Parcoursup : les étudiants en réorientation moins bien lotis que les lycéens ?

Par Pauline Bluteau, publié le 04 Juin 2020
7 min

Cette année, près de 200.000 étudiants se sont inscrits sur Parcoursup pour postuler à de nouvelles formations post-bac et ainsi se réorienter. Un choix réfléchi qui ne leur permet pas toujours d’obtenir le vœu souhaité. Rencontre avec Jimmy, Romane et Ophélie, trois étudiants qui ont retenté leur chance.

Si Parcoursup concerne majoritairement les élèves de terminale, il ne faut pas oublier que les étudiants sont aussi de plus en plus nombreux, chaque année, à utiliser la plateforme pour se réorienter. Depuis la mise en place de Parcoursup en 2018, le nombre d’étudiants a augmenté de 59%. Cette année, ils sont près de 195.000 à avoir postulé à au moins une formation.

Pour autant, le succès n’est pas garanti. Les chiffres le montrent : les lycéens sont admis plus rapidement dans une formation. À l’heure actuelle, 81% des lycéens ont reçu une proposition d’admission contre 64% des étudiants. En 2019, à la fin de la procédure principale le 19 juillet, 75% des étudiants étaient admis contre 89% des lycéens.

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Gagner en expérience avant de retenter sa chance

C’est d’ailleurs le constat qu’ont fait Jimmy, Romane et Ophélie cette année. Après avoir suivi une première année d’étude post-bac par défaut, ces trois étudiants ont décidé de se réinscrire sur Parcoursup pour intégrer la formation de leur choix. Jimmy et Romane ont le même objectif en tête : intégrer une école d’architecture.

"Pour ne pas perdre de temps et gagner en autonomie, j’ai intégré la seule formation dans laquelle j’avais été reçue sur Parcoursup l’année dernière : une licence de géographie et aménagement. L’année s’est très bien passée même si je n’étais pas très enthousiaste au début. J’ai appris beaucoup de choses mais je n’ai pas hésité une seconde à repostuler. Cette année de licence n’a fait que renforcer mon idée de poursuivre mon cursus en école d’architecture", raconte Romane, 19 ans, étudiante à Limoges (87). De son côté, Jimmy s’est investi dans un BTS études et réalisation d’agencement à Grasse (06). "C’était un bon moyen de multiplier les expériences professionnelles pendant un an et de pouvoir me constituer un bon book."

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Le retour des refus et des listes d’attente

Sur liste d'attente pendant toute la procédure Parcoursup l'année dernière, Ophélie non plus n’avait pas voulu baisser les bras. Après avoir obtenu son bac pro ASSP (accompagnement, soins et service à la personne) avec mention assez bien, elle intègre une classe passerelle à Lens (62) à la rentrée dernière. Pendant un an, elle a suivi des cours de remise à niveau et a effectué plusieurs stages dans le domaine sanitaire et social. Une année transitoire qui l’a encouragé à refaire des vœux en D.E (diplôme d’État) infirmier.

"J’ai mis un vœu de secours : un BTS esthétique, c’est le seul où je suis prise. Je suis en attente dans les huit IFSI (instituts de formation en soins infirmiers) que j’avais choisi. Je me retrouve exactement dans la même situation que l’année dernière. C’est frustrant et décevant. Quand j’ai vu les résultats, j’ai pleuré : est-ce que je vais pouvoir réaliser mon rêve ou devoir y renoncer à cause de cette plateforme ?"

Pour Jimmy, c’est également la douche froide. L’étudiant avait sélectionné dix écoles d’architecture, il a été refusé dans tous ses vœux. "Je ne m’attendais pas à recevoir un ‘oui’ tout de suite mais au moins être placé sur liste d’attente. Je pensais pouvoir apporter un plus par rapport à un lycéen qui n’a pas d’expérience. Mon dossier était très complet, j’ai eu d’excellent résultats cette année. Je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de plus, c’est un vrai choc."

Romane sait aussi qu’elle n’intégrera pas l’école d’architecture qu’elle avait envisagée. "Je suis bien trop loin sur la liste d’attente, ça fiche un coup. En revanche, j’avais aussi postulé en DNMADE (diplôme national des métiers de l'art et du design) et en BTS où je pense avoir plus de chances. Cette année en licence m’a justement permis de réfléchir à d’autres diplômes auxquels je n’avais pas pensé l’année dernière. J’ai bien fait !" se réjouit-elle.

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L’impression d’être moins bien traité que les lycéens

Mais le plus frustrant pour les étudiants, c’est de ne pas savoir pourquoi, malgré un dossier solide, ils n’ont pas pu obtenir la formation souhaitée. "Je pense que les formations favorisent les lycéens et qu’elles ne prennent pas le temps de regarder correctement les dossiers. C’est inadmissible, la plateforme devrait justement prendre en compte ceux qui se réinscrivent", affirme Ophélie.

Un avis partagé par Jimmy. Venant d’un bac STI2D, l’étudiant estime être désavantagé : "En plus, à cause de la crise sanitaire, les entretiens ont été annulés. Or, cela aurait pu me faire gagner des points." Romane semble plus pragmatique : "Je pense que les écoles d’architecture sont très sélectives et qu’elles cherchent des personnalités avant tout. Les notes et les appréciations ne font pas tout."

Ne pas se décourager

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Les résultats passés, les trois étudiants ne baissent pas les bras. D’après eux, rien n’est perdu. Jimmy a commencé par contacter les écoles d’architectures pour connaitre les raisons de ses refus. "Je n’avais pas prévu de plan B mais j’ai plusieurs options : soit je continue mon BTS pour ensuite intégrer une école via la passerelle entre les formations, soit je postule à des formations hors-Parcoursup ou à des écoles en Belgique. La question du coût sera décisive."

Romane, de son côté, compte bien poursuivre sa licence avant de postuler une troisième fois l’année prochaine en école d'architecture. Quant à Ophélie, elle espère toujours que des places se libèrent en IFSI. Autrement, elle envisage d’entrer dans la vie active "mais certainement dans un domaine qui ne me plaira pas…".

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