Métiers du grand âge : l'apprentissage au secours d'un secteur en tension

Par Etienne Gless, publié le 02 Février 2021
6 min

19 apprentis aides-soignants viennent de débuter une formation de 18 mois au sein du CFA d'entreprise Korian, dédié aux métiers du soin. L'entreprise va former 500 personnes en 2021. Diplôme en poche, ces jeunes sont assurés d'être embauchés. 60.000 postes sont à pourvoir chaque année, mais la profession peine à recruter. Reportage.

"Je suis déjà titulaire d’un BTS Services et prestations des secteurs sanitaire et social. C’est avant tout le côté humain, le fait d'aider les autres, qui me pousse à suivre cette formation en apprentissage pour devenir aide-soignant", confie Nelson, 23 ans.

Comme lui, ils sont 19 (17 filles et 2 garçons) à constituer la première promotion d’apprentis aides-soignants du CFA d’entreprise du groupe Korian. Leur formation, commencée en janvier 2021, durera 18 mois. Elle alternera les semaines d’enseignements pratiques dans une maison de retraite ou une clinique de soins du groupe avec les semaines d’enseignements théoriques dans un Institut de formation des aides-soignants (IFAS) nommé Assisteal Paris. À la fin de leur formation et de l’obtention de leur diplôme d’État d’aide-soignant, tous seront embauchés par l'entreprise qui les aura formés.

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Un début de vie professionnelle avant de se former en apprentissage

Comme Nelson, Kimberley (voir photo d'illustration, ndlr), 23 ans, titulaire d’un bac pro Hygiène, propreté, stérilisation a déjà eu une première vie professionnelle avant de rejoindre cette formation en apprentissage : la jeune femme a d’abord travaillé quatre ans dans une clinique comme agent de stérilisation.

"J’étais frustrée de ne pas être au contact direct des patients. Par ailleurs, je souhaitais financer une préparation pour réussir le concours d’entrée dans une école d’infirmière : un Institut de formation en soins infirmiers) (IFSI)", explique-t-elle. Kimberley n’a pas abandonné ce rêve de devenir infirmière : elle deviendra aide-soignante dans un premier temps, ce qui lui permettra d’évoluer et d’atteindre son objectif initial.

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La première promotion d'apprentis aides-soignants du CFA d'entreprise Korian dédié aux métiers du soin.
La première promotion d'apprentis aides-soignants du CFA d'entreprise Korian dédié aux métiers du soin. // © Etienne Gless

Se former à un nouveau métier en étant rémunéré

"Nous accueillons beaucoup de jeunes actifs en réorientation pour qui le métier d’aide-soignant sera une marche pour évoluer vers autre chose", analyse Nadège Plou, directrice des ressources humaines du groupe Korian. C'est peut-être la clé pour attirer davantage les jeunes générations vers ces métiers du grand âge et de l'autonomie qui ont longtemps souffert d'une forte dévalorisation (lire encadré ci-dessous).

Quant à Elodie, 23 ans, elle était en quête d'une formation avant tout rémunérée et l’apprentissage lui offrait la réponse idéale : "Après le bac, j’avais commencé une formation d’orthophoniste mais j’ai décroché. Signer un contrat de travail m’apporte une sécurité financière pour apprendre. Je vais pouvoir monter en compétences et obtenir un diplôme à la fin tout en gagnant ma vie", se réjouit la jeune femme.

Mais d’autres motivations existent : ainsi, Cassandra, 21 ans, maman d’un enfant souffrant d’un cancer, ne se voyait pas exercer ailleurs que dans un métier de relation et d’aide. Les métiers qui consistent à se porter au secours des autres ont du sens pour ceux qui les exercent.

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Former des apprentis par centaines sur un métier en tension

"Notre objectif est d’accueillir 180 apprentis supplémentaires à la prochaine rentrée de septembre 2021", confie Sophie Boissard, directrice générale du groupe Korian. Après avoir accueilli 256 apprentis aide-soignants en 2020, l'entreprise compte en recruter 500 cette année, dont 200 formés au sein de son propre CFA.

"Ces métiers ont souffert durant de longues années par manque d’attractivité, déplore Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée auprès du ministre des Solidarités et de la Santé, chargée de l’autonomie. Il a fallu la crise épidémique pour les mettre en avant. Ce sont de beaux métiers et nous devons, c’est vrai, les revaloriser, en particulier via la filière de l’apprentissage qui est une filière d’excellence."

Les professions d’aide-soignant et accompagnant éducatif et social sont les deux principaux métiers du grand âge dont l’attractivité était faible avant la crise du Covid-19, qui a rendu plus visible leur rôle essentiel. En effet, avant la suppression, en 2020, des concours d'accès à ces deux métiers, le nombre de candidatures avait chuté de 25% en six ans.

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Vers la fin de la crise des vocations ?

Cette crise des vocations peut s'expliquer : longtemps, ces métiers ont été mal rémunérés, en particulier au domicile, avec un démarrage au SMIC, voire en-dessous, des progressions salariales et des perspectives d’évolution très faibles. De plus, les conditions de travail peuvent être rendues difficiles par manque d’effectif. Enfin, cerise sur le gâteau, le code de la santé publique qui réglemente ces professions imposait jusqu'à peu un quota national.

Pourtant, 60.000 postes sont à pourvoir chaque année dans la seule profession d'aide-soignant. Et les Instituts de formation des aides-soignants (IFAS), qui proposent actuellement 20.000 places par an, devrait doubler ce nombre d'ici 2025 pour répondre aux besoins.

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