation en actrice comique grâce à L’Auberge espagnole, de Cédric Klapisch.


Actu
Actuellement dans les salles : J’veux pas que tu t’en ailles, de Bernard Jeanjean, avec Richard Berry, Julien Boisselier, Judith Godrèche...
l L’histoire : Paul, un psychanalyste, est marié à Carla. Il ne semble pas réaliser que son couple bat de l’aile. Au cours d’une séance, il découvre pourtant que son patient est tombé amoureux d’une femme mariée, ou plutôt... de sa propre femme ! Il décide alors de le manipuler dans l’espoir de reconquérir Carla...
Sommaire du dossier
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