Travailler dans l’industrie : des jeunes pros se racontent

Par Marie-Anne Nourry, publié le 31 Mai 2012
5 min

"Secteur en déclin", "ouvriers en grève", "usines poussiéreuses"… L'industrie veut se débarrasser des clichés et redorer son image. Car des emplois, il y en a ! Mais les candidats manquent à l'appel. Reportage dans le bassin industriel de Haute-Savoie et portraits de jeunes diplômés bien dans leur job.

Aux pieds du Mont-Blanc, la vallée de l'Arve est un bassin industriel florissant. Il regorge de petites et moyennes entreprises spécialisées dans le décolletage* et la mécanique de précision, à 25 minutes des pistes de ski. Le paradis pour les jeunes diplômés un peu bricoleurs qui aiment le grand air. Pourtant, les candidats ne se pressent pas aux portes de ces sociétés. Loin de là ! Le secteur traîne les représentations négatives...


Les ateliers sont propres et climatisés, loin de l'image "poussiéreuse" des usines.


100.000 recrutements par an

"Les médias n'arrêtent pas de dire que l'industrie va mal, regrette Jean-Charles Berruex, le responsable des centres d’usinage d'Anthogyr, une entreprise spécialisée dans la fabrication principalement d'implants dentaires. Par voie de conséquence, les parents ont une mauvaise image de nos métiers, et ils déconseillent cette voie à leurs enfants."
Le secteur est pourtant loin d'être en déclin. D'ici 2015, il devrait recruter près de 100.000 personnes chaque année, notamment pour combler les départ à la retraite des papy-boomers, selon l'ex-ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.
Les profils recherchés sont très variés, du CAP (certificat d'aptitude professionnelle) au bac + 5. Et les conditions d'embauche plutôt avantageuses. "On ne paie pas au diplôme mais à la compétence, indique Jean-Charles Berruex. Avec un BEP (brevet d'études professionnelles), on peut gagner sa vie correctement." Par exemple, en début de carrière, un technicien gagne plus de 1.500 € net dans la vallée de l'Arve.


Des profils de plus en plus pointus

L'industrie devrait recruter seulement 20% de cadres d'ici à 2015. Mais force est de constater une hausse globale du niveau de compétences recherché. "On travaille pour des entreprises comme Airbus, qui sont à la pointe de la technologie", explique Pierre Lathuille, patron d'une entreprise de 60 personnes spécialisée dans l'usinage. "Les machines-outils se complexifient et leur utilisation nécessite presque un niveau ingénieur." Il doit pourtant se contenter de BTS, quand il réussit à en trouver. "Je ne reçois jamais de réponse à mes annonces", se désole-t-il.
"Il y a une hiérarchie des filières industrielles dans la tête des familles", poursuit Martine Pierotti, inspectrice de l’Éducation nationale. Au top, les "blouses blanches", à savoir l’électronique et l’électrotechnique, et, à la dernière place, l'usinage.


L'alternance à l'honneur

Les entreprises essaient de "mettre le grappin" sur leurs recrues le plus tôt possible. Et l'alternance est le meilleur moyen de les fidéliser. La majorité des personnes formées de cette façon intègrent leur entreprise d'accueil à la fin des études.
"Les étudiants ont l'embarras du choix pour trouver une entreprise d'accueil. Mais celles qui réussissent à les embaucher ont de la chance", lâche Laurent Martin, patron d’une entreprise de décolletage. 6 postes d’opérateurs et 4 postes d’ingénieurs sont ouverts dans sa société mais aucun candidat. Laurent Martin mise pourtant sur les forums, la presse, Pôle emploi et les agences d'intérim. "On prend ce qu’on trouve", résume-t-il amèrement.
Anthogyr a décidé de communiquer directement auprès des collégiens susceptibles de préparer un bac pro en alternance. Guillaume est l'un des derniers embauchés. Avant de signer son CDI (contrat à durée indéterminée), il avait travaillé quatre ans en alternance pour la société, en préparant d'abord un bac pro technicien d’usinage, puis un BTS industrialisation des produits mécaniques. "Je comptais m'arrêter après le bac pro, mais c'est mon maître d'apprentissage d'Anthogyr qui m'a poussé à continuer." Une relation gagnant-gagnant entre l'entreprise et le jeune diplômé.


Vallée de l'Arve : opération séduction auprès des collégiens et des lycéens

La vallée de l'Arve est décidée à en finir avec la désaffection des lycéens dans les filières scientifiques et surtout techniques. "On veut mobiliser toutes les ressources internes à la vallée en remotivant les jeunes pour ces filières", annonce Pascal Faletto, le chef de travaux du lycée
du Mont-Blanc (74).
Pour relever le défi, le pôle de compétitivité Arve Industries a mis en place le programme Talents 2020. Dans ce cadre, plus de 2.000 collégiens et lycéens ont participé à Smile (Salon des métiers industriels et de l'entreprise), en mars 2012. Chaque étape de la chaîne de production était représentée par un stand interactif, dans une entreprise virtuelle, où des professionnels étaient venus expliquer leur métier. De quoi susciter des vocations pour des métiers peu connus.


* Fabrication en grandes séries de petites pièces à partir d'une barre de métal.

 

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