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Manu Larcenet - « Pour combler ma solitude, je dessinais »

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Rencontres avec des personnalités de tous univers (cinéma, mode, musique, littérature, économie...) qui reviennent pour nous sur leur parcours : leur enfance, leur adolescence, leurs premières expériences professionnelles, leurs grandes joies, leurs galères, les personnes qui ont marqué leur vie, etc.A l’affiche de « Die Hard 4 »*, le quatrième opus de la saga Die Hard, Bruce Willis est au mieux de sa forme. Le 14 juin dernier, il donnait une conférence de presse à l’hôtel George V, à Paris. Morceaux choisis.

Manu LarcenetDessiniez-vous déjà beaucoup à 20 ans ?
Je n’aimais pas lire ni aller au cinéma, et je n’avais quasiment pas d’amis car je ne suis pas du genre très sociable. Pour combler cette solitude, je dessinais. C’était, et c’est toujours, ma passion, la meilleure manière pour moi de m’exprimer. J’ai commencé à faire des bandes dessinées à 12 ans. Soit à reproduire ce que publiaient les journaux Spirou ou Tintin, soit à créer mes propres histoires. À la fin de chaque année, je réunissais tout mon travail et je l’envoyais aux éditeurs. Il m’a fallu attendre d’avoir 25 ans pour que le magazine Fluide glacial me donne enfin ma chance.

Quelle formation avez-vous suivie ?
J’ai passé un bac F 12, qui initiait les élèves aux différents métiers artistiques, comme la tapisserie, la peinture ou encore le dessin technique. Je me suis ensuite inscrit à un BTS d’expression visuelle, avec option image de communication. En gros, ça concernait tout ce qui touche à la pub. J’adorais. Je séchais d’ailleurs le peu de cours de matières générales pour traîner au labo photo mis à notre disposition.

Et après, que s’est-il passé ?
J’ai réalisé quelques illustrations pour un fanzine de rock et Wind Magazine. Mais à cette époque, je traînais surtout avec mon groupe, Ze zobbies. Le nom provient d’une BD d’Edika.

Quel genre de musique jouiez-vous ?
Du punk, mais qu’on mélangeait avec du rock, du ska, du reggae, des trucs rigolos et des trucs sérieux. Moi, je jouais de la guitare, alors que je n’ai jamais pris de cours, puis je chantais. J’écrivais les textes aussi. Nos discours rebelles à deux euros manquaient affreusement d’originalité. N’empêche, on s’est amélioré au fur et à mesure. Au début, on passait en première partie des groupes nuls de notre banlieue, vers Vélizy et Viroflay, puis on a fini par faire celles des Bérurier noir, des Wampas ou de la Mano Negra. Plus que la musique, j’aimais son énergie.
Les concerts, un bon plan pour séduire les filles ?
Oui, mais j’étais assez timide et j’en ai finalement peu profité. Et puis de toute manière, les punkettes défoncées qui vomissent sur l’oreiller, ce n’était pas franchement mon idéal de vie [rires].

Quel était votre idéal de vie alors ?
Je ne savais pas, justement. Je me cherchais. Moi qui suis un grand solitaire, j’ai vite trouvé insupportable de vivre en communauté dans le pavillon, à Bagneux, dont notre manager avait hérité. On mangeait des yaourts le midi et des nouilles chinoises le soir. On se contentait de peu. On n’avait pas une thune, alors on dealait un peu de shit. À cette époque, mon service militaire m’avait également traumatisé.

C’est-à-dire ?
J’avais essayé de me faire réformer, mais le psy a vite compris mon manège. J’ai été envoyé en camp disciplinaire, dans l’Est. Il y avait une tension et un racisme hallucinants. On était puni pour rien. On marchait trente bornes sans même une goutte de flotte. Certains supérieurs me maltraitaient, me cognaient dessus. Je pense que j’étais déjà fragile, et là, ça m’a achevé. En sortant, je suis retourné voir mes potes musiciens. Mais j’ai vite compris que je ne pourrais jamais trouver mon équilibre dans le rock, un milieu beaucoup trop déglingué pour moi. Je suis alors revenu chez mes parents, qui ne m’ont d’ailleurs jamais laissé tomber, et je me suis reconstruit peu à peu.

Ses cinq dates
1969 : naissance de Manu Larcenet,
à Issy-les-Moulineaux.
1994 : Fluide glacial publie ses premières BD, imprégnées d’absurde, d’humour parodique, et très influencées par les auteurs Blutch et Goossens.
2002 : il part vivre à la campagne. Un exil narré par Jean-Yves Ferri dans Retour à la terre, que Larcenet mettra lui-même en images. C’est le début de la reconnaissance.
2003 : il obtient le Prix du meilleur album au festival d’Angoulême pour Le Combat ordinaire, tome 1.
2007 : sortie aux éditions Dargaud, de Nic Oumouk, tome 2, sous-titré
La France a peur de Nic Oumouk.
En une dizaine d’années, l’auteur a réalisé plus de cinquante albums.

Sommaire du dossier
Retour au dossier Sophie Marceau - Le goût des autres Alexandra Lamy - « Je voulais être gardienne de chèvres » Kamini - Le sex-symbol de Marly-Gomont Joss Stone - Authentique Manu Larcenet - « Pour combler ma solitude, je dessinais » Laurent Voulzy - En toute quiétude Judith Godrèche - Tout feu tout flamme Emmanuelle Seigner - Sur la bonne voix Catherine Frot - « Je voulais être inoubliable » Audrey Tautou - Tout entière Sanseverino - « Je me comportais comme un ado attardé » Damon Albarn and co… London calling Karin Viard - « A 20 ans, j’angoissais pour mon avenir » Marie Gillain - La douceur de vivre