Solitude, stress, dépression… Les étudiants en pharmacie doutent de leur avenir professionnel

Par Pauline Bluteau, publié le 16 Juin 2021
6 min

INFOGRAPHIE. Les conséquences de la pandémie sur le moral des étudiants sont bien réelles. C’est ce que confirme l’enquête de l’ANEPF, l’association nationale des étudiants en pharmacie de France. Avec une santé mentale qui se détériore, un tiers des étudiants envisagerait d’abandonner sa formation.

Les étudiants en pharmacie ont eux aussi subi la crise sanitaire de plein fouet. Les différents confinements, les cours à distance et les stages annulés ont eu un impact direct sur leur santé mentale. Un an après le début de la pandémie, 41% des étudiants estiment que la crise a provoqué un décrochage important voire total de leurs études. En cause : le stress, le surmenage, la solitude et la peur de ne pas être à la hauteur à l’approche de leur diplomation.

Un tiers des étudiants a déjà envisagé d’arrêter ses études de pharmacie

Parce que pour la majorité des étudiants en pharmacie, leur présence à l’université est bénéfique, la crise sanitaire a fini par causer beaucoup de dommages collatéraux. Des connexions Internet bancales, des difficultés à travailler seul, à rester concentré derrière un écran, une solitude pesante, tout un cocktail qui provoque découragement, stress et démotivation. Près de trois étudiants sur cinq l’affirment, ils n’ont pas réussi à suivre correctement leurs cours.

Toutes ces raisons ont même conduit 38% des étudiants en pharmacie à remettre en question leur projet professionnel. "On est tellement dans nos études qu’on a à peine le temps de se poser pour penser à ce que l’on veut faire", explique Athénaïs Ercker, attachée de presse à l’ANEPF. Car cette pause a parfois eu des effets inattendus. Un tiers des étudiants a ainsi pensé à arrêter ses études en pharmacologie. Seul 0,6% l’ont fait. "On ne s’attendait pas à de tels chiffres, c’est difficile à comprendre et ça nous a vraiment interpelés."

Infographie - Etudiants en pharmacie (enquête de l’ANEPF)

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Des inquiétudes sur les compétences et la valeur du diplôme de pharmacie

Et pour ceux qui continuent, les inquiétudes restent bien présentes. Pour sept étudiants sur dix, la crise a diminué l’acquisition de leurs connaissances et compétences. Ils sont tout autant à se dire plus anxieux sur leurs perspectives professionnelles. "Ce stress est notamment dû à la peur d’entrer sur le marché du travail, aux difficultés à trouver un emploi ou encore, au manque de pratique et de connaissances", précise le rapport de l’ANEPF publié ce mercredi 16 juin.

Ainsi, un tiers des étudiants estime aussi que son diplôme aura moins de valeur cette année à cause de la crise sanitaire. "Ils sont inquiets et je pense qu’il faudra en effet revoir certains fondamentaux car au début de la pandémie, l’organisation des cours n’était pas toujours très bonne", estime Athénaïs Ercker.

Pour l’ANEPF, mais aussi comme beaucoup de témoignages le rapportent dans l’enquête, c’est toute la formation qui est à revoir dans sa globalité. "Il faut refonder les maquettes, être plus en contact avec les patients, faire plus de simulation pour qu’on soit préparé à toutes les situations… C’est tout ce travail qu’il faut mener sur nos études, cela devient nécessaire." L’association étudiante propose également de développer le contrôle continu, de mettre en place de petits exercices et des séances de travail en petits groupes pour améliorer la pratique du distanciel.

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Des futurs soignants en souffrance psychologique

Car ce qui est aussi reproché dans cette enquête, c’est le manque de communication entre les étudiants et leur université. "On a beau penser qu’ils sont autonomes, les étudiants avaient des attentes vis-à-vis de leur administration et des enseignants. Ils avaient besoin qu’on leur donne des nouvelles sur le déroulement des cours, des examens, là, ils ont été dans l’attente."

D’ailleurs, 44% d’entre eux affirment souffrir d’isolement ou de solitude. Une situation qui pousse près d’un étudiant sur deux à estimer que sa santé mentale est "plutôt mauvaise" ou "mauvaise". Environ 35% ont des idées noires et 13% veulent en finir, or, 75% des répondants à l’enquête n’avaient pas ces difficultés avant la crise. Les états dépressifs ont également augmenté depuis la dernière enquête de l’ANEPF : 11,4% ont un état dépressif sévère contre 6,2% en 2020. Un étudiant sur cinq assure d’ailleurs être intéressé par un soutien psychologique.

Là encore, un manque de communication se fait sentir : 60% des étudiants ne savent pas qu’ils peuvent avoir accès à un psychologue au sein du service de santé universitaire. L’ANEPF souhaiterait donc qu’un rendez-vous annuel puisse se dérouler pour chaque étudiant et que des ateliers avec des professionnels de la santé mentale soient organisés tout comme des formations aux premiers secours en santé mentale. "Les tutorats ont très bien rempli leur rôle mais ce sont aussi des étudiants et cela a des limites notamment sur leurs compétences dans ce domaine", conclut la responsable de l’association.

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