1. « Comprendre les animaux, mais sans sensiblerie »

« Comprendre les animaux, mais sans sensiblerie »

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À la fois vétérinaire et chef d’entreprise, Véronique Luddeni-Schropff, 38 ans, dirige une petite clinique vétérinaire à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes. Elle partage son temps entre une clientèle d’animaux de compagnie – chiens, chats, lapins, furets – et des parcours en montagne, où elle suit un cheptel de 18 000 moutons et de 600 vaches. Cette activité mixte l’amène à exécuter des gestes médicaux variés et à rencontrer des gens de tous les milieux sociaux. Mais ce qu’elle apprécie le plus, ce sont les relations nouées au fil du temps, « affectueuses » avec les animaux et « empathiques » avec leurs maîtres. Rencontre avec une amoureuse de la nature, passionnée par son métier.

Comment avez-vous débuté ?

J’ai fait beaucoup de remplacements et de stages pendant mes études. L’un d’eux s’est déroulé dans un cabinet rural tenu par un vétérinaire et sa femme, dans le parc du Mercantour. Ce cabinet était largement tourné vers l’activité de montagne, et pour moi qui rêvais de grands espaces, de faune sauvage et qui avais fait ma thèse de doctorat sur les mouflons, cela faisait écho avec mes envies. Quand le couple a décidé de vendre, en 1993, je n’ai pas voulu rater l’affaire. Fraîchement diplômée, je me suis endettée pour racheter le cabinet.

À quoi votre cabinet ressemble-t-il ?

J’emploie trois personnes : un vétérinaire et deux assistantes. La clinique compte deux salles de consultation, une salle de chirurgie et une salle de réveil. Nous avons une clientèle mixte, avec 65 % d’animaux de compagnie et 35 % de gros animaux, essentiellement des brebis et des vaches. Je m’occupe aussi des 19 loups du centre Alpha, le Temps du loup, de Saint-Martin-Vésubie.

Comment vos journées s’organisent-elles ?

Le matin, je reçois sur rendez-vous ou j’effectue des visites à l’extérieur, et l’après-midi est consacré aux consultations libres. Dans une même journée, je peux enchaîner une opération chirurgicale, une échographie, une visite de troupeau, etc. C’est un métier très varié, qui demande une grande capacité d’adaptation, car on change de « blouse » à chaque nouveau client. Mais il y a aussi beaucoup de contraintes. Je suis de garde une semaine sur deux : on peut alors m’appeler à n’importe quelle heure.

Comment soigne-t-on des patients qui ne parlent pas ?

Le premier temps repose sur l’écoute du maître : ce recueil d’informations m’apprend beaucoup. Mais chaque personne raconte à sa façon les symptômes de son animal, il faut donc décrypter ces paroles. Bien entendu, l’examen de l’animal est incontournable. Il faut être attentif à tout : douleur, odeur, poils, palpation approfondie… Je dispose aussi de moyens techniques, comme l’imagerie médicale, qui aident à poser le diagnostic.

Le fait d’être une femme est-il un handicap ?

Cela détermine en tout cas la façon dont on exerce en zone rurale. Il est difficile pour une femme de ne s’occuper que de vaches ou de troupeaux : quand on doit réaliser deux césariennes par soirée, on ne voit pas beaucoup sa famille. Avec les brebis, c’est plus tranquille : il y a peu d’urgences. Une femme doit aussi réussir à s’imposer auprès des éleveurs. Quand j’ai repris ce cabinet, j’avais 25 ans, je pesais 52 kg : cela n’a pas été évident ! Mais maintenant que j’ai fait ma place, certains « gros bras » sont devenus respectueux et attentionnés.

La médecine vétérinaire évolue-t-elle vite ?

Oui. Sur mes treize années de pratique, le matériel a progressé. Aujourd’hui, on peut réaliser des scanners, proposer des chimios… Je dois donc me former en permanence : je participe à des congrès, je vais sur Internet, je lis, etc. Ces évolutions nécessitent un investissement important en matériel et en temps. En tant que chef d’entreprise, chaque année, je dois par exemple me poser la question du matériel à acheter ou à renouveler. L’école vétérinaire ne prépare pas à cette activité de gestionnaire.

De quelles qualités faut-il faire preuve ?

Il faut une grande force de travail. Il n’y a pas que les consultations : on roule beaucoup, on téléphone pour prendre des nouvelles, on repasse à la clinique voir l’animal opéré… Il faut donc être passionné. Il faut aussi être adroit, nos mains sont des outils précieux ! Et puis il faut comprendre les animaux, mais sans sensiblerie. Quand un chien doit être recousu, on ne peut pas se dire : « Le pauvre, il a mal. » On doit agir pour être performant.

Quels conseils donner à un jeune qui veut se lancer ?

Il faut être bon élève et beaucoup travailler. Mais le plus important, c’est d’y croire. Je conseille également de faire beaucoup de stages pour voir les diverses façons d’exercer. Il n’y a qu’en allant dans différentes structures que l’on peut savoir si ce que l’on aime, c’est « mettre des vis », crapahuter de ferme en ferme, ou rester en cabinet…, autrement dit si l’on se destine à la clientèle rurale ou à celle de ville.

Son parcours

? 1967 : naissance à Nice (06).
? 1985 : bac scientifique à Nice.
? 1988 : entre à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (31) après deux ans de prépa véto à Nice.
? 1992 : obtient son diplôme de fin d’études.
? 1993 : doctorat et installation en libéral à Saint-Martin-Vésubie (06).

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