1. Coloriste : “La couleur est là pour rendre service au dessin”
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Coloriste : “La couleur est là pour rendre service au dessin”

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Brigitte Findakly aime tout dans son métier... sauf les délais à tenir ! // © Natacha Lefauconnier
Brigitte Findakly aime tout dans son métier... sauf les délais à tenir ! // © Natacha Lefauconnier

Brigitte Findakly ne connaissait pas le métier de coloriste avant de le devenir. Elle aimait dessiner, mais n’était pas une grande lectrice de BD. Cette autodidacte parle avec passion de ses pinceaux, de sa souris et de sa palette graphique !

Tout a commencé par hasard. Brigitte Findakly était étudiante à la fac, en sciences éco. “J’ai rencontré un scénariste de bande dessinée, François Corteggiani, se souvient-elle. À l’époque, il dessinait aussi, notamment pour le journal ‘Pif Gadget’. Il m’a demandé si ça m’amuserait de colorier des bandes dessinées, je lui ai dit ‘pourquoi pas ?’ et je me suis lancée, tout en continuant mes études.”

Ses débuts dans le métier

Et puis “Pif Gadget” lui a proposé un contrat pour colorier les planches de “Pif et Hercule”. “J'avais tellement de travail que j’ai dû choisir entre faire des couleurs ou faire des études. Sans hésiter, j’ai arrêté mes études parce que je m’amusais, et j’étais payée pour ça !

Les techniques de colorisation ont beaucoup changé depuis ses débuts : l’arrivée de Photoshop a révolutionné le métier, auparavant centré sur l’acrylique, l’encre ou l’aquarelle. “Le logiciel n’est pas très compliqué. Le plus difficile, c’est d’accepter de laisser tomber ses pinceaux… et de ne pas pouvoir toucher la planche, mais d’avoir un écran face à soi et une souris ou une palette graphique.”

“L’intérêt de l’ordinateur, c’est que vous pouvez partir sur une base et la retravailler autant de fois que vous voulez”, souligne la coloriste. “Mais quand on mélangeait ses couleurs au pinceau et qu’on travaillait sur papier, il y avait parfois des petits accidents heureux…” Un bonheur qu’elle a retrouvé depuis que son mari, le dessinateur Lewis Trondheim, a lancé la série "Ralph Azham", dont elle fait les couleurs au pinceau, directement sur ses planches originales. Beaucoup plus risqué que sur PC !

La journée d'une coloriste

Le ou la coloriste intervient en bout de chaîne : après que le dessinateur a rendu ses pages à l’éditeur, ce dernier les scanne et envoie les pages en noir et blanc pour la mise en couleur. “Il y a des albums qui, sans la couleur, seraient pratiquement illisibles, fait valoir Brigitte. La couleur est là pour rendre service au dessin, pour le rendre plus clair.”

Si l’éditeur n’a pas son mot à dire sur les couleurs, il peut arriver qu’un dessinateur demande au coloriste de changer quelque chose. “Chaque dessinateur a sa façon de voir les choses, témoigne l'artiste. Quand je suis sur les albums de Lewis [son mari], je peux lui poser mes questions directement. Lorsque je travaille avec Joann Sfar, je n’ai pas de consignes particulières. Sa seule règle : que la page en couleur soit mieux que la page en noir et blanc ! Si ce n’est pas le cas, il me demande de lui proposer autre chose. Il ne me dit pas 'là il faudrait plutôt du jaune et là du bleu', c’est à moi de trouver comment l’améliorer.”

En une journée de travail sur Photoshop, Brigitte peut faire la mise en couleur d’une page, parfois de deux. Quand elle travaille au pinceau sur les planches originales (qui ont un format plus grand que le format imprimé), il faut compter 2 jours pour faire une page.

Les plus et les moins du métier

Ce que Brigitte Findakly préfère dans son métier ? “Faire des recherches quand il y a une nouvelle ambiance à trouver pour une scène. Dans un même album, il y a des scènes qui font 1 page, d’autres 6 ou 7, c’est très variable.”

Et aucune hésitation sur la partie la plus désagréable : “Les délais ! Le coloriste arrive en fin de parcours, une fois que le dessinateur et l’éditeur se sont entendus sur une date de sortie d’album. C’est à ce moment-là que l’on me dit quand rendre les pages. J’ai parfois les pages en avance, mais souvent je les ai au dernier moment et il faut carburer...”

Les qualités pour devenir coloriste

Parmi les qualités requises pour être coloriste : posséder une bonne dose de patience ! “Et savoir être humble, souligne Brigitte. Vous allez mettre une page en couleur le mieux possible. Mais au bout d’un moment, il y a le jugement du dessinateur. Il va peut-être vous demander de retravailler la page. Pas question de l’envoyer balader !”

Son conseil : être à l’écoute. “Certains dessinateurs sont clairs et vont montrer quelles ambiances ils ont aimées ou pas aimées dans tel album. Et d’autres, comme Joann Sfar, vont dire ‘Fais comme tu veux, amuse-toi’... Mais à force de discuter avec eux, je finis par savoir ce qu’ils aiment.”

Formations et débouchés
Les autodidactes sont nombreux dans ce métier pour lequel il n'existe pas de parcours type. Les techniques de colorisation sont intégrées à des formations en arts graphiques (proposées en écoles d’art) pouvant aller de 3 à 5 ans, comprenant une première année préparatoire. 

On trouve quelques formations spécialisées dans la bande dessinée, dont l’école publique EESI (École supérieure européenne de l’image) à Angoulême (16) et à Poitiers (86) qui propose un DNAP (diplôme national d’arts plastiques) mention bande dessinée (et un master bande dessinée à Angoulême), ou l'école privée Émile-Cohl à Lyon (69), reconnue par l’État. Il existe aussi d'autres établissements privés comme l’école Jean-Trubert ou le CESAN à Paris.

Les débuts sont souvent difficiles. Mieux vaut diversifier les sources de revenus. Pensez aux secteurs de la publicité, de la communication, de la presse, de l’édition jeunesse, du cinéma d’animation…

Sommaire du dossier
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